Travail

La proposition d’un professeur de médecine du travail passe mal du côté des employeurs

Sera-t-il bientôt permis de rester une semaine chez soi pour soigner un gros rhume, une gastro ou toute autre maladie bénigne dont les symptômes sont facilement identifiables, sans devoir se rendre chez un médecin pour obtenir un certificat médical destiné à justifier l’absence auprès de son employeur ? Cela paraît quelque peu surréaliste a priori, mais c’est en effet la proposition faite par ce professeur en médecine du travail, Lode Godderis (KU Leuven). Pour lui, un passage chez le médecin dans certains cas précis, se rendre chez le généraliste est totalement superflu et il vaudrait mieux laisser l’employé décider s’il est apte à travailler ou s’il vaut mieux qu’il se repose à la maison avant de reprendre le boulot en pleine forme.

Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises privées exigent un certificat de maladie dès le premier jour d’absence. Les fonctionnaires peuvent rester chez eux deux fois par an pendant une journée sans certificat médical, même si leur administration a le droit de leur envoyer un médecin du travail et qu’ils sont obligés de le recevoir.

Pour le professeur, ces visites chez le médecin représentent avant tout un coût exorbitant pour la sécurité sociale. “Les gens savent parfaitement comment guérir d’une affection banale telle qu’un gros rhume, de la diarrhée ou un mal de gorge. Généralement, il suffit de quelques jours pour s’en remettre et les médicaments sont en vente libre à la pharmacie.”

De plus, il estime que le système actuellement mis en place au sein des entreprises n’est pas adapté. Rendre un certificat médical dès le premier jour d’absence maladie crée un climat de méfiance. Selon lui, en instaurant au contraire une confiance vis-à-vis de l’employé, cela augmente le sentiment de responsabilité et il y a de fortes chances que le travailleur se remettra beaucoup plus vite de sa maladie et reprendra le travail plus vite que ce qui est actuellement stipulé sur le certificat.

Et il ajoute que ce n’est pas parce qu’on a été voir un médecin pour obtenir un document que la fraude n’existe pas. “Peu de médecins contrediront un patient qui dit qu’il a vomi toute la nuit et qu’il ne se sent pas bien.”

Du côté des patrons, on n’accueille bien évidemment pas la proposition à bras ouverts. L’organisation patronale flamande Voka estime que la suppression du certificat médical revient à ouvrir la porte aux abus. Même son de cloche du côté de l’Unizo, même si on se montre moins catégorique et que la suppression du certificat peut être envisagée pour autant qu’une autre forme de contrôle soit mise en œuvre “car il y a déjà beaucoup de fraude”.

Pour le SNI, c’est un non catégorique. Si le certificat n’est plus obligatoire pour une semaine de maladie, le SNI veut qu’on supprime aussi le salaire durant cette période. “Les personnes qui trouvent injuste de n’avoir droit au salaire garanti qu’après une semaine de maladie sans attestation médicale ne doivent pas se plaindre, car les indépendants ne reçoivent aucune indemnité pendant le premier mois de maladie”, conclut le syndicat.

Quant au ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V), il ne ferme pas la porte à cette idée, mais entend analyser les réactions des différentes parties avant d'aller plus luin. "Je pense que toute proposition qui diminue les coûts des soins de santé, mérite d’être examinée et en particulier lorsqu’elle puisse supprimer des coûts générés pour une pure formalité d’obtention d’un certificat médical . Nous devons veiller à ce que cette proposition n’entraîne pas une augmentation des coûts des contrôles des médecins du travail. J'ai invité les partenaires sociaux à se concerter sur le sujet. Ensuite nous examinerons les accords existants dans les différents secteurs pour pouvoir juger sur base pièce ( des faits et des chiffres)."