Nicaragua: nouvelles attaques des forces de l'ordre, 5 morts dont un enfant

Publié le à Managua (AFP)

Au moins cinq personnes, dont un enfant de 15 mois, ont été tuées samedi dans des opérations des forces de l'ordre et des groupes paramilitaires à Managua, marquant un regain de la répression contre les opposants au président nicaraguayen Daniel Ortega.

Le bilan de la vague de contestation lancée le 18 avril pour exiger le départ du président Ortega et de sa femme Rosario Murillo, vice-présidente, dépasse désormais les 200 morts.

"Nous parlons de cinq morts, dont l'enfant, mais il pourrait y en avoir plus", a déclaré samedi à l'AFP Georgina Ruiz, membre du Centre nicaraguayen des droits de l'Homme (CENIDH).

Dans la nuit de vendredi à samedi, et huit heures durant, les forces de l'ordre et groupes paramilitaires ont lancé une attaque contre des étudiants retranchés dans les locaux de l'Université nationale autonome du Nicaragua (UNAN), au sud-ouest de Managua, ainsi que dans six quartiers de l'est de la capitale, selon le témoignage d'étudiants, confirmé par des défenseurs des droits de l'Homme.

"Ils nous attaquent depuis une heure du matin. (...) Il y a aussi des franc-tireurs, nous sommes sur les barricades", a témoigné un jeune homme, le visage masqué par un foulard, dans une transmission en direct sur Facebook, où on le voit dans une tranchée avec d'autres jeunes tandis que l'on entend des tirs.

- "Ils tirent pour tuer" -

"Ils tirent pour tuer. Ils sont en train de massacrer le peuple, les jeunes. Nous sommes assiégés. C'est une guerre inégale", a-t-il ajouté.

Un autre jeune évoque le survol du campus universitaire par "quatre drones". Pendant ces témoignages en direct sur les réseaux sociaux, des tirs se faisaient entendre. "Nous ne nous rendrons pas", criaient des jeunes.

Le CENIDH a précisé que deux des morts avaient été tués dans la zone de l'université UNAN. Quinze étudiants ont été blessés.

Les trois autres décès, y compris l'enfant mortellement touché par une balle perdue, ont été recensés dans d'autres quartiers, selon la même source.

"La police a tiré. Je l'ai vu: c'étaient des policiers et ils ont commencé à tirer (...) J'attends que justice soit faire", a affirmé à l'AFP la mère de l'enfant, Karina Navarrete.

Dans un communiqué, la police a imputé la responsabilité de ce décès aux "délinquants" qui occupent les quartiers.

La Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), qui a oeuvré depuis le début de la crise pour maintenir un dialogue entre le gouvernement et ses opposants, a envoyé une délégation de quatre prêtres sur place pour évaluer la situation.

"Au nom de Dieu, nous demandons que cessent ces attaques, que cesse cette vague de violence, que cessent les morts", a déclaré le père Raul Zamora depuis l'université.

Le cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua et président de la CEN, a appelé le gouvernement et les groupes armés légaux et illégaux à ne plus ouvrir le feu. Personne ne doit "pointer son arme pour enlever la vie à un frère", a-t-il déclaré.

Une coalition de groupes d'opposition de la société civile, l'Alliance civique pour la Justice et la Démocratie, a annoncé suspendre une "marche des fleurs" en mémoire des victimes de la répression, programmée dans l'après-midi de samedi dans la capitale.

Ce groupe a toutefois appelé "tous les secteurs de la société à observer une grève de 48 heures" dans les jours à venir. Une grève générale avait déjà paralysé le Nicaragua le 14 juin.

Avant le déclenchement de l'attaque, qui a fait au moins cinq morts samedi, la CEN avait invité le gouvernement et l'Alliance civique à renouer le dialogue - déjà suspendu à trois reprises - pour discuter de la proposition d'organiser des élections anticipées.

L'Eglise appelle le président Ortega à organiser des élections générales anticipées en mars 2019, au lieu de fin 2021. L'ex-guérillero de 72 ans, au pouvoir depuis 2007 après l'avoir déjà été de 1979 à 1990, reste muet sur ce point.

"L'action répressive de l'Etat a fait au moins 212 morts au 19 juin et 1.337 blessés", avait indiqué vendredi la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), ajoutant que plus de 500 personnes avaient été détenues au 6 juin.

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