L'écologie politique européenne dans une mauvaise passe

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Paris (AFP)

Ebranlés par des revers électoraux ou minés par des crises intestines,les principaux partis Verts européens, allemands, français ou néerlandais traversent une mauvaise passe.

"Si on voit ce qui se passe chez les Verts allemands où il y a aujourd'hui un grand déballage après l'échec relatif aux législatives, quand on voit la débâcle des Verts hollandais, dans plusieurs pays, ça veut dire que l'écologie politique doit se réinventer", a déclaré sur Europe-1 Daniel Cohn-Bendit, coprésident des écolos au parlement européen.

En France, Europe Ecologie-Les Verts qui participe au gouvernement socialiste fait face à une tempête interne avec le départ d'une figure historique, le député Noël Mamère et l'éviction de son numéro un, Pascal Durand.

EELV avait été la 3ème force politique en 2009 avec 16,3% des voix aux européennes. Mais, ensuite, son entrée en force au parlement en 2011-12 avec 17 députés et 12 sénateurs, malgré un score de 2,3% à la présidentielle, n'a été possible que grâce à une alliance avec les socialistes. Et près de 70% des Français jugeaient vendredi dans un sondage OpinonWay que le parti ne propose pas d' "alternative politique".

"Il y a une sorte de crise de croissance de l'écologie politique dans les pays où elle pesait le plus" analyse Tudi Kernalegenn, chercheur de l'Université de Rennes (France). "Les écologistes ne sont pas au clair et font le grand écart entre un réformisme assumé en participant au gouvernement et le projet écologique", ajoute-t-il.

En Allemagne, les Verts ont fait 8,4% aux législatives (contre 10,7% en 2009). Le parti écologiste le mieux implanté en Europe a fait une mauvaise campagne et été plombé par des soupçons de tolérance envers la pédophilie dans les années 60. Il est désormais le plus petit parti du Bundestag même si les Verts sont aujourd'hui présents dans tous les Parlements régionaux et dirigent le riche Etat régional du Bade-Wurtemberg.

"Erreur stratégique"

La chancelière Angela Merkel les a privés de leur combat emblématique pour la sortie du nucléaire. "Il n'y a plus de mobilisation possible sur ce thème", a expliqué à l'AFP Gero Neugebauer, politologue de l'Université libre de Berlin. Leur campagne pour la justice sociale, créneau occupé par les sociaux-démocrates et la gauche radicale "Die Linke" était une "erreur stratégique", pour le patron de l'institut de sondages Forsa, Manfred Güllner.

La Gauche Verte néerlandaise (Groenlinks) a dégringolé aux législatives de 2012 passant de 10 à 4 sièges à la chambre basse.

Pour Saskia Richter (université de Hildesheim) s'exprimant à la Fondation Friedrich Ebert, "les écologistes peuvent disputer des électeurs aux grands partis mais sont incapables d'occuper la place des socialistes, des sociaux-démocrates ou des conservateurs".

"Les partis verts ne sont plus les seuls à se soucier de politique économique durable, de protection du climat et d'énergies alternatives" souligne-t-elle.

Les deux partis verts belges, Ecolo (francophone) et Groen (flamand) après avoir participé à la coalition gouvernementale (1999-2003) du libéral Guy Verhofstadt ont été largement battus lors des législatives suivantes. Dans les régions, les Groen sont dans l'opposition alors qu'Ecolo est au gouvernement en Wallonie et à Bruxelles. Ils ne sont pas associés à la majorité d'Elio Di Rupo, et représentent 12% d'intentions de vote en Wallonie et à Bruxelles et 7% en Flandre pour les élections générales de mai prochain.

Au Portugal, Espagne, Italie et Grèce, les écologistes sont faibles. En Italie, un sondage du 24 septembre crédite les Verts de 0,7% d'intentions de vote.

Mais tous les partis écologistes ne sont pas en mauvaise forme. En Suède, les Verts sont devenus le troisième parti depuis les législatives de 2010 (7,3 % contre 5,2% en 2006). Jusqu'en 2006 ils ont apporté un soutien crucial au gouvernement social-démocrate minoritaire au parlement. Depuis, ils sont dans l'opposition. Un sondage du 17 septembre de l'institut Skop les crédite de 10,8 % d'intentions de vote.

En Norvège, longtemps quasi inexistante, l?écologie politique a réalisé une modeste progression aux législatives du 9 septembre. Le parti Milieu-Les Verts, soutenu par la franco-norvégienne Eva Joly, a recueilli 2,8% soit plus du double qu?en 2009 avec pour la première fois un parlementaire.

En Finlande, les Verts sont une composante bien établie du paysage politique. Ils participent actuellement à la coalition gouvernementale dirigée par le conservateur Jyrki Katainen. Leur candidat est arrivé au deuxième tour des présidentielles en 2012.

A la veille des législatives en Autriche dimanche, le parti écologiste semble en mesure de conserver sa position de 4e parti. Les derniers sondages les créditent de 13 à 15%. Le politologue Marcelo Jenny a relevé qu'ils étaient "inhabituellement unis".

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