Consommation La rentabilité ne semble pas possible… tant qu’il y aura de la concurrence

Le lancement d’UberEats dans la course à la livraison de repas à domicile aurait tendance à faire croire qu’il y a encore de la place à occuper dans le secteur. Mais de la place pour tout le monde, il n’y en a assurément pas. Aucune des sociétés de livraison de repas à domicile n’est pour l’heure rentable. Elles ne vivent que de levées de fonds qui se chiffrent en dizaines voire centaines de millions d’euros. Alors, investir pour être rentable un jour ou en pure perte ? C’est là le cruel dilemme qui a poussé les investisseurs de Take Eat Easy à jeter l’éponge. Les autres vont-elles subir le même sort ou finalement parvenir à la rentabilité ? Analyse des cinq facteurs qui tendent à faire croire que la course est perdue d’avance.

Le coût du service

C’est l’un des freins moteurs de la rentabilité. Là aussi, la concurrence fait rage. Certains ne comptent pas de frais (pour un minimum de commande), d’autres comme Deliveroo appliquent un coût fixe de 2,50 €. Au-delà, le consommateur ne veut pas payer. À ce tarif-là, il estime en effet cela très honnête et plus pratique que de se déplacer. Le consommateur est donc le grand gagnant mais il n’est pas prêt à payer plus.

Mais pour les sociétés de livraison, c’est loin d’être assez. Il faudrait en effet multiplier les livraisons pour arriver à un seuil de rentabilité, chose qui semble infaisable (voir par ailleurs).

Les délais de livraison

La plupart des acteurs du secteur se targuent de pouvoir vous livrer votre repas endéans les 30 minutes. Plusieurs tests effectués, on peut vous confirmer que c’est loin d’être le cas. La demi-heure est souvent dépassée et les jours de forte affluence, on dépasse même allègrement les 45 minutes.

La capacité de livraison horaire

Le vélo, c’est bien, ça permet d’éviter les files. Mais ce n’est pas la panacée pour autant. Avec un salaire horaire d’un peu plus de 10 €, il faut que le livreur effectue au moins trois livraisons par heure pour être rentable. Or, entre le temps passé à aller chercher la commande, en prendre possession et reprendre la route pour la livrer, un minimum de 25 minutes est en moyenne nécessaire. Atteindre les trois rotations par heure n’est possible que dans un périmètre très limité ou en embarquant plusieurs livraisons dans le même resto. Chose assez rare dans les faits.

La commission

Officiellement, c’est 30 % de commission pour la société pour toute commande passée par son site ou son application. Dans les faits, concurrence oblige, on est plus proche des 15 à 20 %. Ce qui fait considérablement baisser la marge et donc la rentabilité. Pour parvenir à un meilleur équilibre, il faut donc tuer la concurrence, ce que s’évertuent à faire les poids lourds du secteur en investissant un maximum et en tentant de racheter ou décourager les autres.

Le public cible

La livraison à domicile intéresse surtout les personnes célibataires ne souhaitant pas faire à manger ou des couples sans enfants. Le burger est d’ailleurs le plat le plus commandé. Les familles faisant grimper le ticket de caisse sont peu nombreuses. Dès lors, c’est la commission des acteurs du marché qui peine à décoller. Avec quelque 5 € de commission (et maximum 2,50 € de frais de livraison), cela ne fait guère que 7,5 € dans la poche de Deliveroo et consorts par livraison. À raison de 2 livraisons par heure, comptez 15 €. Desquels il faut retrancher la rémunération du livreur, les frais de fonctionnement, les coûts marketing, etc. Bref, un modèle loin d’être rentable…


Qui sera le prochain à passer à la trappe ?

berEats a débarqué sur les cendres de Take Eat Easy.

On a l’impression de les voir un peu partout dans Bruxelles et d’autres villes du pays. Les livreurs, principalement à vélo, de repas à domicile sont plusieurs milliers. En Belgique, si les acteurs majeurs du secteur (Pizza.be, Deliveroo et désormais Ubereats) restent discrets sur le nombre de clients servis, c’est à coup d’investissements et de levées de fonds qu’ils gardent la tête hors de l’eau.

Alors, oui, le service a un certain succès. Oui, les livraisons sont chaque jour plus nombreuses. Oui, les restaurants sont de plus en plus conquis (ou contraints) par la livraison. Mais est-ce pour autant un business rentable ?

"Nos croissances dépassent 30 % mensuellement. Nous avons servi des dizaines de milliers de clients et nous sommes impatients de continuer à apporter des plats délicieux directement des mains des chefs à celles de nos clients", déclare Mathieu de Lophem, General Manager de Deliveroo Belgique à l’occasion du premier anniversaire du service de livraison sur notre sol.

Les chiffres précis sur le nombre de repas livrés restent donc une donnée secrète. Des dizaines de milliers pour les grands acteurs, c’est tout ce qu’on sait. Suffisant pour être rentable ? Pour l’heure, c’est loin d’être le cas. Alors, ces start-up doivent s’appuyer sur des levées de fonds se chiffrant en dizaines voire centaines de millions d’euros.

Présente dans 20 villes, employant 160 personnes, Take Eat Easy n’a pas réussi à convaincre les investisseurs de la suivre une nouvelle fois dans sa croisade pour trouver des fonds. Malgré une croissance à deux chiffres, elle dépendait toujours de ces fonds, les marges étant très serrées et les rentrées ne couvrant pas tous les frais liés au développement (gestion des plate-formes et outils, marketing…) et à la rémunération des coursiers.

Lancée en 2013, elle n’aura finalement pas passé le cap des trois ans, malgré un million de repas livrés à domicile.

Si la foodtech continue à attirer les investisseurs (certains poids lourds y croient visiblement), le business est loin d’être à maturité, mais la question de la rentabilité à terme est plus que jamais posée...