Pour sauver sa mère, "rouler sur les flammes" n'aura pas suffi

Publié le à Pobrais (Portugal) (AFP)

La mère de Miguel Manuel l'a appelé paniquée quand le feu menaçait leur village de Pobrais, dans le centre du Portugal. Il a bravé le danger pour lui venir en aide, mais il était trop tard.

Premier arrivé sur la route où 47 personnes ont péri samedi, rattrapées par l'incendie en fuyant en voiture, le jeune homme de 23 ans a retrouvé le cadavre calciné de sa mère, à 500 mètres du domicile familial.

Le surlendemain, sous une chaleur étouffante, il s'emploie avec son père et un voisin à enterrer des animaux dévorés par les flammes, un chat et les chèvres d'un autre habitant de ce village d'une cinquantaine de maisons, qui s'étend le long d'une petite route très pentue, plongeant vers une vallée recouverte de cendres et d'arbres carbonisés.

Quand sa mère l'a appelé par téléphone samedi après-midi, le jeune homme confie à l'AFP qu'il se trouvait dans la ville côtière de Figueira da Foz, distante de près d'une centaine de km.

Venu en toute hâte, il a pu rejoindre Pobrais par une route secondaire, allant jusqu'à "rouler sur les flammes", dans une tentative désespérée de sauver sa mère, âgée de 47 ans.

"Tout a brûlé, même mon travail", ajoute le jeune homme, employé dans la filière du bois.

A ses côtés, son père José Manuel reste tétanisé, incapable d'évoquer le drame. Cet agriculteur de 57 ans précise seulement que son épouse, qui gagnait sa vie en faisant des ménages, avait quitté le village en voiture avec sa cousine, qui a également trouvé la mort sur la fatidique route nationale 236 qui relie Figueiro dos Vinhos à Castanheira de Pêra.

Son voisin Vitor Neves était marié à cette cousine de 38 ans. Au moment du drame, il combattait ce même incendie, à quelque 35 km de là. Il a également tenté de regagner le village, mais il est arrivé trop tard lui aussi.

- Plongés dans un réservoir -

Pobrais a perdu 12 de ses habitants dans l'incendie. Onze d'entre eux ont péri sur la route principale, piégés par les flammes qui avançaient de toutes parts alors qu'ils tentaient de prendre la fuite.

M. Neves estime que le drame aurait pu être évité. "La sortie du village aurait dû être bloquée. Si les gens étaient restés dans leurs maisons, ils auraient survécu", dit-il, révolté.

C'est le cas de leurs voisins d'en face, qui se sont réfugiés dans le réservoir d'eau installé devant leur porte, où deux bombonnes de gaz étaient toujours immergées.

Maria do Ceu Ferreira, son mari, retraité de la marine marchande et leurs deux filles trentenaires ont ainsi vu passer le feu au-dessus de leurs têtes.

"Sans le réservoir, nous serions morts", témoigne cette femme au foyer de 56 ans, presque sans voix pour avoir tellement hurlé pendant ces instants dramatiques, dont elle n'est pas capable de préciser la durée. "Cela m'a semblé durer une heure mais je ne sais pas, nous avons complètement perdu la notion du temps.

Elle a tout même eu la perception que ceux qui ont quitté le village mettaient leur vie en danger. "Quand nous avons vu les gens partir vers la route, nous les avons implorés de rester avec nous dans le réservoir, mais ils étaient aveuglés par la panique", raconte-t-elle.

Parmi les personnes restées au village, un homme d'une cinquantaine d'années est mort brûlé dans sa maison. Située tout en bas du village, la bâtisse éventrée par le feu est celle qui était la plus proche de la forêt réduite en cendres qui s'étend sur la vallée et les collines des alentours.

"Cela fait 26 ans que je suis pompier et je n'avais jamais rien vu de tel, affirme Antonio Coutinho, collègue de Vitor Neves chez les sapeurs forestiers. Personne ne pouvait imaginer que le feu progresserait aussi vite. Il a englouti toute la vallée en l'espace de quelques minutes."

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