Brexit : l'UE et Londres se renvoient la balle du déblocage des négociations

Publié le à Salzbourg (Autriche) (AFP)

L'UE et le Royaume-Uni se sont renvoyé la balle mercredi au sujet des efforts à consentir dans la dernière ligne droite des négociations du Brexit pour éloigner le spectre d'un divorce sans accord, lors d'un sommet européen à Salzbourg.

Leur dîner de travail organisé en Autriche a été organisé principalement pour débattre des migrations, sujet d'incessantes controverses européennes. Mais il doit aussi donner l'occasion à la Première ministre britannique Theresa May d'exposer sa vision pour éviter un "retrait chaotique" du Royaume-Uni fin mars 2019.

"Si nous voulons parvenir à une conclusion réussie, alors, tout comme le Royaume-Uni a fait évoluer sa position, l'UE devra aussi faire évoluer sa position", a lancé devant la presse la dirigeante britannique à son arrivée.

Elle semblait répondre au président du Conseil européen, Donald Tusk, qui avait appelé quelques heures plus tôt Londres à faire des efforts. Sur "la question irlandaise ou le cadre de la coopération économique future, les propositions du Royaume-Uni devront être retravaillées", a-t-il estimé.

Londres et Bruxelles ont trouvé des compromis sur la plupart des sujets liés au divorce, notamment sur son règlement financier, mais ils continuent de buter sur certains points, principalement le sort de la frontière irlandaise.

Les deux parties sont d'accord pour éviter le rétablissement d'une frontière physique entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, mais Londres conteste les termes du "filet de sécurité" ("backstop") réclamé par l'UE pour garantir ce résultat.

- 'Bonne atmosphère' -

La solution préconisée par les 27 - qui prévoit le maintien de l'Irlande du Nord dans l'union douanière s'il n'y a pas d'autre solution satisfaisante - est "inacceptable" pour Londres car elle aboutirait à ses yeux à une frontière de fait entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.

Si les négociations échouent, "ce serait difficile pour l'Europe, mais ce serait terrible pour le Royaume-Uni", a prévenu mercredi le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

"J'espère que le départ (du Royaume-Uni) aura lieu dans une bonne atmosphère, avec un grand respect entre les uns et les autres", a déclaré de son côté la chancelière allemande Angela Merkel.

Les 27 doivent débattre jeudi, toujours à Salzbourg mais sans Mme May, des prochaines étapes des discussions. Mais M. Tusk a déjà annoncé qu'il proposerait un sommet européen supplémentaire à "la mi-novembre", en plus de celui du 18 octobre initialement censé boucler les tractations.

- "Jeu des reproches" -

Quant aux débats prévus sur les migrations, ils interviennent après un été de bras de fer diplomatiques en Méditerranée autour de navires transportant des migrants, auxquels l'Italie refuse désormais d'ouvrir ses ports sans promesse d'un partage de l'accueil des demandeurs d'asile.

"Les tensions parmi les Etats membres ont refait surface", a déploré Donald Tusk, appelant à mettre fin à Salzbourg au "jeu des reproches" qui persiste malgré la forte baisse du nombre des arrivées sur les côtes européennes par rapport au pic de 2015.

"Honnêtement, je ne m'attends à pas grand-chose... Mais même si l'Europe démontre pour la énième fois qu'elle est absolument inexistante et se désintéresse (de la question migratoire), nous agissons de notre côté, avec des accords bilatéraux", a d'ores et déjà répondu le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini.

Peu de progrès ont été faits cet été pour concrétiser les projets européens de "centres contrôlés" en Europe, où distinguer rapidement demandeurs d'asile légitimes et migrants économiques irréguliers à renvoyer.

Quant au projet de "plateformes de débarquement" hors de l'UE pour les migrants secourus en mer, aux contours encore flous, aucun pays africain ne s'est pour l'heure dit prêt à en accepter.

Il faut "mettre en place un système plus prévisible, pour cesser les solutions ad hoc pour les débarquements" du type de celles difficilement trouvées pendant l'été pour des navires comme l'Aquarius et le Diciotti, plaide un diplomate européen.

"Nous avons besoin de solidarité en Europe", a exhorté le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, appelant les pays qui n'acceptent pas de réfugiés, "alors qu'ils le devraient", à "contribuer par d'autres voies".

Les Européens continuent de se déchirer sur la question du partage de l'accueil des demandeurs d'asile, réclamé par les pays méditerranéens, mais toujours catégoriquement rejeté par les pays de l'Est.

Ils se rejoignent en revanche désormais sur les objectifs d'intensifier les expulsions de migrants ne pouvant prétendre au droit d'asile, de faire pression sur les pays de transit et d'origine et de renforcer les frontières extérieures de l'UE.

Sur ce dernier point, le chancelier autrichien a déploré des réticences de la part de l'Italie, l'Espagne et la Grèce face au projet d'un renforcement considérable de l'agence européenne de garde-frontières. Ces pays "ne sont peut-être pas vraiment malheureux que beaucoup de nouveaux entrants puissent poursuivre leur route en toute discrétion vers l'Europe centrale", a lancé M. Kurz.

"Nous sommes heureux qu'on se concentre désormais sur comment défendre les frontières", s'est réjoui pour sa part le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui aime à fustiger les "forces pro-migration" de Bruxelles. "Mais nous sommes capables de protéger notre propre frontière", a-t-il ajouté.

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