Vacances

Industrielle ? Trop proche ? Turin n’est pas la destination à laquelle on pense spontanément pour un city-trip en Italie. À tort !

Les Savoie en ont fait leur capitale durant plusieurs siècles, Nietzsche adorait ses grands espaces et les jeux olympiques d’hiver de 2006 l’ont repositionnée sur la carte d’Europe du tourisme : Turin est à cet égard en plein redéveloppement et près de quatre millions de visiteurs parcourent chaque année ses rues bien ordonnées et ses 18 kilomètres d’arcades.

Ville historique, religieuse, universitaire, moderne mais tenant à son âme, elle est bien plus qu’une porte d’entrée vers le reste de l’Italie. Laissez-vous donc dérouter, dans tous les sens du terme, par son étonnante architecture majestueuse mais sobre, ses musées internationalement réputés, et sa tradition culturelle qui se poursuit aujourd’hui au travers d’événements d’art contemporain.

C’est le cas des spectaculaires Lumières d’artistes (Luci d’Artista), illuminations de rues élaborées mises en place chaque année de la fin octobre jusqu’à la mi-janvier. Lors de la dernière édition, on pouvait par exemple se promener sous un tapis volant conçu par Buren, ou découvrir une rue transformée en un planétarium inspiré d’une œuvre d’Italo Calvino.

Une modernité qui s’intègre bien aux grandes artères droites de Turin, qui débouchent sur de vastes places : les Savoie, désireux de montrer l’étendue de leur pouvoir jusque dans l’urbanisme, ont tracé une ville étonnamment géométrique, en effaçant beaucoup de traces des périodes antérieures. Pour retrouver plus de liberté, et même découvrir les excès du baroque, poussez la porte des églises qui ne paient pas de mines comme San Lorenzo, et n’oubliez pas de jeter un œil aux cours intérieures : surprises garanties !

Il reste tout de même des vestiges plus anciens comme des portes romaines, ou le "quadrilatère romain", resté le cœur commercial de la cité au Moyen Âge. À l’entrée de cette zone, l’église Corpus Domini, sur la place du même nom, a été édifiée à l’endroit d’un miracle : un pilleur d’église voulant revendre son butin sur le marché est tombé de cheval sur place, et le tabernacle contenant une hostie qu’il avait emportée est resté en l’air, jusqu’à l’arrivée de l’évêque qui a pu les récupérer. Vous êtes en plein Moyen Âge ? Levez les yeux : l’immeuble juste en face présente une installation d’art contemporain : un piercing traversant le coin de la façade, avec du sang bleu du côté du palais royal, et rouge du côté des lieux de pouvoir actuels !

Le pouvoir, c’est toute l’histoire de Turin : les résidences royales forment dans le centre-ville un "pôle" historique et artistique classé par l’Unesco. Et le palais Carignano, où est né le premier roi d’Italie Victor Emmanuel II, a abrité le premier parlement italien juste après la réunification. C’est aujourd’hui un musée consacré au Risorgimento. Traversez et allez voir la table de Camillo Cavour au resto d’en face. Le "père de la patrie" était réputé pour sa gourmandise…

Vous aurez ainsi fait connaissance avec deux autres caractéristiques de Turin : le goût de la bonne cuisine, et de la politique avec quelques cafés historiques - tel le célèbre Al Bicerin - qui ont compté dans l’histoire de l’Italie. Mais Turin la déroutante est aussi un centre de pèlerinage, la capitale italienne du chocolat et… la ville la plus ésotérique d’Italie.

© DR

5 bonnes raisons de venir à Turin

Le musée égyptien: Deuxième musée d’égyptologie du monde en terme d’importance des collections après celui du Caire, le Museo egizio a été fondé en 1824. 50 millions d’euros et 5 ans de travaux après le réaménagement du palais du XVIIe situé dans la via Accademia delle Scienze, le résultat vaut le détour. Sur près de 10.000 m2, plus de 3.300 objets sont exposés. Momies, objets du quotidien, bijoux : même les plus hermétiques à l’égyptologie seront fascinés !

