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Grâce à la météo clémente dont bénéficie le nord de l'Europe depuis le début du printemps, la vigne wallonne va battre tous les records cette année, tant en qualité qu'en quantité, a prévenu mardi Pierre Rion, président de l'Association des vignerons de Wallonie (AVW), à l'agence Belga.

"Le raisin a muri gentiment" et les vendanges auront lieu en moyenne deux à trois semaines en avance sur le calendrier habituel, aux alentours du 10 septembre. Plus d'un million de bouteilles devraient sortir des cuves, a-t-il assuré. Les pieds de vigne ont en outre été épargnés d'un point de vue sanitaire puisque le mildiou ne s'est pas manifesté, la sécheresse et les températures chaudes aidant. Si l'oïdium (champignon) est apparu sur certains domaines avec les quelques précipitations ponctuelles, il a pu être rapidement maîtrisé par la pulvérisation de soufre. "En 2018, je n'ai pas connaissance d'incident", insiste Pierre Rion, exception faite des périodes orageuses très locales et ponctuées de grêle en juin dernier. Les pluies de la mi-août ont en revanche favorisé le gonflement des raisins, sans faire éclater les baies pour autant.

Le temps estival de ces derniers mois permettra ainsi aux vendanges 2018 de produire plus d'un million de bouteilles, un chiffre encore jamais atteint dans le sud du pays. De nouvelles parcelles plantées il y a trois ans, environ quinze hectares supplémentaires, ont de plus livré leurs premières grappes cette année. Les récoltes de 2015 avaient déjà flirté avec le million, tandis que celles de 2016 et 2017 avaient chacune permis l'embouteillage d'environ 600.000 flacons.

Contrairement au reste du secteur agricole qui a souffert de la sécheresse, les vignes ne sont que très peu sensibles au stress hydrique, les racines allant puiser l'eau jusqu'à plus de dix mètres sous la terre. "Les jeunes pieds, aux racines plus courtes, ont toutefois dû être arrosés", a précisé M. Rion.

Les vendanges auront globalement lieu aux alentours du 10 septembre, soit deux à trois semaines à l'avance par rapport aux années "normales". "Certaines parcelles de pinot noir précoces seront même déjà vendangées cette semaine", note le président de l'association, lui-même propriétaire de terres viticoles en Brabant wallon depuis près de 30 ans.

Au vignoble des Agaises, le plus grand producteur wallon, qui assemble les cuvées Ruffus, on espère "entre 200 et 250.000 bouteilles pour cette année exceptionnelle", détaille Arnaud Leroy. Les vendanges des 23 hectares en production sont prévues entre le 7 et le 10 septembre. Le domaine dispose en outre de cinq hectares de jeunes vignes nouvellement plantées, pour un total de 280.000 pieds.

La Wallonie compte une centaine de vignerons répartis sur l'ensemble de ses cinq provinces, pour un total d'environ 165 hectares. Parmi ceux-ci, 50 ont une production significative mais seuls une petite vingtaine en vivent exclusivement.

"La tendance est clairement à la diversification et à la culture bio, principalement pour les cépages interspécifiques" (croisements génétiques résistant davantage aux maladies, NDLR), conclut le viticulteur. "Si les années '90 signaient l'émergence des pionniers, 2000 la prise en main des professionnels et 2010 des investisseurs, on assiste aujourd'hui à l'arrivée de personnes fortunées dans le secteur qui veulent verser dans le haut de gamme en tirant la qualité du vin wallon vers le haut", se réjouit M. Rion.