Nicaragua: la peur au ventre, l'opposition marche et défie Ortega

Publié le à Managua (AFP)

L'opposition nicaraguayenne défile jeudi dans la capitale et d'autres villes du pays pour exiger le départ du président Daniel Ortega mais elle craint de nouveaux affrontements avec les forces de l'ordre, après les violences de ces derniers jours.

En milieu de matinée, des centaines de personnes agitant des drapeaux bleu et blanc du Nicaragua ont commencé à marcher.

"Justice!", "Pas un pas en arrière!", Le peuple uni ne sera jamais vaincu!", scandaient-ils.

La manifestation, organisée par l'Alliance civique pour la démocratie et la justice, coalition de l'opposition qui inclut des secteurs de la société civile, et baptisée "Ensemble nous sommes un volcan", doit parcourir environ 5 km au sud-est de Managua.

"Nous voulons que ce gouvernement s'en aille. Ce que nous voulons c'est la liberté et la démocratie. Ca fait onze ans qu'on le supporte. Le peuple est fatigué", a lancé un homme de 40 ans au visage dissimulé par un foulard.

"Je suis ici car je suis mère et ça me fait mal de voir que des jeunes sont morts dans cette lutte contre cet homme sans pitié. Je demande son départ?, explique à l'AFP Rosa Martinez, 59 ans.

Pour l'opposition, cette marche est le point de départ d'une série d'actions pour accentuer la pression sur le président Daniel Ortega, avec notamment une journée de grève générale prévue vendredi.

Des camionnettes des forces anti-émeutes qui circulaient dans le même secteur de la marche provoquaient l'inquiétude des habitants et des manifestants.

En réaction, le gouvernement prépare une marche en mémoire de la révolution sandiniste de 1979, vendredi vers Masaya, la ville la plus rebelle du pays, à une trentaine de kilomètres de Managua.

Ce projet du gouvernement suscite aussi des craintes dans le quartier indigène de Monimbo, au sud de Masaya, où les barricades sont toujours debout, malgré le renforcement de "l'opération nettoyage", ordonnée par le gouvernement ces dernières semaines.

- Situation critique -

"Ils ne vont jamais entrer, à moins qu'ils nous tuent tous", assure à l'AFP un homme cagoulé sur une de ses barricades, chemise et casquette vert olive.

Depuis le 18 avril, les manifestants anti-gouvernementaux exigent le départ de Daniel Ortega, au pouvoir depuis 11 ans, accusé d'instaurer une dictature au Nicaragua avec sa femme, Rosario Murillo, la vice-présidente.

La situation au Nicaragua est critique, a estimé mercredi la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH), devant le conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA) à Washington, dénonçant l'aggravation de la répression et chiffrant à 264 le nombre de morts causés par la vague de violence en près de trois mois de protestation.

En réponse, le ministre des Affaires étrangères nicaraguayen, Denis Moncada, a estimé que le rapport de la CIDH faisait preuve de "préjugés et manquait d'objectivité". "On ne peut pas confondre un mouvement de protestation pacifique et des actes terroristes", a-t-il répliqué.

Très influente au Nicaragua, l?Église catholique joue le rôle de médiatrice entre le gouvernement et l'opposition, en demandant notamment des élections anticipées, mais sans succès: le président Ortega a rejeté samedi cette éventualité.

Le week-end dernier, 14 personnes sont mortes à la suite de violents raids des forces de l'ordre dans les villes de Diriamba et Jinotepe, dans le sud-ouest du pays.

A Diriamba, la tension est encore montée d'un cran lundi: une centaine de partisans du président Ortega et de paramilitaires ont agressé des prélats catholiques, dont le nonce apostolique (ambassadeur du pape) Stanislaw Waldemar Sommertag, dans une basilique.

Pourtant, le Vatican a fait savoir jeudi qu'il n'entendait pas protester auprès du gouvernement.

"Le nonce a su très bien gérer la situation. Nous n'allons pas protester", a expliqué le cardinal Pietro Parolin, le cardinal secrétaire d?État à la chaîne catholique italienne TV 2000.

Les évêques nicaraguayens ont annoncé qu'ils convoqueraient des sessions plénières dans les prochains jours, estimant que le dialogue était la seule voie pour résoudre la crise.

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