Athènes et Ankara veulent voir "le verre à moitié plein" malgré leurs différends

Publié le à Athènes (AFP)

Recep Tayyip Erdogan - premier président turc à se rendre en Grèce en 65 ans - et le Premier ministre grec Alexis Tsipras ont affiché jeudi la volonté d'arrondir leurs différends historiques et de poursuivre leur coopération en matière de réfugiés et d'économie.

"Je vous invite à ouvrir ensemble un nouveau chapitre dans les relations gréco-turques, qui ne sera pas basé sur des provocations (...) mais sur la construction d'un pont entre les deux pays", a déclaré M. Tsipras lors d'une conférence de presse à l'issue d'entretiens de près de deux heures avec le président turc.

Une fin de non-recevoir de cette proposition aurait des répercussions "non seulement sur les relations franco-turques mais aussi sur les relations entre la Turquie et l'Europe", a assuré M. Tsipras.

Ankara et Athènes coopèrent étroitement depuis le pacte conclu en mars 2016 avec l'UE, qui a considérablement limité le nombre d'arrivées de réfugiés en Grèce depuis les côtes turques.

Toutefois, le président turc s'est de nouveau plaint jeudi que "les promesses de l'Union européenne ne soient pas encore réalisées en matière (d'aide) économique (...) alors que nous respectons nos engagements" en ce qui concerne le pacte.

- 'Mise à jour' -

Dès mercredi soir les sourcils s'étaient froncés à Athènes à la diffusion d'une interview de M. Erdogan à la télé grecque Skai, dans laquelle il demandait "la révision du traité de Lausanne de 1923" qui régit les frontières en Europe et au Moyen Orient.

"Il faut une mise à jour, dans ce traité il y a des questions en suspens et des choses incompréhensibles, il a été signé il y a 94 ans", a répété M. Erdogan dès son arrivée lors d'un entretien avec le président de la République grecque Prokopis Pavlopoulos.

"Le traité n'est pas négociable, il n'a besoin ni de révision ni de mise à jour", a rétorqué fermement M. Pavlopoulos.

Signé de 11 pays, appartenant à l'Europe d'alors, aux Balkans, ainsi que le Japon, le traité de Lausanne définit les frontières non seulement entre la Grèce et la Turquie, mais aussi à Chypre, en Syrie, Jordanie et d'autres pays au Moyen Orient, une région instable où la Turquie a des intérêts cruciaux.

M. Erdogan avait profité de l'interview à Skai pour demander aussi une "amélioration" des mesures des espaces aériens et maritimes turcs et grecs en mer Egée, autre point de discorde.

Finalement, tout le monde a affiché une volonté d'avancer. Lors de la conférence de presse avec M. Tsipras, M. Erdogan a expliqué que la Turquie "ne convoite l?intégrité territoriale d'aucun pays", et a annoncé que les deux pays allaient "relancer le dialogue sur la construction des mesures de confiance en Egée".

M. Tsipras a relevé pour sa part que "la visite du président turc intervient à un moment où nous faisons face à des défis dans notre région, la crise en Syrie (?), la tension entre la Turquie et l'UE, et il faut construire un dialogue".

- Décisions de justice -

"Il faut voir le verre à moitié plein", a finalement convenu M. Erdogan en soulignant aussi la nécessité de poursuivre le dialogue pour trouver des solutions aux problèmes les plus épineux : Chypre et la délimitation du plateau continental en mer Egée.

Le président turc a toutefois déploré que les droits de la minorité musulmane de la Thrace, dans le nord-ouest de la Grèce, forte de 120.000 personnes, "ne soient pas respectés en vertu du traité de Lausanne". Athènes continue de nommer les muftis, dirigeants religieux de cette minorité, et "ne laisse pas la minorité le faire", a-t-il regretté.

M. Erdogan, qui était déjà venu en Grèce lorsqu'il était Premier ministre, en 2004 et 2010, ira en Thrace vendredi.

Après plusieurs décennies de rapports houleux qui ont même failli dégénérer en affrontements en 1996, le dégel entra la Grèce et la Turquie a commencé en 1999 quand la première a aidé la deuxième après un séisme qui avait dévasté Istanbul.

Mais leurs relations ont connu une nouvelle tension l'année dernière quand la justice grecque a refusé d'extrader huit militaires qui avaient trouvé refuge en Grèce au lendemain du coup d'Etat manqué contre M. Erdogan.

"Comme dans tout pays européen, il faut respecter les décisions de la justice", a fait remarquer M. Tsipras à son interlocuteur.

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