Une ville de chocolatiers: Emmanuel-Philibert de Savoie, dont la statue équestre trône au milieu de la très belle place San Carlo, a amené à Turin deux choses essentielles : le Saint-Suaire et… l’amour du chocolat qui fait partie de l’identité des Turinois. L’incontournable gianduiotto est à goûter dans les magasins spécialisés du centre-ville comme Guido Gobino ou chez Stratta, chocolatier de la famille royale comme en atteste les armoiries des Savoie à l’intérieur de sa superbe boutique ancienne, sur la place San Carlo.

La mole Antoniellana: Haute de 167,5 mètres, symbole de Turin, la mole Antoniellana devait être lors du lancement du chantier en 1862 une synagogue… de 47 mètres ! L’architecte s’est un peu emballé… Aujourd’hui, le bâtiment abrite un des plus grands musées du cinéma au monde, à la scénographie surprenante, où des "chapelles" à thème vous immergent dans divers univers : horreur, western, fantastique… L’ascenseur central permet d’accéder au sommet du bâtiment pour profiter d’une vue à 360° sur la ville et les Alpes..

© DR

Le Saint-Suaire: Linceul mortuaire du christ ayant gardé les empreintes de son corps pour ceux qui y croient, énigme scientifique pour les sceptiques, le Saint-Suaire a échappé à un incendie en 1997 et n’est désormais visible qu’à de rares occasions. Cédé au Vatican à condition qu’il soit conservé à Turin, il se trouve dans une châsse, à l’intérieur de la cathédrale. La reproduction du visage du Christ exposée sur place et une vidéo explicative diffusée en continu attirent les curieux. Le Saint-Suaire a aussi son musée (www.sindone.it).

Le fast-food… slowfood ! Entre les nombreux restaurants proposant une cuisine typique du Piémont, les enseignes regorgeant de produits de terroir et les concepts hybrides comme des librairies-restaurants, les touristes comprendront vite qu’à Turin, la bonne nourriture, c’est sacré. On ose une curiosité ? M** Bun (www.mbun.it) - "seulement bon" en dialecte turinois - propose aux gourmets pressés une restauration rapide à base de produits locaux. Un "slow fast-food" surprenant qui ne désemplit pas, au coin du corso Siccardi et de la Via Cernaia.

© DR

Les PLUS / MOINS

ON AIME: Façades strictes et intérieurs baroques, ville très en pointe en matière d’art moderne tout en proposant de superbes places classiques et des résidences royales classées au patrimoine mondial de l’Unesco, ville de culture et de shopping, très urbaine mais offrant de grands espaces verts et des vues sur les Alpes, Turin n’a pas peur des contrastes.

ON N'AIME PAS: Le plan de Turin fait penser à celui de certaines villes américaines. Les allergiques à la géométrie vont devoir s’habituer… Mais c’est un bonheur pour ceux qui n’ont pas le sens de l’orientation !


Comment venir à Turin

En avion : L’aéroport Sandro Pertini est situé à 16 km seulement du centre de Turin et accueille des vols directs depuis les principaux aéroports belges. À ne pas négliger pour les habitants du sud de la Belgique : Luxair a inauguré fin 2016 une ligne vers Turin depuis Luxembourg : quatre vols hebdomadaires à partir de 99 € aller-retour avec des possibilités de partir tôt le matin et reprendre l’avion à 21 h à Turin, la formule est idéale pour les city trips. Collation à bord, journaux et 20 kg de bagages compris, ça ressemble fort à un bon plan !

En train ou en voiture : Turin est un nœud ferroviaire majeur sur l’axe Paris-Lyon : les adeptes du train trouveront facilement des billets. En voiture depuis Bruxelles, il y a un peu moins de 1.000 km à avaler.

Adresses : Office du tourisme www.turismotorino.org