En Arménie, Nikol Pachinian dévoile sa recette de la révolution et des réformes

Publié le à Erevan (AFP)

Faire simple et décider avec le peuple: Nikol Pachinian, ancien journaliste devenu Premier ministre en Arménie, assure en avoir fait son crédo, un mois après être arrivé au pouvoir dans ce pays du Caucase accablé par la corruption et la pauvreté.

"Dans mon cas, mes activités ont été définies et décidées à la fois par moi-même et par le peuple", assure M. Pachinian, 43 ans, à des médias français, dont l'AFP, en les accueillant dans une salle somptueuse du siège du gouvernement arménien.

En avril dernier, cet ancien député d'opposition qui porte la barbe et au sourire discret, a mobilisé des dizaines de milliers de personnes pendant une vingtaine de jours contre l'ex-président Serge Sarkissian, alors devenu Premier ministre, et contre son Parti républicain au pouvoir, accusés de n'avoir rien fait pour éradiquer la corruption et la pauvreté.

Une contestation qui s'est soldée par un succès inédit dans ce pays de 2,9 millions d'habitants: la démission surprise le 23 avril de Serge Sarkissian, qui s'était fait élire Premier ministre après déjà une décennie au pouvoir en tant que président, puis l'élection le 8 mai de Nikol Pachinian à la tête du gouvernement par le Parlement.

S'il a réussi à convaincre ses compatriotes de le suivre, c'est parce qu'il vit "une vie visible, une vie publique" depuis bientôt une vingtaine d'années, affirme M. Pachinian.

Entré dans le journalisme en 1992, il s'est fait rapidement connaître par ses articles critiques du gouvernement, "qui ont trouvé un très grand écho au sein de la société", raconte-t-il.

Élu député en 2017, M. Pachinian n'a pas hésité à poser des questions gênantes devant ses collègues et ses interventions au Parlement, largement reprises sur Internet, ont atteint selon lui "un très grand auditoire".

"Si l'on cumule tous les visiteurs de mes pages Facebook et Youtube, c'est beaucoup plus que le nombre total d'Arméniens dans le monde", affirme-t-il.

"Et puis, je n'ai pas déclaré: +je vais faire une révolution+", raconte cet homme qui dit s'inspirer à la fois de Nelson Mandela et de Che Guevara.

"Ce que j'ai dit, c'est que je ne peux plus supporter la situation actuelle et j'ai fait un pas vers le changement. Et tout ceux qui veulent faire ce pas aussi, qu'ils se joignent à moi", explique M. Pachinian, qui a marché pendant des heures aux côtés de ses partisans à travers les rues de la capitale, Erevan, lors du mouvement de contestation.

- Politique étrangère inchangée -

S'il a promis des réformes économiques pour réduire le taux de pauvreté, qui s'élève actuellement à 30%, et une lutte implacable contre la corruption -- un engagement censé marquer une rupture avec l'ancien gouvernement -- la politique étrangère de l'Arménie ne fera pas l'objet de changements, selon M. Pachinian.

"En politique étrangère, il n'y aura pas de changement", notamment concernant les liens avec la Russie, à la tête de l'Union douanière dont fait partie l'Arménie, promet-il.

Même si l'Arménie étudie la possibilité de recevoir du gaz iranien, comme alternative au gaz russe, dont elle dépend largement, "notre objectif n'est pas de supprimer tout ce qui est russe", souligne le Premier ministre arménien.

Il a déjà assuré à Vladimir Poutine l'"importance" des relations russo-arméniennes lors de leur première rencontre à la mi-mai à Sotchi, dans le sud-ouest de la Russie. Mercredi, un nouvel entretien a eu lieu à Moscou entre les deux dirigeants, et jeudi, M. Pachinian assistera au match d'ouverture du Mondial-2018.

Mais Nikol Pachinian tient à le souligner: "une personnalité politique en Arménie ne peut être que pro-arménienne". Ainsi, "notre politique étrangère ne sera pas pro-occidentale ou prorusse, comme elle ne sera pas anti-occidentale ou antirusse", insiste-t-il.

"Nous sommes intéressés par les investissements russes, européens, américains et autres", ajoute M. Pachinian.

- "Beaucoup plus simple" -

Le nouveau Premier ministre affirme avoir trouvé une solution pour mettre fin à la corruption, au moins dans le secteur de la justice.

"Ce n'est pas en dépensant des milliers de dollars qu'il faut lutter contre la corruption. Il faut tout simplement que la personne numéro un ne soit pas corrompue, c'est tout", assure-t-il.

Ainsi, le problème de la corruption en Arménie "est désormais résolu, puisque je n'appelle pas" les juges, affirme-t-il.

Jusqu'ici, celui qui acceptait un pot-de-vin devait le partager avec ses supérieurs, l'argent arrivant parfois "jusqu'à la tête de l?État", souligne-t-il.

"Maintenant, lorsqu'il sait qu'il ne va pas partager son argent avec sa hiérarchie, il va être très prudent et réfléchir à plusieurs reprises", est convaincu M. Pachinian.

Un juge qui prend un pot-de-vin peut aussi "être puni en voyant sa photo publiée sur Facebook", assure le Premier ministre arménien, grand amateur des réseaux sociaux.

"Vraiment, la solution de certains problèmes est beaucoup plus simple" que ce qu'on peut penser, sourit-il.

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