Mike Pompeo, une main de fer dans le gant de velours diplomatique

Publié le à Washington (AFP)

Mike Pompeo, nommé mardi à la tête du département d'Etat par Donald Trump, est un ancien militaire dont l'habileté diplomatique reste un mystère avant des négociations historiques avec la Corée du Nord.

Le président américain a mis fin à plusieurs mois d'incertitudes en annonçant sur Twitter le remplacement de Rex Tillerson, l'ancien patron du géant pétrolier Exxonmobil, par l'actuel patron de la CIA.

M. Trump voulait une nouvelle équipe avant les négociations historiques avec la Corée du Nord, selon un haut responsable américain.

Contrairement au désormais ex-ministre des Affaires étrangères, Mike Pompeo a réussi à se faire une place dans le premier cercle de Donald Trump. "Nous avons la même façon de penser", a dit mardi le président pour expliquer son choix, évoquant des "atomes crochus depuis le début".

C'est lui qui apportait au président les compte-rendus compilés par les agences de renseignement sous forme de graphiques, connaissant son aversion pour la lecture.

Il s'est fait l'écho du ton agressif et parfois guerrier prisé par son chef en promettant une CIA plus "brutale", notamment face à l'Iran et la Corée du Nord.

Il a également affirmé que la politique d'extrême fermeté de Donald Trump avait permis une prochaine rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

M. Pompeo a aussi évité de critiquer ouvertement le président, qui met régulièrement en doute les conclusions des agences de renseignement sur l'ingérence russe dans l'élection de 2016. Il a toutefois mis en garde sur une possible nouvelle ingérence des pirates informatiques russes dans les élections de mi-mandat en novembre.

- West Point et Harvard -

A 53 ans, Mike Pompeo a eu un parcours fulgurant, en sachant saisir des opportunités qui l'ont mené jusqu'à Donald Trump.

Né en Californie, il est sorti major de sa promotion à la prestigieuse école militaire de West Point en 1986.

Après avoir servi pendant 5 ans --mais jamais au combat-- il a intégré la Harvard Law School, l'une des grandes facultés de droit du pays, par laquelle est aussi passé Barack Obama.

Il a fondé une société d'ingénierie dans le Kansas avant de se lancer dans la politique en 2010 avec le soutien des frères Koch, des milliardaires libertariens qui financent les candidats défendant leurs idées.

Elu à la Chambre des représentants, Mike Pompeo a acquis la réputation de présenter des projets de loi favorables aux deux frères.

Il intègre ensuite rapidement un autre cénacle, la commission du renseignement de la Chambre, où les élus ont accès à nombre d'informations confidentielles.

Mais c'est grâce à l'âpre combat mené par les républicains contre Hillary Clinton dans l'affaire de l'attentat de Benghazi, qui a coûté la vie à l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye en 2012, que l'élu est passé de l'ombre à la lumière.

"Pour que la CIA connaisse le succès, elle doit être agressive, brutale, implacable et impitoyable", dit-il après avoir été nommé à la tête de l'agence de renseignement la plus connue du monde.

- 'Mélange explosif' -

Mais jusqu'à mardi, peu de signes montraient qu'il a réussi à changer les choses.

Reuel Marc Gerecht, un ancien responsable de la CIA qui travaille aujourd'hui à la Foundation for Defense of Democracies, souligne les limites d'un directeur face à l'énorme bureaucratie de la CIA, alors que les opérations secrètes sont déterminées d'abord par le président.

Juan Zarate, un ancien conseiller à la sécurité nationale adjoint qui avait milité en faveur de la nomination de M. Pompeo, estime toutefois qu'il a gagné la confiance du président en gérant la CIA efficacement.

"Il a dit ce qu'il pensait et a défendu les intérêts de l'agence et de ses employés, en se concentrant sur le coeur de sa mission d'être la meilleure agence de renseignement du monde au moment où on en a le plus besoin", dit-il à l'AFP.

Mais d'autres anciens de la maison critiquent ses prises de position très tranchées.

Mike Pompeo "ne semble pas se rendre compte du mélange explosif que forment la politique et le renseignement", accuse Ned Price, un ancien porte-parole de la CIA qui a démissionné en 2017 parce qu'il n'avait pas confiance en Donald Trump.

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