Charge américaine contre la Russie à propos de l'Ukraine

Publié le à Vienne (AFP)

Les Etats-Unis ont fermement signifié jeudi à la Russie que leurs divergences persistantes sur le conflit en Ukraine faisaient "obstacle à toute normalisation" entre les deux pays, dont les relations sont au plus bas.

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson et son homologue russe Sergueï Lavrov étaient au centre de l'attention à Vienne, où se réunissent les ministres des Affaires étrangères et représentants des 57 Etats membres de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La réunion annuelle de l'organisation - l'Autriche assurant cette année la présidence tournante - se tient alors que Washington et Moscou débattent depuis plusieurs mois d'un déploiement de forces de maintien de la paix en Ukraine.

Un rapprochement sur cette question controversée semble hors de portée tant les échanges ont été fermes, jeudi, entre les deux responsables.

Lors d'une conférence de presse au côté de son homologue autrichien Sebastian Kurz, Rex Tillerson a rappelé que le président Donald Trump avait clairement souhaité l'an dernier une relance des relations avec la Russie.

"Mais la question qui se dresse sur le chemin est celle de l'Ukraine", a-t-il souligné. "Nous pouvons avoir un différend dans d'autres domaines (...) mais quand un pays en envahit un autre, c'est un différend difficile à ignorer ou à accepter".

"Et nous l'avons clairement indiqué à la Russie dès le début: nous devons nous emparer de la question ukrainienne, c'est l'obstacle le plus difficile pour normaliser nos relations".

Lors d'une réunion des ministres de l'OSCE dans la matinée, M. Tillerson avait déjà donné le ton: "De tous les défis auxquels l'OSCE est confrontée aujourd'hui, aucun n'est plus difficile et frustrant que la situation en Ukraine". Les Etats-Unis ne lèveront pas leurs sanctions tant que durera le contrôle de la Russie sur la Crimée et le Donbass, a-t-il averti.

Les relations entre Washington et Moscou sont par ailleurs plombées par les accusations d'ingérence russe dans la présidentielle américaine et les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne du républicain et le Kremlin de Vladimir Poutine.

- "Crise de confiance" -

Rex Tillerson a relevé qu'il y avait eu plus de civils tués cette année dans l'est de l'Ukraine qu'en 2016, et que les violations du cessez-le-feu avaient augmenté de 60%: "Nous devons être clairs sur la source de cette violence: la Russie arme, dirige, entraîne et se bat aux côtés des forces anti-gouvernementales".

Quelque 600 observateurs de l'OSCE supervisent le cessez-le-feu plus que fragile entre les forces de Kiev et les rebelles séparatistes soutenus par la Russie.

Moscou soutient depuis plusieurs mois le déploiement de Casques bleus pour protéger cette mission de l'OSCE. Mais les puissances occidentales plaident pour un mandat plus étendu visant au maintien de la paix dans toute la région disputée du Donbass.

Cette hypothèse d'un mandat élargi est inacceptable pour Sergueï Lavrov, qui l'a assimilée jeudi à "une administration d'occupation (...) ayant pour objectif (...) de résoudre ce problème par la force". Il a reproché à Washington de vouloir "déformer" l'initiative russe.

Les deux ministres ont toutefois noué le dialogue lors d'une recontre bilatérale à huis-clos que M. Lavrov a qualifiée de "concrète". M. Tillerson a observé "des progrès".

Le chef de la diplomatie russe s'est également entretenu avec son homologue ukrainien Pavlo Klimkine, une première selon les agences de presse russes.

L'OSCE est une instance de discussion dans le domaine politico-militaire, de l'économie, des droits de l'Homme pour 57 pays allant des Etats-Unis à la Mongolie en passant par le Canada, l'ensemble du continent européen, l'Asie centrale et la Russie.

Créée pendant la guerre froide pour faciliter le dialogue Est-Ouest, l'organisation a servi de forum de dialogue depuis le début des affrontements en Ukraine.

Mais l'OSCE pâtit aussi des tensions diplomatiques internationales qui entravent ses processus de décision. Au sein de l'institution, "la confiance entre les principaux acteurs est au plus bas", a reconnu jeudi le secrétaire général de l'OSCE Thomas Greminger.

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