Prix energie

Le Wallon paie de plus en plus cher sa facture d’eau. Pour différentes raisons. 

La première concerne les investissements conséquents réalisés ces dernières en matière d’assainissement. On y ajoutera l’âge et l’état du réseau qui, par endroits, est plus ancien, le niveau de consommation et le coût de distribution qui dépend du distributeur (régie ou opérateur public). Néanmoins, si une tarification est appliquée uniformément en Wallonie, cela ne signifie pas que tous les ménages wallons soient égaux devant leur facture.

En effet, selon une étude réalisée par le groupe MR du Parlement wallon, on constate qu’un Mouscronnois (Hainaut) paiera en moyenne 420,4 € par an pour sa facture, et un habitant de Mettet (Namur) paiera 475,99 €. Un Liégeois paiera par contre 520,36 €. Tandis que les Wallons desservis par la SWDE (deux tiers des raccordements) paieront 499,37 €. "On constate aussi que les Wallons diminuent leur consommation en utilisant 120 litres par ménage et par jour en moyenne. En France ce chiffre est de 150 litres par ménage. Tous ces frais liés à la distribution ainsi qu’à l’assainissement sont répercutés sur un moindre volume d’eau", explique le chef du groupe MR, Pierre-Yves Jeholet.

Du Sud au Nord

Selon l’étude du MR, le prix de l’eau ne cesse de croître d’année en année malgré une consommation en régression. "Les prévisions ne sont pas rassurantes, le prix de l’eau pourrait atteindre 6 € par m3 d’ici 2020, au lieu de 5 € actuellement, soit une hausse de 20 %", explique encore Pierre-Yves Jeholet. A titre de comparaison, le libéral révèle qu’en Flandre, le prix au mètre cube atteint environ 4,2 € et à Bruxelles 3,2 €. "Le citoyen wallon n’apprécie pas ces augmentations et n’en comprend pas les raisons. Il ne comprend pas non plus pourquoi le prix de son eau n’est pas identique à celui pratiqué dans une localité voisine et encore moins pourquoi sa facture augmente alors qu’il consomme moins."

Pour régler ces problèmes, Pierre-Yves Jeholet propose plusieurs solutions. Parce que la question des transferts entre Régions est souvent vue du Nord au Sud, le député plaide notamment pour augmenter le prix de l’eau vendue par la Wallonie à la Flandre et à Bruxelles : "La Wallonie est le réservoir d’eau douce du pays. Sur les 380 millions de mètres cubes prélevés annuellement, 160 millions sont exportés vers la Flandre et vers Bruxelles. Cela représente 97 % des besoins bruxellois et 25 % des besoins flamands. Il s’agit d’un important transfert de richesse du sud vers le nord du pays. La Wallonie touche un montant de 0,0744 euro par mètre cube d’eau potabilisable prélevé. Ce montant assez modique a été fixé en 1995 et n’a plus été corrigé depuis lors. Il faut le revoir à la hausse afin d’en tirer une plus-value plus manifeste."

Une manière de faire qui permettrait d’amener des ressources financières supplémentaires et qui pourrait profiter aux Wallons. Il convient cependant de préciser qu’un accord a été signé au moment de la régionalisation. "La Flandre et Bruxelles, qui avaient investi dans des outils de captage, les cédaient à la Wallonie avec des contreparties diverses. Cet accord signé il y a cinq ans garantit le volume fixe d’eau exportée, et donc des rentrées pour la Wallonie", explique-t-on au cabinet de Jean-Claude Marcourt (PS), vice-président du gouvernement régional.

Un régulateur indépendant

Une autre proposition du libéral vise à mettre en place un régulateur indépendant qui fixerait le prix de l’eau. "Un peu comme on l’a fait avec l’électricité et la mise en place de la Cwape, la commission wallonne pour l’énergie. Ce type de décision doit être indépendant des décisions d’opportunités du gouvernement mais aussi de l’influence des services de distribution et d’assainissement de l’eau." Il s’agirait encore de fusionner les "trop" nombreux organismes pour réaliser des économies d’échelle. "Il en résulterait une association plus étroite entre la SPGE (NdlR : collecte et épuration de l’eau), les nombreuses intercommunales en charge de l’assainissement ainsi que les différents distributeurs", assène Pierre-Yves Jeholet, qui voit dans le renouvellement du contrat de gestion de la SPGE l’opportunité d’aller dans ce sens.

Enfin, le libéral propose encore de mettre sur pied un salon mondial de l’eau qui permettrait de mettre en avant "le savoir-faire wallon que nous pourrions d’ailleurs exporter. Cela peut aussi attirer des investisseurs parce que l’eau est essentielle dans bon nombre de processus industriels". Pour ouvrir le débat, il déposera une proposition de résolution sur ce sujet.