Niger: N'Gagam ou "le petit enfer" pour les réfugiés et déplacés de Boko Haram (REPORTAGE)

Publié le à N'Gagam (Niger) (AFP)

"Saï wahala" (+que du calvaire+ en langue haoussa) Canicule, pas à manger, pas de vêtements, pas de travail, pas droit de quitter le camp... c'est un petit enfer ici", dit Zara Moustapha, au camp de N'Gagam, dans une zone désertique du sud-est du Niger.

Originaire de Mallam Fatori (Nord-ouest Nigeria), théâtre de plusieurs affrontements entre l'armée et Boko Haram qui y a commis de nombreuses exactions, cette mère de famille fait partie des 7.000 réfugiés nigérians et 5.500 déplacés internes nigériens vivant dans cet immense bidonville, enchevêtrement de tentes et cases.

Assis sur une natte étalée sur le sable incandescent sous un hangar improvisé, Mark Lowcock, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les secours d?urgence, écoute les doléances des milliers des pensionnaires qui ont fui ou ont été évacués de force.

- 'Voir de ses propres yeux' -

Les femmes se sont drapées dans des voiles multicolores, certaines avec des piercing de bijoux dorés au nez pour rencontrer l'émissaire de l'ONU. Ce dernier est protégé par des soldats d'élite. Le camp a déjà été attaqué par les jihadistes nigérians qui l'infiltrent régulièrement.

"Nous lui avons parlé de nos maux: manque de soins médicaux, insuffisance de nourriture, d'eau potable, insécurité et désoeuvrement...", égrène Yagana Cheffou, la porte-parole du camp.

"Nous avons besoin besoin d'ambulances, d'une eau de qualité, de plus de sécurité. Nous n'avons reçu aucune aide alimentaire depuis au moins dix mois", rappelle, flottant dans un grand boubou délavé, Boulama Mamane Ibrahim, chef du village nigérien de Bandé.

A cause de la "mauvaise qualité de l'eau", une épidémie d'hépatite E a fait "des morts" dont "des femmes enceintes", souligne-t-il.

"Hommes, femmes et enfants dorment dans les champs de mil, infestés de moustiques. Il y a déjà une flambée de paludisme", tempête-t-il.

"J'ai écouté leur histoire et je la raconterai" dans "un plaidoyer", fin septembre à l'Assemblée générale des Nations unies, a promis M. Lowcock, trempé de sueur. "Si les donateurs ne réagissent pas, je leur dirai de venir voir de leurs propres yeux", ajoute-t-il.

Il salue cependant la mobilisation internationale qui a "sauvé des vies des millions de personnes" dans la zone. "L'aide n'est pas suffisante, c'est vrai", reconnaît à l'AFP Lawan Magadji, le ministre nigérien de la gestion des catastrophe.

Le ministre espère que Marc Lowcock obtiendra les "400 millions de dollars" demandés pour boucler l'assistance humanitaire "dans tout le bassin du lac Tchad".

A Diffa, la vulnérabilité des 300.000 réfugiés-déplacés et des populations locales est aussi accentuée par les "mesures sécuritaires" prises par les autorités, estiment plusieurs ONG.

- 'Indicateurs partout' -

Pour contenir les attaques incessantes et les infiltrations, les autorités ont évacué des zones, interdit le commerce du poisson et des poivrons, fermé des marchés, plombant l'économie locale alors que Diffa était déjà confrontée à des crises alimentaires répétées.

Une accalmie est observée depuis deux mois dans la région mais l'armée reste aux aguets. Présent à N'Gagam, Mahaman Laouali Dandano, le gouverneur de Diffa, a même abordé l'épineuse "présence d'éléments infiltrés de Boko Haram" sur le camp.

"Soldats, humanitaires, agents de santé... tout le monde met sa vie en danger pour vous assister et vous, vous trouvez normal de ne pas dénoncer ces gens", a-t-il tonné.

"Il se ravitaillent au marche de N'Gagam. Certains reviennent même (du Nigeria) pour visiter leurs parents sous vos yeux !", s'indigne M. Dandano. "Les +BH+ (Boko Haram) ont des indicateurs ici partout", avoue plus tard à l'AFP le chef Boulama. "Si vous les dénoncez, ils viendront brûler vos maisons et enlever nos enfants", chuchote-t-il.

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