Victor Hugo, le monstre sacré le plus caricaturé de son temps

Publié le à Paris (AFP)

Aucun homme de lettres français n'a autant déchaîné les caricaturistes: le monumental Victor Hugo a provoqué l'amour et la haine, les attentes et les jalousies, au fil des changements d'un XIXe siècle agité, comme l'illustre une exposition à Paris.

"Caricatures, Hugo à la une", visible depuis jeudi et jusqu'au 6 janvier dans sa maison de la Place des Vosges, met en relief les visions changeantes et diverses de l'auteur des "Misérables" par ses contemporains, à travers le prisme des médias.

Ce parcours chronologique entre 1830 et 1885, année de sa mort, restitue l'omniprésence du personnage à l'arrière-scène: référence morale pour les uns, traître, opportuniste, complice des communards pour les autres.

Sur 300 à 400 estampes disponibles représentant des caricatures politiques et littéraires de Hugo, 180 ont été retenues. Daumier, Roubaud, Cham, André Gill, Deloyoti, Blass, Meyer, Luque, Nadar... Tous ces grands noms de cette discipline, souvent géniaux, ont croqué le Père Hugo.

Beaucoup illustraient les unes de journaux de combat, ancêtres de Charlie Hebdo ou du Canard Enchaîné: certains étaient républicains -- le Charivari, la Lune, le Grelot-- mais d'autres monarchistes, le Caricaturiste, le Triboulet...

- Méfiances, haines avérées -

"On a en 2018 de Victor Hugo une image relativement consensuelle. Tous les candidats à une présidentielle citent volontiers Victor Hugo. Du vivant de l'écrivain, ce n'était pas comme ça. Contestations, défiances, haines avérées, le chemin a été long et difficile à certaines périodes", explique à l'AFP le commissaire de l'exposition Vincent Gille, qui est conservateur du patrimoine pour les Maisons Hugo de Paris et de Guernesey.

Le caricaturiste Benjamin Roubaud donne en 1841 le la, fixant les principaux traits de Hugo qui seront constamment reproduits: un très grand front, des cheveux en broussaille, une plume et la basilique de Notre-Dame de Paris, en référence au roman qui fut son grand succès populaire.

Toutes les dimensions de Hugo sont présentes dans ces caricatures, mais sa vie privée souvent tragique est en général préservée.

En 1830, c'est l'écrivain porte-drapeau des romantiques qu'on caricature, puis c'est le dramaturge. Ensuite, lorsqu'il tente par cinq fois d'entrer à l'Académie Française, c'est le politique qui va devenir pair de France et qui est un monarchiste modéré qui les interroge.

Début 1948, il est soupçonné de tenir les rênes du journal l'Evènement créé par ses deux fils, d'agir par intérêt, d'être opportuniste, de chercher un maroquin dans la Monarchie de juillet finissante. Daumier le représente en 1849 en homme renfrogné, bougon, hostile, bras croisés sur la poitrine.

Les monarchistes le croquent gravissant "la montagne" lors de son basculement à gauche en 1948-51. Au début de son exil à Guernesey, la censure fait qu'on ne peut plus le représenter en figure politique. Mais il va revenir à la une, à l'occasion d'articles parus pour la sortie de son ouvrage "Les Châtiments". Son refus de l'amnistie fait de lui une grande figure morale. L'aspect caricatural s'efface dans les multiples unes qui lui sont consacrées, et le portrait bienveillant domine.

"Hugo répondait toujours favorablement à un dessinateur qui voulait le représenter. Chez lui, la liberté de penser, d'écrire, de publier, était un principe", relève M. Gille.

C'est en 1870, à la fin du Second Empire, que parait le célèbre dessin L'Aigle impérial foudroyé par les Châtiments. Son aura est grande. Aura qui s'écroulera un temps en 1871 lorsqu'il appellera à accueillir les communards persécutés.

Mais l'éclipse sera de courte durée. Dans les dernières représentations, il est montré en poète antique, avec une lyre, quasiment divinisé, sanctifié.

Vincent Gille annonce que cette exposition devrait être suivie d'autres, qui exploiteront d'autres angles des 10.000 estampes portant sur Hugo, sa famille, ses amis, sa carrière, et sont toutes en voie de numérisation. Elles seront visibles sur le portail des collections, car "elles appartiennent à tout le monde", souligne ce passionné.

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