Consommation L’e-ordonnance peut mener aux rêves les plus fous. Mais pas à une livraison à la sauce Deliveroo.

Les plus occupés des patients y pensaient déjà : "Si mon ordonnance est en version électronique, qu’est-ce qui m’empêche de l’envoyer chez mon pharmacien, et de préciser une adresse de livraison pour mes médicaments ensuite ?"

Les pharmaciens ne sont pas fermés à cette idée. Mais pour le moment, législativement, c’est non : il est nécessaire de voir un pharmacien afin de bénéficier des "soins pharmaceutiques", à savoir "les explications sur l’usage et l’utilité du médicament prescrit ou les altérations médicamenteuses qu’il peut faire avec d’autres traitements", cite Fabienne Dryskere (Multipharma).

"Il faut être très prudent", ajoute Alain Chassepierre (APB). "Il y a 42 000 hospitalisations par an suite à des problèmes dans la prise de médicaments. Et 40 % des patients n’ont pas compris leur maladie et ne vont donc pas être assidus dans la prise du traitement, ou ne pas modifier leur style de vie. Le pharmacien est là pour les accompagner attentivement et veiller à la bonne application des soins." Ce qu’il n’est pas encore possible de faire par l’intermédiaire d’une application.

L’objectif de la prescription électronique n’est donc pas celui de permettre une livraison à domicile des médicaments et d’éviter la case pharmacie. "On peut imaginer ce genre de service pour des patients polymédiqués ou dans le cadre de la politique de maintien des personnes âgées à domicile", reconnaît Fabienne Dryskere. "Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Le gouvernement ne décidera ça qu’au terme de longues décisions, afin d’être certain qu’il n’y a pas de risque pour la santé publique", conclut-elle.

Les deux professionnels se rejoignent sur un point : ce système ne doit pas favoriser "la marchandisation de la santé actuelle". "Les médicaments ne sont pas une paire de chaussures. Ce sont des produits particuliers qui agissent sur la santé nécessitent un suivi particulier", insiste Alain Chassepierre.