Consommation

Non, vous n’avez pas mal lu. Re-non, ce n’est pas une coquille. Nokia, géant déchu (mais en phase de lente guérison) de la téléphonie, tombé dans l’escarcelle de Microsoft et son sacro-saint système Windows Phone, va bel et bien proposer un smartphone sous… Android. D’abord rumeur érigée au rang de ragot, le bruissement s’est étoffé ces derniers jours, avec les révélations photographiques d’Evleaks, montrant le terminal et, vendredi, la publication de teasings sur les réseaux sociaux, signés par le géant Finlandais. Dans le texte : "Toujours là pour vous, même sur Android".

Doux noms de code de l’engin ? Nokia Normandy d’abord (une référence historique assez bien sentie), Nokia X ensuite. Mais toujours la même base : un smartphone d’entrée de gamme, vendu à prix brisé, qui intégrerait un écran de 4 pouces (résolution très modeste de 800x480 pixels), mû par 512MB de RAM et disposant de 4 Go de stockage extensibles via carte SD. Et serait donc le premier Nokia de l’histoire à tourner sous Android, l’OS mobile dont Google a fait son fief, qui tourne sur plus de 7 smartphones sur 10 dans le monde.

Une ouverture, osons l’emphase, historique. Un mariage couillu, décontenencant, mais, surtout, extrêmement bien senti. Pourquoi ?

1. Parce que beaucoup de gens craquent devant les couleurs, tairfs et design des smartphones Nokia Lumia. Mais sont rebutés par l’exotisme de leur système Windows Phone, qui ne truste que quelques pourcentages de part de marché (même si cette part est en hausse, surtout en Europe, avec près de 12 % de PDM dans certains marchés). Avec l’intégration d’Android, qui représente pour eux la sûreté, ils hésiteront moins à franchir le Rubicon.

2.  En réalité, Android n’appartient pas totalement à Google. La base de l’OS est un noyau Linux, par essence libre. Nokia va donc partir d’une base Android, mais très largement remaniée, qui n’aura pas grand-chose à voir avec votre Samsung Galaxy ou Sony Xperia. Le but serait de proposer une interface assez proche du flat design et des tuiles dynamiques de l’OS Windows Phone, mais toujours sous Android. Une bonne manière de mettre en avant la plate-forme phare maison, d’en élargir l’audience, en vue de l’achat d’un smartphone futur. Un investissement à long-terme.

3.  C’est clair et net : aucune app Google ne sera intégrée dans le Nokia X. Jamais Google ne signerait pour ça. En revanche, Nokia (et Microsoft) vont intégrer toutes leurs alternatives (Skype, Outlook, Bing, Here Drive) maison. De quoi mettre en avant leurs forces logicielles.

4. Pour la même évidente raison de concurrence, Google n’accordera pas à Nokia son ticket d’entrée sur le Google Play Store, magasin d’applications équivalent de l’App Store. Soyons clairs : cela diminue clairement l’intérêt du Nokia X. Mais Nokia va tout bonnement ouvrir son propre magasins d’apps sur Android, avec de grandes chances d’attirer tous les développeurs qui sont déjà présents sur le Google Play Store. Parce que contrairement à un portage Android > Windows Phone, plus fastidieux techniquement, ici, il ne s’agirait que d’un transfert d’Android vers Android…

Quoi qu’il en soit, puisque le Mobile World Congress de Barcelone - que La DH aura, cette année encore, la chance d’arpenter - se tiendra du 24 au 27 février, l’officialisation de tout ceci est imminente.