Des "gilets jaunes" moins nombreux ciblent les autoroutes et les dépôts de carburant

Publié le à Paris (AFP)

"Nous aussi on tient le cap!": une partie des "gilets jaunes" a décidé lundi de poursuivre les opérations de blocage pour une troisième journée ciblant principalement des autoroutes mais aussi des dépôts pétroliers, alors que le gouvernement se montre inflexible face à la grogne.

La mobilisation "n'a évidemment pas la même ampleur que samedi", a indiqué sur CNews le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

Près de 110 actions étaient recensées lundi matin, selon une source policière, loin des 290.000 manifestants comptabilisés samedi sur plus de 2.000 sites par le ministère.

Mais certains se montrent déterminés à rester de jour comme de nuit. Sébastien, technicien aéronautique de 21 ans, a passé la nuit près du dépôt de Lespinasse au nord de Toulouse, bloqué par des camions lundi matin: "C'était important de rester cette nuit, on n'a rien obtenu", affirme-t-il.

D'autres accès à des dépôts pétroliers ont été ciblés par les gilets jaunes, à Vern-sur-Seiche, près de Rennes, et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), a indiqué le groupe Total à l'AFP, ainsi qu'à Portes-lès-Valence (Drôme) et La Rochelle.

"Je fais 90 km tous les jours et ma femme ne travaille pas. On vit avec mon seul salaire. On dépense 150 euros d'essence par mois, ça devient insoutenable", a confié Fabien, près du dépôt de Fos.

Droite et gauche ont critiqué lundi un Premier ministre jugé inflexible après son interview sur France 2 au cours de laquelle Edouard Philippe a assuré qu'il tiendrait "le cap" même s'il a dit avoir entendu la "colère" et la "souffrance" des manifestants.

A l'initiative de ce mouvement protéiforme et sans leader identifié: des membres de la société civile qui ont appelé sur les réseaux sociaux à des actions contre la hausse du prix des carburants.

Puis finalement les motifs de grief se sont élargis à une dénonciation plus globale de la politique du gouvernement en matière de taxation et à la baisse du pouvoir d'achat.

Franck Buhler, responsable Debout la France dans le Tarn-et-Garonne, et l'un des initiateurs du mouvement, a lancé dimanche un appel vidéo sur Facebook pour de nouvelles actions de blocages samedi prochain, notamment à Paris.

- "Totalitarisme" -

"Nous aussi on tient le cap et ça va durer!", parie Kevin Dujardin, sur un barrage à Calais. "Je gagne 500 euros comment voulez-vous que je vive avec ça ? Avec ce que je gagne je ne peux me permettre qu'un repas par jour", affirme de son côté Jean-Luc, ouvrier de 57 ans.

En Normandie, plusieurs dizaines de barrages étaient maintenus, notamment à Rouen, et le périphérique de Caen était en partie fermé.

Dans le Sud-Est, plusieurs barrages ont été installés sur l'A7, à Orange, Avignon ou encore Bollène. Plusieurs transports scolaires ont dû être suspendus.

Dans le Sud-Ouest, sur la rocade de Bordeaux, le Pont d'Aquitaine était bloqué dans les deux sens. Sur l'A10, le péage de Virsac a été libéré par les forces de l'ordre mais reste fermé le temps de déblayer des branchages et piles de pneus incendiés par les manifestants. Sur l'A62, qui relie Bordeaux et Toulouse, le péage de Langon reste fermé également.

Laurent Nuñez a rappelé que les consignes pour les forces de l'ordre étaient d'"intervenir à chaque fois que des axes structurants sont bloqués ou qu'il y a des violences", alors que plusieurs incidents ont à nouveau émaillé la nuit.

A Calais, un automobiliste anglais et un chauffeur routier australien ont été placés en garde à vue après avoir touché des manifestants en forçant des barrages.

A Saint-Dizier (Haute-Marne), le conducteur d'un camion a été interpellé par les gendarmes, également après avoir blessé un "gilet jaune", transporté à l'hôpital. A Livron-sur-Drôme (Drôme), un automobiliste a été interpellé après avoir tiré en l'air avec une arme à feu et percuté un manifestant, transporté à l'hôpital. Son véhicule a ensuite été incendié.

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a dénoncé lundi "une forme de totalitarisme" associée selon lui à certains comportements quand on est "obligé" d'être "d'accord avec ceux qui manifestent pour pouvoir passer".

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