Consommation Carlo Di Antonio veut promouvoir les produits régionaux dans les écoles.

Il fallait passer par l’étape un peu rébarbative du référentiel pour l’alimentation durable en Wallonie - présenté ce mercredi à Namur au terme d’un an de réflexion et débats - pour avancer. Celui-ci définit six objectifs stratégiques comme "garantir la disponibilité et l’accès de tous à une alimentation relevant d’un système alimentaire durable" ou "contribuer à la bonne santé et au bien-être des citoyens"

Des objectifs qui peuvent paraître évidents. Mais la démarche a le mérite d’avoir concerté et concilié les positions et objectifs parfois lointains de l’industrie agroalimentaire et des associations actives dans la transition, par exemple. En tout, 80 entités ont participé à ces débats et rédigé cette charte sous le parrainage d’Olivier De Schutter, ex-rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation auprès de l’ONU.

Les prochaines étapes, concrètes, sont sur les rails. Une note sera présentée au gouvernement wallon sous peu. Et le ministre wallon, Carlo Di Antonio, en charge notamment de l’Environnement et de la Transition écologique, s’engage à mettre en œuvre plusieurs mesures d’ici à la fin de son mandat, dans un an. "Je vais faire signer une charte aux cantines scolaires pour qu’elles intègrent davantage de produits wallons à leurs menus."

Un win win. D’une part, les enfants bénéficient d’aliments locaux dont on connaît la provenance, avec une empreinte écologique moindre, d’autre part, l’économie wallonne ne s’en porte que mieux. "Savez-vous qu’on ne produit pas assez de carottes pour notre consommation et qu’on doit en importer ? Le producteur a tout intérêt à recréer ce lien, qui lui garantit un client stable qu’il connaît. C’est préférable à voir le prix de ses carottes être soumis au cours de la Bourse selon la qualité de la récolte au Brésil."

Autre chantier : les étiquettes. "Je n’ai pas le pouvoir de changer l’étiquetage des aliments : c’est une matière fédérale. Par contre, je peux informer, sensibiliser les consommateurs pour réduire le gaspillage alimentaire. On confond souvent date de péremption et date limite de consommation. Ce qui fait qu’on jette une quantité de nourriture phénoménale, en ignorant quels sont les aliments qui peuvent être consommables quelques jours après la date", insiste celui qui regrette que l’Europe ait refusé la signalétique colorée (vert, orange et rouge) pour que les consommateurs sachent quels aliments sont mauvais en graisses, en sucre et en sel. "Trop de triples rouges pour l’industrie alimentaire."

Un ministre triple A : Alimentation, Agriculture, Agro-industrie

Carlo Di Antonio est réellement investi dans la création d’un modèle alimentaire durable. Au point qu’il esquisse une espèce de testament politique en plaidant pour la création d’un ministère "triple A" au terme des élections régionales de 2019. 

"Il s’agirait d’un ministre en charge de l’Alimentation, de l’Agriculture et de l’Agro-industrie, qui permettrait d’agir de l’amont à l’aval, de la fourche à la fourchette."

Pour lui, l’étape de la conscientisation est derrière, il faut passer à l’action. "On doit aller vers un basculement des modes de production et de consommation. On se trouve dans un système qui n’est pas soutenable sur la durée. On affecte beaucoup l’environnement pour avoir dans notre assiette des aliments qui ne sont pas les meilleurs pour la santé. On observe chez les citoyens une forte demande de voir évoluer ça."

Ce ministre triple A permettrait d’avoir toutes les cartes en main pour mener à bien cette transition. "Ces compétences pourraient être adjointes au ministre de l’Économie, mais je préférerais qu’elles soient attribuées au ministre de l’Environnement", sourit celui qui assume justement cette compétence jusqu’en mai 2019.