Consommation Les industriels recherchent la certification pour toucher les marchés internationaux.

De nombreux patients l’ignorent encore, mais la majorité des gélules des médicaments que l’on ingurgite sont faites à base de gélatine de porc. un problème pour les gens de confession musulmane ? "Cela peut sembler problématique de prime abord, mais il faut savoir que le Coran stipule que la vie passe avant tout et que s’il est nécessaire, pour des questions de survie, de prendre un médicament dont l’enrobage est fait de gélatine de porc, ce n’est pas contraire à la bonne pratique de la religion", explique Bruno Bernard, co-auteur de Comprendre le halal.

Des alternatives se sont donc développées, d’ordre animalier ou végétal. "Il y a de plus en plus de demandes des industriels pharmaceutiques de se faire certifier halal. La gélatine de porc est alors remplacée pour du poisson ou du maïs. Les débouchés sont clairement les marchés extérieurs, le Maghreb ou l’Asie. Mais si l’on s’interroge sur la compatibilité du médicament avec la pratique de l’islam, on peut aussi se poser la question vis-à-vis des Juifs car ce n’est pas casher non plus. De même pour les végétariens ou les végétaliens."

Pour les grandes sociétés pharmaceutiques, c’est avant tout les éventuels débouchés économiques qui sont pris en compte. "Dans les pays du Golfe, par exemple, il n’est pas possible de répondre à un appel d’offres si l’on ne peut certifier que les médicaments sont halal. C’est pourquoi certaines entreprises françaises ou flamandes sont passées au 100 % végétal. C’est plus facile car il serait possible de faire des gélules à base animale pour autant que les bêtes soient abattues selon les règles, mais c’est assez compliqué."

Dans les pharmacies , les clients semblent cependant peu se soucier de la composition des médicaments. "Je n’ai jamais eu la moindre question à cet égard, explique Anne Pinchard, pharmacienne. Le problème n’est pas le même que pour la nourriture. Si on achète un plat préparé et qu’il y a du porc dedans sans que cela soit mentionné, je comprends que cela pose problème. Mais prendre un médicament n’est pas une envie, un acte fait par plaisir. C’est un besoin, parfois vital. Si on ne peut pas manger de porc par croyance ou par nécessité, il y a des alternatives. Ce n’est pas le cas avec les médicaments. Maintenant, s’il est possible de faire des gélules à base de maïs, pourquoi pas. Le plus important, c’est l’efficacité du médicament."