En Argentine, vers la dépénalisation de l'IVG, faute de légalisation

Publié le à Buenos Aires (AFP)

La légalisation de l'avortement a été rejetée au Parlement, mais une porte s'ouvre pour la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), dans le cadre d'une prochaine réforme du code pénal.

Cela ne résout pas la question de l'avortement, mais si elle est adoptée par le Congrès, la mesure éliminera le risque de prison pour les femmes qui décident d'avorter malgré l'interdiction en vigueur.

Alors que la déception est forte chez les partisans de l'IVG, le chef du gouvernement Marcos Peña a rappelé que l'exécutif allait envoyer au Parlement dans quelques jours une réforme du code pénal, l'actuel datant de 1921.

"Le 21 août, on présentera la proposition de réforme du code pénal qui inclut cette thématique (...), ça va provoquer beaucoup de discussions", a déclaré le chef du gouvernement.

D'après le journal Clarin, le plus influent d'Argentine, "après le +non+ du Sénat, le gouvernement inclura la dépénalisation dans la réforme du code pénal".

- En attendant 2020 -

L'Eglise semble prête à lâcher du lest sur la question.

L'évêque Alberto Bochatey convient qu'il "faut changer la peine pour la mère" et propose à la place de l'emprisonnement des travaux d'intérêt général, plutôt qu'une dépénalisation pure et simple.

Car, souligne-t-il, "l'avortement c'est éliminer une vie, donc ça reste un crime".

En revanche, l'Eglise argentine souhaite que "la peine soit maintenue pour ceux qui pratique l'avortement, qui dans bien des cas sont des professionnels de la santé, qui font payer cher. Ils n'ont jamais été condamnés alors que ce sont les véritables coupables, les véritables assassins".

Actuellement, une femme qui avorte s'expose à une peine de prison de 4 ans, prévue par le vieux code pénal. Le praticien risque la même sanction. L'avortement n'est possible légalement qu'en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère.

Dans la très conservatrice province de Tucuman, une jeune femme de 27 ans, accusée d'avoir avorté, a purgé deux ans de prison.

En rejetant le projet de loi jeudi, les sénateurs ont reporté à 2020 un nouvel examen parlementaire d'un projet de loi visant à légaliser l'avortement.

- Un référendum? -

La dépénalisation ne satisfait pas ceux qui militent depuis des années pour le droit à l'avortement, mais les dirigeantes de la Campagne pour le droit à l'avortement en sécurité, légal et gratuit ne se sont pas encore exprimées sur l'initiative d'inclure la dépénalisation dans le code pénal.

Le député Daniel Lipovetzky, de la coalition gouvernementale de centre-droit Cambiemos (Changeons) plaide pour un référendum, après l'échec de la voix parlementaire.

Alors que le chef du gouvernement a rejeté jeudi cette éventualité, le député a souligné vendredi qu'une "consultation populaire est un mécanisme prévu par la Constitution, et relève du pouvoir législatif, pas de l'exécutif".

"Les grossesses d'adolescentes s'élèvent à 100.000 par an", s'est alarmé le président Mauricio Macri, en disant qu'il allait prendre des mesures pour que les cours d'éducation sexuelle prévus par la loi depuis 2006 soient enfin dispensés dans les écoles.

"Les données les plus récentes confirment que les législations restrictives en matière d'avortement ne sont pas associées à un taux d'avortement inférieur, et cela a été cruellement démontré en Argentine", observe Laura Laski, membre de la Commission Guttmacher-Lancet, spécialisée dans la santé sexuelle et reproductive.

D'après les autorités, 500.000 avortements sont pratiqués chaque année en Argentine. Ils se déroulent la plupart du temps dans des conditions d'hygiène précaires pour les plus pauvres, où dans des cliniques privées pour celles qui peuvent débourser environ 1.000 euros.

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