Consommation Récemment rachetée par le géant brassicole ABinbev, la bière genapienne Ginette veut y apporter sa touche bio.

Fondée il y a huit ans par trois garçons dans le vent du côté de Loupoigne, dans l’entité de Genappe (Brabant wallon), la Ginette a rapidement pu trouver sa place à travers la multitude de pils, gueuzes et autres spéciales présentes sur le marché brassicole. Cette blanche bio a d’ailleurs fait quelques petites sœurs : aujourd’hui, la marque séduit les férus de malt et autres amateurs de houblon à travers quatre bières allant de la blanche originale à la bière aux fruits rouges en passant par la triple et la blonde plus classique.

Le succès a été rapide. Fulgurant même. Au point que les grands groupes se sont peu à peu intéressé à cette bière artisanale, brassée du côté de Binche. Laquelle est finalement tombée dans le giron du géant brassicole ABInBev à la fin du mois d’octobre. Ce qui a valu aux responsables quelques critiques de zythologues avertis qui estimaient qu’ils allaient corrompre l’esprit bio de la Ginette. "C’est au contraire tout l’inverse que nous souhaitons faire, confie Didier Hamoir, l’un des pères-fondateurs de la Ginette. Après huit ans, nous arrivions peu à peu à bout de nos ressources pour développer et faire connaître notre bière. ABInBev est venu vers nous car ils souhaitaient développer le bio chez eux. Nous avions les idées, eux la trésorerie. Nous avons saisi l’opportunité."

Aujourd’hui, Didier Hamoir et ses acolytes (Damien Coens, Guillaume Bjorklund et Nicolas Laporta) rêvent d’insuffler un vent nouveau au sein du géant brassicole. "Les gens ne vont peut-être pas comprendre au début pourquoi nous associer à ABinBev. Mais ce n’est pas innocent de notre part. Notre objectif, c’est de développer le bio sous toutes ses formes. Le changement ne viendra pas des politiques ou des groupes financiers mais bien des citoyens. Chacun a son échelle peut faire changer le monde. Chacun peut apporter sa pierre à l’édifice. La nôtre, ce sera d’aider ABinBev à se développer dans le secteur du bio. Avec, au final, l’envie de promouvoir le bio au-delà des murs d’ABinBev."

La Ginette, elle, ne changera pas. Elle restera d’ailleurs brassée à Binche. "ABinBev a d’ailleurs bien compris que si on ne laisse pas faire les artisans à leur manière, ça foire. Si on ne veut pas dénaturer l’esprit Ginette, il faut conserver sa méthode de production. Bref, la Ginette est artisanale et elle le restera. Par contre, on peut aider ABinBev à créer ses propres bières bios. C’est dans cet objectif-là que nous avons signé le partenariat. Notre leitmotiv est simple : le monde change, pourquoi ne pas changer ABinBev. Le groupe a bien compris que la nouvelle génération était plus demandeuse de produits naturels. Qu’il y avait un nouveau marché à conquérir. Et que s’il ne monte pas dans le bateau, il risque de partir à la dérive. On va donc apporter au groupe notre vision des choses."

À terme, les créateurs de la Ginette espèrent que leur partenariat permettra aussi de booster le bio en Belgique grâce à la vitrine qu’ABinBev leur offre. "Il faut savoir que les trois quarts des produits bios vendus en Belgique sont issus de l’étranger. Et que nous sommes obligés de nous fournir en houblon en Allemagne car il est en rupture de stock chez nous. Notre rêve, c’est de nous alimenter en matières premières en Belgique. Développer le bio chez ABinBev permettra sans doute de créer une demande en Belgique. Et inévitablement, l’offre se développera. De plus en plus de cultivateurs se tourneront vers le bio. Et à ce moment-là, nous pourrons dire que nous avons gagné notre pari."