A Gênes, le pont s'est écroulé et la vie s'est arrêtée

Publié le à Gênes (Italie) (AFP)

Un morceau de pont planté dans la rivière asséchée côtoie un amas de ruines et des carcasses de voitures ou de camions aspirés dans le vide : la zone en contrebas du pont qui s'est écroulé mardi à Gênes semble avoir été frappée par un tremblement de terre, au lendemain du drame.

Des équipes de pompiers - 400 ont pris part aux opérations depuis mardi - s'affairent toujours mercredi à la mi-journée avec l'aide de chiens et de pelleteuses. Deux grandes grues jaunes et noires sont arrivées dans la nuit pour aider à déblayer et accéder à des cavités où des victimes pourraient être coincées.

"On ne perd pas l'espoir de retrouver des survivants", confiait au petit matin Emanuele Gissi, commandant adjoint des pompiers de la région Piémont (nord). "Durant la nuit, trois victimes décédées ont été retrouvées dans les décombres".

A la mi-journée, le bilan du drame s'élevait à 39 morts et 15 blessés, dont une douzaine dans un état grave, selon la Protection civile. Il y avait toutefois encore des disparus.

Francesco Bucchieri, 62 ans, observait mercredi le désastre, incrédule. "Je n'arrive pas à me dire que tout cela est réel, j'ai encore l'impression que nous sommes dans un film".

"Il y a eu des négligences. Ils ont sous-évalué le danger, ces morts étaient annoncées. Il faut trouver les coupables. C'est un scandale", s'insurge-t-il.

La circulation rendue chaotique dans la ville, paralysée par l'écroulement du viaduc, devenait aussi mercredi une réelle préoccupation pour les habitants.

Deux pylônes de béton se dessinent désormais face à face : les restes de ce monstre de béton long de plus d'un kilomètre, dressé dans cette zone périphérique de Gênes au milieu des années 1960.

Mardi en fin de matinée, sans raison apparente, plus de 200 mètres du viaduc ont cédé. Un camion vert est resté figé sur la partie gauche du pont, à quelques mètres du précipice. A quelques secondes près, son chauffeur était lui aussi aspiré dans une chute mortelle.

De l'autre côté, le pont prend des allures de plongeoir. Le viaduc est suspendu sur plusieurs dizaines de mètres au-dessus d'imposants immeubles d'habitation roses et jaunes du quartier de Sampierdarena. Leurs habitants ont été évacués mardi, de peur que ce morceau du pont Morandi ne cède lui aussi.

- "Pire qu'un tremblement de terre" -

"J'étais chez moi et tous les immeubles se sont mis à trembler. Pire qu'un énorme tremblement de terre", raconte Pasquale Ranieri, 86 ans, portant des sandales et un débardeur noir.

Comme plus de 630 habitants du quartier, l'octogénaire, qui vit dans un immeuble de cinq étages situé via Enrico Porro, sous le pont Morandi, a dû partir dans la précipitation.

Impossible mercredi matin de retourner chez lui récupérer des affaires, et encore moins de retourner y vivre. "J'ai dormi chez ma famille, mais ça va durer des mois et des mois. Je suis d'accord qu'il peut y avoir des risques mais je veux rentrer chez moi".

Mais deux policiers montent la garde derrière un ruban rouge et blanc, sans céder aux implorations de dizaines d'habitants espérant rentrer chez eux.

"Je n'ai pas dormi, je n'ai pas mangé", lâche une autre riveraine, Grazia Pistorio, 83 ans, le corps frêle sous son chemisier léopard. Elle aussi aimerait récupérer quelques habits de rechange. "Et il y aussi des gens qui doivent prendre des médicaments".

Dans la journée, les responsables locaux ont cependant donné des informations inquiétantes: ce qui reste du pont devra être démoli, et les maisons en-dessous sont probablement condamnées.

A 200 mètres du pont écroulé, un vieil homme préférant rester anonyme attend les bras croisés. Il a un cabanon coincé entre la rivière et la voie ferrée, à l'intérieur de la zone bouclée par les forces de l'ordre et il y a 15 jours, une chatte y a donné naissance à quatre chatons.

Depuis, il faisait chaque jour six kilomètres avec son vélo pour lui pour nourrir les chatons. Après plusieurs heures d'attente, il a été autorisé à aller les voir, escorté par un policier.

"Les chatons sont vivants, ils étaient affamés, ils ont tout dévoré", a-t-il raconté.

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