Les Verts allemands tentés par une alliance avec Merkel

Publié le à Berlin (AFP)

Les écologistes allemands sont tentés par un retour au pouvoir dans un futur gouvernement d'Angela Merkel, même si la tâche d'allier la frange gauche des Verts avec la droite du parti conservateur allemand s'annonce comme un gros défi.

Avec 8,9% des voix lors des élections législatives de dimanche, le parti écologiste le mieux implanté en Europe a légèrement amélioré son score de 2013, lorsqu'il avait enregistré 8,4% des suffrages.

Avec des sociaux-démocrates en déroute qui veulent faire une cure d'opposition, la chancelière ne peut espérer constituer une majorité que si elle conclut une alliance à première vue contre nature avec les Verts, aux tendances altermondialistes, et les libéraux du FDP, le parti des entrepreneurs et du libre-échange.

Seule la région du Schleswig-Holstein (nord) fait actuellement l'expérience d'une coalition "Jamaïque" de ce type, référence aux couleurs noir-jaune-vert des trois partis. Avant elle, un autre petit land, la Sarre, a été dirigé de 2009 à 2012 par un tel attelage.

- Embourgeoisement -

Pour les "Grünen", entrer dans la coalition gouvernementale serait un retour à la responsabilité exécutive après leur expérience de 1998-2005. A l'époque ils avaient rejoint les sociaux-démocrates du chancelier Gerhard Schröder.

Depuis un peu plus d'un an, la question d'une alliance avec l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de Mme Merkel taraude la direction du parti bien que certains considèrent que s'allier aux conservateurs reviendrait à trahir des idéaux portés depuis près de quarante ans.

Les tiraillements ne datent pas d'hier entre les "realos" (les réalistes) du parti et les "fundis", ceux qui veulent rester fidèles aux fondements de gauche. Mais ceux favorables à un rapprochement avec Mme Merkel ont pris plus de poids ces derniers mois.

Le débat illustre l'évolution de la clientèle politique des Verts depuis les années 1980, marquée par un net embourgeoisement. Il est loin le temps où l'on tricotait durant les congrès du parti et où l'on manifestait contre les armes nucléaires.

Aujourd'hui les électeurs écolos sont parmi les plus riches, vivent plutôt dans les quartiers gentrifiés des grandes villes. Si sur les questions sociétales, ils sont toujours de gauche, sur l'économie et les finances, on a des atomes crochus avec des conservateurs.

Dès dimanche soir, les cadres de la direction se sont montrés ouvert à des pourparlers avec Mme Merkel, d'autant que les deux têtes de liste, Cem Özdemir et Katrin Göring-Eckart, incarnent justement ce modèle écolo-centriste.

"Bien évidemment nous allons accepter l'invitation à des discussions", a lancé ainsi Cem Özdemir, "il s'agit de prendre nos responsabilités pour notre pays".

Ses conditions pour participer au gouvernement Merkel IV sont restées vagues: la "protection du climat", la lutte contre le racisme et une "forte dose de solidarité".

- Sujets difficiles -

"On doit toujours faire des compromis, dans toute coalition", a souligné Winfried Kretschmann, un catholique pratiquant qui a par le passé dit "prier pour Mme Merkel".

Katrin Göring-Eckart a cependant prédit des discussions difficiles sur les sujets de friction. On pourrait citer la fin des centrales au charbon, la sortie du diesel, l'agriculture ou la fin des expulsions de demandeurs d'asile déboutés vers l'Afghanistan.

"Nous allons voir dans le calme, après analyses et possibles pourparlers, si on peut arriver à une collaboration", a-t-elle dit prudente.

Sur les questions de société, les Verts semblent aux antipodes de la CSU, l'aile bavaroise très conservatrice de la CDU, dont la base reste traditionnelle. Les écolos ont quant à eux porté à leur tête un responsable d'origine turque, M. Özdemir et instauré une parité hommes-femmes stricte dans ses listes électorales.

Sur les questions économiques, c'est au FDP qu'ils risquent de se heurter.

Enfin, les Verts ont aussi de l'ambition. On voudrait trois postes ministériels : "Il faut qu'il y ait un peu plus que juste une pincée écolo" dans le prochain gouvernement, glisse un représentant de l'aile gauche du parti cité par l'agence DPA sous couvert d'anonymat.

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