Un an après l'incendie de la tour Grenfell, un moment "doux-amer"

Publié le à Londres (AFP)

Un an après le tragique incendie de la tour Grenfell à Londres, rescapés, familles endeuillées et voisins traversaient un moment "doux-amer", partagés entre le réconfort d'être ensemble et la souffrance d'avoir perdu des proches.

Dans la nuit du 13 au 14 juin 2017, le feu avait dévoré l'immeuble de 24 étages et les habitants du quartier avaient vu, impuissants, des dizaines de ses résidents rester prisonniers du brasier, un souvenir qui a laissé des milliers de personnes traumatisées.

"Tous les souvenirs reviennent en mémoire", a témoigné Jane Lanyero, membre d'une association de soutien.

"En marchant dans le quartier ce matin, je me sentais très émue", raconte-t-elle à l'église St Helen, où a été célébrée jeudi matin une messe commémorative.

Avant la cérémonie, Graham Tomlin, l'évêque de Kensington, a confié à l'AFP que les habitants du quartier étaient animés par des sentiments mitigés, "un mélange d'admiration pour la communauté" qui s'est massivement mobilisée pour les rescapés et de "frustration" car "ça prend tellement de temps pour reloger tout le monde".

Moins de la moitié des 203 ménages ayant perdu leur logement dans l'incendie ont déménagé vers un logement pérenne, le reste vivant à l'hôtel ou dans des hébergements provisoires.

- Frustration -

"Aujourd'hui est un moment doux-amer", a déclaré le député David Lammy pendant la messe, résumant le sentiment général.

A midi, tout le Royaume-Uni s'est figé, à la mémoire des victimes du pire incendie survenu dans ce pays depuis la Deuxième Guerre mondiale. A l'église St Helen, l'assemblée a observé 72 secondes de silence en hommage aux 72 personnes ayant péri, parmi lesquelles figurait un bébé mort-né.

Dans son sermon, le révérend Steve Divall a salué les "incroyables" démonstrations de solidarité survenues après le drame.

"Un an après, c'est difficile de continuer de la même façon", a-t-il ajouté. "Nous n'avons pas les mêmes idées, les mêmes ambitions".

Outre les dissensions qui ont pu apparaître dans la communauté, les blessures restent vives et l'amertume forte. Beaucoup pensent que la catastrophe aurait pu être évitée. Ils reprochent aussi aux autorités leur manque de soutien.

"Il y a de l'espoir, mais aussi de la frustration. Si peu de choses ont été faites pour les victimes !", a commenté à l'AFP Jane Lanyero.

A la sortie de l'église, des colombes blanches, symboles de paix, ont été lâchées dans le ciel, puis plusieurs centaines de personnes, rose blanche à la main et foulard vert autour du cou, ont marché jusqu'en bas de la tour.

Dans le cortège, les marcheurs, certains en pleurs, tenaient des photos des disparus, des ballons verts en forme de coeur ainsi que de grands coeurs verts barrés des mots "unité", "respect" ou "humanité".

De nombreux bouquets ont été déposés au pied de la tour, désormais recouverte de bâches blanches. Sur les palissades l'encerclant, des petits mots ont été griffonnés.

Tout le quartier reste constellé de photos, messages, peluches et bougies à la mémoire des victimes.

Les commémorations avaient débuté mercredi soir par une veillée de 24 heures pendant laquelle "il y a eu beaucoup de larmes", a raconté Bhupinder Singh, membre de l'association United Sikhs, qui a fourni quotidiennement des repas dans le quartier pendant six mois. "Beaucoup de gens continuent à beaucoup souffrir".

Jeudi après-midi, des chants, prières et prises de parole se succédaient dans le quartier, avant une marche le soir, comme chaque mois depuis le drame.

Usama Ghamhi, 25 ans, a pris le micro pour faire part de son ressentiment : "Je suis en colère parce que ma famille n'est plus là et qu'il n'y a pas de justice", a-t-il déclaré, interpellant un conseiller local.

Le 14 juin 2017, "j'étais l'un de ceux qui ont vu leur famille mourir. J'ai versé tellement de larmes que j'aurais pu éteindre l'incendie", a témoigné le jeune homme, qui a expliqué plus tard à l'AFP avoir perdu son oncle et sa tante dans le drame.

"Il faudra du temps pour que les blessures cicatrisent", a dit à l'AFP Mgr Tomlin. Mais "les gens n'oublieront jamais les personnes qui sont mortes".

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