Levothyrox: perquisition à l'Agence française du médicament

Publié le à Marseille (AFP)

Une perquisition a eu lieu mardi au siège de l'Agence nationale de sécurité du médicament dans le cadre de l'enquête menée à Marseille sur la nouvelle formule du Levothyrox, produit par Merck, qui a suscité à ce jour 365 plaintes.

Mardi matin, le siège de l'ANSM à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a été perquisitionné sous la conduite du magistrat à la tête du pôle santé publique du parquet de Marseille, dans le cadre d'une enquête préliminaire pour "tromperie aggravée, atteintes involontaires à l'intégrité physique et mise en danger de la vie d'autrui", a précisé à l'AFP le procureur de Marseille Xavier Tarabeux.

Il s'agit de la deuxième perquisition dans cette affaire, après celle réalisée le 3 octobre au siège de Merck à Lyon: des boites de médicaments et des documents avaient alors été saisis.

"Ce qui est intéressant avec ces perquisitions, qui sont prévisibles, c'est de voir si on parvient à saisir des documents authentiques ou si des documents disparaissent ou sont trafiqués", a commenté auprès de l'AFP Me David-Olivier Kaminski, qui représente des plaignants.

L'avocat, qui a recueilli plus de 150 plaintes, a rappelé que le changement de formule du Levothyrox, dont de nombreux utilisateurs se plaignent, a été réclamée par l'ANSM à Merck en 2012, pour "rendre le principe actif plus stable". "Il y a forcément des échanges de courriers à ce sujet, on parle quand même d'un médicament que prennent 3 millions de personnes en France", explique-t-il.

Ce changement de formule, qui ne concerne pas le principe actif mais l'excipient de cette hormone thyroïdienne de synthèse, a provoqué chez de nombreux patients des effets secondaires lourds, comme des crampes, des vertiges et des maux de tête.

- un problème de dosage? -

Les témoignages sur ces effets secondaires depuis la mise sur le marché français de la nouvelle formule en mars se sont multipliés, à tel point que le dossier est devenu un enjeu sanitaire majeur pour le gouvernement.

Après une intervention de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, l'ancienne formule du Levothyrox a fait son retour dans les pharmacies françaises le 2 octobre, en quantités limitées.

Depuis, l'ANSM a rendu les résultats d'une enquête de pharmacovigilance sur le Levothyrox, qui conclut que les effets indésirables signalés depuis l'arrivée de la nouvelle formule sont dus à "un déséquilibre thyroïdien" causé par le changement de traitement et non à la nouvelle formule elle-même.

L'ANSM, qui indiquait au 15 septembre que près de 15.000 signalements avaient été reçus dans les centres régionaux de pharmacovigilance, ajoutait que le changement de formule pouvait "modifier l'équilibre hormonal et nécessiter un réajustement du dosage".

"On a changé un excipient et ça a complètement décuplé le principe actif chez une de mes clientes, par exemple, qui souffre d'hyperthyroïdie et est maintenant en hypothyroïdie!", a déploré Me Kaminsky.

Premier marché mondial avec trois millions d'utilisateurs, la France, secouée ces dernières années par plusieurs scandales sanitaires comme celui du Mediator, est aussi le premier pays où la nouvelle formule a été introduite.

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