Passer en Egypte, maigre bouffée d'oxygène pour les Gazaouis sous blocus

Publié le à Rafah (Territoires palestiniens) (AFP)

Protégés de la foule impatiente par une frêle barrière, des policiers palestiniens égrainent des noms, leurs voix couvrant avec peine le chahut. Les appelés se faufilent avec soulagement: ils vont enfin sortir de Gaza via l'Egypte, certains pour la première fois.

Beaucoup ne sont venus qu'avec une grosse valise, parfois un sac de sport, calé entre leurs jambes dans les gradins d'un gymnase transformé en salle d'attente, à Khan Younès, dans le sud de l'enclave palestinienne.

De là, ils embarqueront à bord de bus, en direction du passage de Rafah, à une vingtaine de minutes. Ils pourront alors entrer dans le Sinaï en Egypte.

Après la destitution en 2013 du président élu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, l'Egypte a gardé la frontière avec Gaza close. Le Caire accusait le Hamas, proche de la confrérie islamiste et au pouvoir dans le territoire palestinien, de soutenir l'insurrection jihadiste dans le Sinaï.

A la faveur d'une amélioration des relations avec le Hamas, Rafah a rouvert le 12 mai et environ 200 personnes sortent de Gaza tous les jours, sauf le week-end.

Il s'agit de l'une des seules options de sortie pour ces Palestiniens qui vivent sous un vigoureux blocus imposé depuis plus de dix ans par Israël, seul autre voisin de Gaza.

Israël justifie le blocus par la nécessité de contenir le Hamas, son ennemi.

A l'extérieur du gymnase de Khan Younès, Mosleh Derby, 21 ans, patiente au soleil en contemplant les vendeurs de thé, de café et de cigarettes qui s'époumonent devant lui.

- Payer pour sortir -

Pendant trois ans, cet étudiant en médecine en Egypte n'est pas retourné à Gaza, de peur d'y être bloqué car même quand le passage ouvrait, à raison de quelques dizaines de jours par an, rien ne garantissait qu'il ne ferme pas soudainement.

Il dit avoir perdu un an durant ses études à cause de l'ouverture erratique du passage.

A son retour en juin, il s'est inscrit au ministère de l'Intérieur de Gaza, afin d'être sûr d'obtenir une autorisation de sortie et d'être de retour en Egypte pour la rentrée universitaire. Mais il a déjà manqué deux semaines.

"Je n'ai pas payé. Du coup, des étudiants qui s'étaient inscrits après moi sont sortis avant", soupire-t-il.

Dans le gymnase, beaucoup l'avouent du bout des lèvres: ils ont réglé entre 1.500 et 2.000 dollars (1.300 et 1.700 euros) pour la "coordination", soit la garantie de sortir du territoire. Difficile de savoir à qui va l'argent.

Côté palestinien, "personne ne paie, jamais", assure Iyad al-Bozum, porte-parole du ministère de l'Intérieur à Gaza. Mais il n'exclut pas qu'il en aille différemment du côté égyptien.

D'après lui, des milliers de Gazaouis figurent actuellement sur liste d'attente pour partir.

Alors que l'enclave compte deux millions d'habitants, le flot de voyageurs reste ténu.

Seuls les malades, les étudiants, les pèlerins et ceux qui disposent d?une autre nationalité ou d?un titre de résidence à l?étranger sont autorisés à passer. Les rares élus sont informés via internet.

Sous la présidence Morsi, "30 bus passaient chaque jour la frontière, ça faisait en gros 1.800 personnes", se rappelle Abdallah Chahine, 32 ans, bagagiste.

- "Aller sans retour" -

Avant le retrait israélien de Gaza en 2005, les Palestiniens pouvaient passer tous les jours en Egypte, où beaucoup ont de la famille.

M. Chahine a renfilé son gilet orange et repris le travail, lui qui vivotait en vendant des cigarettes quand les bus restaient à l'arrêt. "Ceux qui partent ne reviennent pas, ils sortent pour émigrer".

C'est le rêve de Khalil: aller en Allemagne où il est né, mais dont il n'a pas la nationalité. "Un aller sans retour", confie-t-il avec un sourire gêné.

"A l'étranger, quelqu'un de créatif peut réussir", affirme l'étudiant en architecture qui préfère ne pas donner son nom de famille.

Deux de ses amis ont déjà émigré. Lui a fait ses calculs: il lui faut plus de 3.000 dollars pour payer son voyage, dont 2.000 pour le passage par Rafah.

A Khan Younès, le bus démarre dans le brouhaha des adieux.

Une fois le passage franchi, la route est longue jusqu'au Caire. Il faut parfois dormir au poste frontière côté égyptien, en raison du couvre-feu dans le Sinaï, dit un responsable égyptien.

Puis ce sont les multiples checkpoints.

"Avant 2007, j'arrivais au Caire en six heures, maintenant ça prend au moins 48 heures!", se plaint Hossam al-Ajouri, 35 ans, qui va terminer ses études d'histoire en Egypte.

Lui, au moins, pourra sortir.

Depuis mi-juin, Aïda Baraka, 53 ans, attend l'autorisation d'aller voir sa nièce malade en Jordanie. Son nom ne figurait pas sur le site internet, mais elle est venue tenter sa chance.

"Où est l'humanité ?", s'interroge-t-elle, son niqab ne laissant entrevoir que ses yeux obscurcis par la colère. Autour d'elle, beaucoup acquiescent: les "frères" égyptiens n'en font pas assez.

"Ce sont les Egyptiens qui sont les plus proches de nous! Je veux qu'ils soient humains", s'exclame-t-elle.

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