Élections locales en Pologne: test grandeur nature pour l'exécutif

Publié le à Varsovie (AFP)

Les Polonais élisent dimanche leurs maires et conseillers régionaux dans un climat de tension entre les conservateurs au pouvoir, qui veulent mieux s'implanter localement, et l'opposition centriste, autour de réformes judiciaires controversées qui inquiètent l'Europe.

Ce scrutin, le premier depuis l'automne 2015, vient sept mois avant les européennes et un an avant es législatives.

"De toute évidence c'est un test (...) pour les principaux partis, qui se jouera dans les grandes villes et au niveau des conseils régionaux", observe un politologue de l'Académie polonaise des sciences, Stanislaw Mocek.

Si les sujets traditionnels des élections locales (logement, transports en commun, pollution, etc.) n'ont pas été absents de la campagne, les principaux candidats ont consacré beaucoup d'attention aux grands enjeux nationaux, voire internationaux.

Le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski a lancé, à quatre jours du scrutin, une vidéo agressive avertissant les Polonais que les autorités régionales ou municipales, si elles restaient aux mains des libéraux, risqueraient de faire venir en Pologne des migrants, source de toutes sortes de violences.

- Explosions -

"J'ai voyagé en Occident", a enchéri Patryk Jaki, candidat PiS à la mairie de Varsovie, sur une radio privée. "Je ne voudrais pas qu'on ait souvent [en Pologne] des explosions, comme dans beaucoup de villes là-bas. Je ne voudrais pas que cela arrive à Varsovie. Si vous élisez [le centriste Rafal] Trzaskowski, vous n'avez pas de garanties que cela n'arrivera pas".

Cet argument, la peur des migrants, avait aidé le PiS à remporter haut la main les législatives de 2015.

Cependant, à la lumière des sondages, les chances de Droit et Justice de prendre le pouvoir dans quelques grandes villes, à l'issue du second tour de l'élection des maires le 4 novembre, semblent modestes.

En revanche, surfant sur la bonne conjoncture et sa généreuse politique sociale, louée par le Premier ministre Mateusz Morawiecki lors de nombreux déplacements en province, le parti au pouvoir depuis 2015 pourrait arriver en tête aux élections aux conseils régionaux, avec 33% ou 34% des voix, selon des sondages récents.

Pour gouverner dans les régions, les conservateurs devraient tenter d'y former des coalitions, peut-être avec la gauche post-communiste (SLD, 8% d'après le même sondage) et le mouvement antisystème Kukiz'15 (6%). Une tâche difficile.

Le PiS ne contrôle actuellement qu'un conseil régional sur seize.

- Brouille avec Bruxelles -

Ses électeurs voient dans ce parti un défenseur courageux des intérêts polonais. Abordée à la mairie, où elle enregistre sa nouvelle adresse, une actrice connue mais qui refuse d'être identifiée se dit "nationaliste, donc pro-PiS". Elle s'enorgueillit d'avoir voté "non" au référendum sur l'adhésion à l'UE en 2003 et dénonce durement la "bande" des libéraux qui "ont vendu des usines polonaises aux étrangers pour un zloty symbolique".

D'un autre côté, des réformes controversées et des procédés parfois jugés inconstitutionnels par l'opposition, ainsi que la brouille avec Bruxelles, ont consolidé l'électorat hostile au PiS.

"Un mot suffit pour expliquer pourquoi je ne pense pas voter PiS", dit à l'AFP un professeur de chimie à l'Académie des mines AGH de Cracovie, Leszek Czepirski. "Ce mot est Constitution".

L'opposition, alliance entre Plateforme civique (PO, centriste) et Nowoczesna (libéral), a fait campagne sur le mot d'ordre "barrer le chemin au PiS dans les collectivités locales". Elle reproche entre autres aux conservateurs leurs querelles avec Bruxelles et leurs réformes, destinées, à ses yeux, à soumettre le pouvoir judiciaire à l'exécutif.

Dans cette dernière bataille, le PiS a enregistré vendredi un petit revers: la Cour de justice de l'Union européenne a demandé à la Pologne de suspendre provisoirement mais "immédiatement" sa réforme de la Cour suprême.

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