Consommation La coopérative Capel est le plus grand producteur de pisco, l’eau-de-vie nationale du Chili

Cette semaine, le Chili a accueilli le Spirits Selection du Concours mondial de Bruxelles, un des concours de distillés internationaux les plus réputés. Plus précisément, c’est à La Serena, dans la capitale du pisco, l’eau-de-vie nationale, à 500 km au nord de Santiago, que se sont réunis 70 experts internationaux pour déguster près de 1.200 spiritueux du monde entier.

Spontanément, on associe le pisco à sa marque leader et à la coopérative Capel qui est le plus grand producteur de pisco au Chili. À Vicuna, dans la vallée de l’Elqui, nous sommes partis à la rencontre de Francisco Hernandez, président de l’association des producteurs de pisco.

En cette fin d’hiver dans l’hémisphère sud, nous avons laissé derrière nous, l’océan Pacifique et les longues plages de sable fin de la station balnéaire de La Serena, baignée dans un épais brouillard.

Après avoir traversé les larges plaines consacrées aux cultures horticoles et aux plantations de papayes, on attaque la petite route escarpée qui longe l’Elqui, la rivière alimentée par la fonte des neiges accumulées dans la Cordillère des Andes.

C’est grâce à cette eau qu’est rendue possible l’irrigation de ces vallées désertiques.

Des deux côtés de la route, on peut admirer les vignobles accrochés au flanc des montagnes. Après 15 minutes de route et ayant pris un peu d’altitude, la vallée brille sous les rayons d’un soleil éclatant.

Après avoir dépassé le barrage dont le réservoir s’étend sur 9 km, on entre dans le cœur des vignobles qui produiront au mois de janvier de belles grappes de Moscatel, de Pedro Jiménez ou de Torontel, gorgées de sucre, qui seront vinifiées avant de subir une double distillation dans les alambics de cuivre.

Le paysage se divise en trois étages. En haut, les sommets blancs enneigés de la Cordillère, en bas, les plantations de vignes en espalier, et au milieu, les flancs rocheux aux couleurs bigarrées dont le rouge traduit l’effleurement d’oxyde de fer, le vert d’oxyde de cuivre, le noir de manganèse et le blanc de zinc.

La première activité économique du nord du Chili est l’exploitation minière. La Cooperativa Agricola Pisquera de Elqui Limitada (Capel) est la marque emblématique de l’alcool le plus consommé au Chili.

Il est paradoxal de constater que dans un pays ultralibéral, 95 % du marché étaient jusqu’il y a peu aux mains de deux coopératives agricoles, Capel et Control.

Depuis la vente en 2005 de la distillerie et des marques de Control à la CCU, leader du secteur brassicole, Capel qui représente 60 % de la production est donc la seule coopérative en activité. Actuellement une vingtaine d’entreprises distillent au sein de la D.O. Pisco.

La création de Capel, qui date de 1938, est une réponse à la double crise économique essuyée à l’époque par le Chili: la crise mondiale des années 1930 et celle du salitre (nitrate de potassium), un engrais dont le Chili était le principal exportateur et qui a été remplacé par le nitrate de sodium produit industriellement.

La coopérative a également profité de la création en 1931 de la Dénomination Pisco, la première D.O. d’Amérique latine inspirée de celle de Cognac.

Capel compte un millier de coopérateurs qui cultivent 3.500 ha et récoltent chaque année 80.000 tonnes de raisin, dont 50 millions sont consacrés au pisco. Le reste est destiné à la production de moûts concentrés et de vins.

La coopérative compte 7 centres de réception et de vinification et commercialise 18 marques dont les plus connues sont Capel et Alto Del Carmen.

Le pisco est un distillé assez aromatique aux notes de moscatel et est un ingrédient privilégié en mixologie, surtout associé aux jus de fruits.

Cédant à la mode , plusieurs gammes de pisco sont élevées en bois et, comme le cognac ou le bourbon, sont consommées pures avec un peu de glace. Ces piscos à la couleur ambrée dégagent alors des arômes boisés.

Baudouin Havaux