Consommation Le géant brassicole belge fait l’acquisition de la brasserie Bosteels. Surprenant.

AB InBev va ajouter une corde supplémentaire à son arc : habitué au rachat de concurrents de dimension mondiale, le géant brassicole belge a cette fois opté pour l’acquisition d’une brasserie artisanale belge détenue par la famille Bosteels depuis sept générations.

La Kwak, la Tripel Karmeliet et DeuS vont par conséquent gonfler un portefeuille de marques déjà bien fourni chez AB InBev.

AB InBev voit l’opportunité d’ajouter des bières de grande qualité dans son offre. "Nous croyons beaucoup dans les marques de la brasserie Bosteeles", explique Korneel Warlop, porte-parole d’AB Inbev.

L’opération est réalisée via le réseau Craft&Speciality d’AB Inbev, qui regroupe des marques de bières artisanales brésiliennes, mexicaines, britanniques, et maintenant belges.

"Il s’agit d’une acquisition mais non d’une intégration", précise encore le porte-parole d’AB InBev. "La brasserie Bosteels restera autonome et la famille Bosteels continuera à en assurer la direction".

Pourquoi cet adossement de cette brasserie créée avant la naissance de la Belgique à AB InBev ? C’est en quelque sorte le choix de la raison. La famille Bosteels voulait assurer la pérennité de ce petit joyau des brasseries artisanales belges.

"Nous avions plusieurs options", explique Antoine Bosteels, à la tête de la brasserie. L’une d’elles consistait à se lier à un grand groupe afin de soutenir le développement des activités du groupe.

"Nous avons bien entendu beaucoup réfléchi. Nous avons analysé quelles étaient nos meilleures chances d’évolution. C’est très bien de le faire quand tout va bien, et non quand vous n’avez plus l’option de choisir".

Il y a eu plusieurs candidats à frapper à la porte de la brasserie de Buggenhout : les noms d’Alken-Maes et de Duvel Moortgat ont été évoqués dans la presse du nord du pays. AB InBev l’a finalement emporté. "Le groupe nous a fait la plus belle proposition de développement à l’étranger", explique Antoine Bosteels.

Le vaste réseau international d’AB InBev permettra à la Kwak, la Karmeliet et à la DeuS d’accroître leur rayonnement international, même si la brasserie a déjà goûté à l’exportation dans les années 1980. "Nous avons été l’un des premiers brasseurs à exporter, avec la Kwak". L’export représente aujourd’hui 55 % de ses ventes, dont le volume annuel tourne autour des 145.000 hectolitres.

Cet accent sur l’exportation sera en fait le seul changement, certes majeur, de l’opération. "L a brasserie Bosteels restera la Brasserie Bosteels", résume Antoine Bosteels, qui aurait aussi pu ajouter "La Kwak restera la Kwak".

Les amateurs sont rassurés.



Des bières authentiques

Les Bosteels père et fils l’ont répété en chœur : rien ne va changer pour l’amateur de Kwak ou de Karmeliet.

"Ce sont des bières authentiques et d’une grande qualité", rappelle Antoine Bosteels, qui a repris le flambeau. "Il n’y aura pas de compromis sur la qualité", enchérit son père Ivo.

C’est quoi, au fait, une bonne bière ? "Il ne suffit pas d’avoir une bonne recette, il faut de la consistance". Cela veut dire qu’il faut offrir un produit de qualité et que cette qualité doit rester constance.

La fabrication d’une Kwak ou d’une Karmeliet prend plusieurs semaines.

Il y a la maturation, la fermentation, autant d’opérations qui donnent à deux bières leur goût authentique. Pas question de diminuer d’un jour ou deux le temps nécessaire pour que la bière soit parfaite. Elle le serait un peu moins, ce qui n’est pas acceptable pour les Bosteels, fiers, à juste titre, de leurs produits. Ivo Bosteels s’enthousiasme d’ailleurs lorsqu’il explique comme servir la DeuS (entre 0 et 3°, et verre incliné, s’il vous plaît !).

Or, gagner un jour ou deux, par-ci, par-là, permet d’augmenter la production globale, et donc les bénéfices. Bosteels ne mange pas de ce pain-là.

L’arrivée dans le giron d’AB InBev est d’ailleurs considéré comme une opportunité pour la famille Bosteels.

Il y aura plus de possibilités à l’exportation, ce qui n’est pas négligeable alors que le marché belge est moins porteur qu’auparavant.

Ce n’est toutefois pas une raison pour le négliger : "La Belgique reste très importante pour nous. Il faut d’abord vendre dans son pays avant de vendre à l’étranger", note Ivo Bosteels. La Belgique représente 45 % des ventes de la brasserie.

Bosteels va-t-il profiter de cet appui d’AB InBev pour élargir son portefeuille de produits. "Nous avons pas mal d’idées créatives", sourit Antoine Bosteels, idées qui ne datent pas d’hier. Des nouveautés sont possibles, mais nullement certaines.

L’entrée dans le giron d’AB Inbev va leur permettre de fréquenter d’autres brasseurs dans le cadre du réseau craft&speciality. Cela donnera lieu à un vaste brassage deknow how qui débouchera peut-être sur de nouvelles idées.


Un belle histoire au pays de Buggenhout

La brasserie Bosteels est une belle histoire, comme nombre d’entreprises familiales ayant le poids des ans voire des siècles dans leur ADN.

1791. La brasserie a vu le jour grâce à un certain Evarist Bosteels. Elle est restée dans le giron familial depuis lors.

C’est aujourd’hui la septième génération qui est aux commandes de la brasserie en la personne d’Antoine, qui restera à la tête de l’entreprise. Elle est située en Flandre, à Buggenhout, au nord de Bruxelles.

Trois bières. Bosteels propose trois bières.

La Kwak est sans doute la plus connue, en partie grâce, aussi, à son verre particulier à base convexe.

La Karmeliet, qui a notamment reçu le titre de meilleure Triple au monde, est la plus vendue des trois produits.

La Deus est un petit bijou, véritable produit de niche (moins de 1 % des ventes de la brasserie). Cette bière est d’abord brassée et fermentée à Buggenhout. Elle traverse ensuite la frontière vers une région française où l’on a l’habitude de réaliser des produits à bulles (devinez laquelle). Elle y est traitée comme un vin effervescent.

Après un voyage d’une année outre-Quiévrain, elle revient au pays. Encore un peu de travail et de patience, et la Brut des Flandres peut être vendue.

Belges et fiers de l’être. Les Bosteels sont des brasseurs belges et fiers de l’être. Ils sont d’ailleurs tout heureux que cette opération leur permette de conserver l’âme belge de cette brasserie née avant la naissance de la Belgique.