Quand? La 33e édition du festival Rock Werchter se déroule le jeudi 29 juin, le vendredi 30 juin, le samedi 1er juillet et le dimanche 2 juillet.
Où? Sur le site de Werchter à 30 km environ de Bruxelles.
Deux scènes: un Main Stage et le Pyramid Marquee couvert.
Qui? Jeudi 29 juin
Main stage: Matisyahu, Deftones, Tool, Manu Chao, Red Hot Chili Peppers
Pyramid Marquee: Atmosphere, Kaizers Orchestra, Death cab For Cutie, Damian Jr Gong Marley, The Streets, Roger Sanchez.
Vendredi 30 juin
Main stage: Skin, Editors, Kanye West, Sean Paul, Live, Anouk, Muse, The Who.
Pyramid Marquee: A Brand, The Kooks, Clap Your Hands Say Yeah, Elbow, Mogwai, Vitalic, Soulwax Nite Versions.
Samedi 1er juillet
Main Stage: Wolfmother, Arsenal, Kelis, Kaiser Chiefs, The Raconteurs, Franz Ferdinand, Placebo.
Pyramid Marquee: Xavier Rudd, Donavon Frankenreiter, Absynthe Minded, An Pierlé, Arctic Monkeys, Calexico, Goldfrapp.
Dimanche 2 juillet
Main Stage: Nailpin, Danko Jones, Eels, Starsailor, Robert Plant, Ben Harper, Hooverphonic, Depeche Mode.
Pyramid Marquee: Collective Soul, The Feeling, Bettye LaVette, Leela James, Laurent Garnier, Hard-Fi, Scissor Sisters, Super Discount.
Combien? (Camping non compris)
Ticket 4 jours: plus disponible. Ticket 29 juin: 60 euros. Ticket 30 juin: 60 euros. Ticket 1er juillet: sold out. Ticket 2 juillet: 60 euros.
Camping? Le ticket de camping est disponible via les différents canaux de réservation. Un ticket de camping coûte 15 euros quelle que soit la durée du séjour. Pendant la durée du festival, ce ticket sera vendu 20 euros.
Que s'est-il passé durant les cinq années qui séparent la sortie de votre dernier album du précédent?
“Rien de particulier (Rires)! Tu as, toi aussi, trouvé le temps long? Et bien moi pas! Après la sortie de Lateralus et de la tournée mondiale de deux ans qui l'accompagnait, j'étais complètement vidé. J'avais besoin de recharger mes accus auprès de mes proches. Je me suis donc longtemps retiré sur les plages de Californie où j'ai beaucoup surfé. Cela m'a procuré le plus grand bien. Danny Carey (Ndlr: le batteur) m'a recontacté et nous avons jeté les premières bases de notre futur album. Adam, qui nous avait déjà donné quelques-unes de ses idées, a, ensuite, enregistré ses parties de guitare. Maynard était, comme d'habitude, à la bourre pour ses textes et les a placés à la dernière minute.”
Dans cet amas de sons et au travers de cette cohésion musicale à nulle autre pareille, il est pourtant parfois très difficile d'y distinguer chacun de vos instruments...
“C'est vrai que notre musique est un concentré de toutes les autres. Nous ne travaillons jamais comme si toi tu es le batteur et tu joues comme ça, moi je suis le bassiste et je pose mes gammes de basse. Non, nous ne fonctionnons pas de la sorte. Tout le monde apporte ses propres idées et nous arrivons toujours à nous retrouver chacun au centre de celles-ci. Danny (Ndlr: Carey, le batteur) a aussi composé quelques mélodies. L'idée dans ce groupe est que chacun de ses membres peut tout faire. Nous écrivons rarement en studio. Dès que les premières lignes sont écrites, nous explorons toutes les possibilités qui pourraient se greffer à chacun de nos morceaux avant d'arrêter sur un compromis qui agrée l'ensemble du groupe. C'est un long processus mais ça marche plutôt bien, non?”
Pour 10.000 Days, vous avez changé quelques-unes de vos habitudes. On peut, enfin, voir vos bobines sur le livret du CD...
“Avec l'âge, nous nous sommes embellis (Rires). Plus sérieusement, nous ne voulions entretenir aucun mystère à ce sujet. Ce n'était pas notre but. En fait, nous n'y avions jamais vraiment pensé avant que l'on nous suggère de le faire afin de faciliter la promotion. Nous l'avons accepté à condition que nous pouvions la gérer nous-mêmes. C'est ce que nous avons fait.”
Après votre premier passage au festival de Dour au début des années nonante, vous voilà à l'affiche de Werchter, un des plus gros festivals européens de l'été...
“Pas mal, hein? Nous sommes très fiers de notre évolution et de notre progression. Au départ, nous étions loin de nous douter que nous en arriverions là car nous n'avons jamais agi en fonction de la réaction des gens. Nous avons toujours réalisé ce que nous voulions. Cette progression est d'autant plus valorisante même si parfois tout ce business est lourd à supporter. Mais nous n'avons pas oublié notre passage sur la scène de Dour à nos débuts. Cette fois, ce sera Werchter et nous donnerons le meilleur de nous-mêmes même si je crains que nous devions jouer à la lumière du jour. Or tout le monde sait que le concept visuel de Tool ne peut totalement s'exprimer, sur scène, que dans l'obscurité. Ce n'est pas grave: nous reviendrons jouer plus tard...”
Décidément, Brian Molko, vous aimez bien jouer à Torhout Werchter...
“Il y a un lien très étroit avec les pays francophones en général. Nous avons joué à Werchter avec PJ Harvey et Pixies. Quelque chose s’est passé. Et avec mon groupe belge préféré, dEUS. Il existe de grandes similarités entre la Belgique et l’Ecosse qui écoutent des choses variées allant de la musique américaine à de la musique expérimentale.”
Comptez-vous rejouer vos chansons plus anciennes dans de nouvelles versions? Dans le sens du dernier album?
“Ça dépend. Nous avons des versions très différentes de 36 degrees, notre premier single. Il y a des chansons que nous ne pouvons plus jouer dans leurs formes originelles.”
Avec-vous écrit les textes de Meds en pensant au live?
“Je crois que nous nous rendions compte en faisant cet album que nous aurions du plaisir sur scène. Notre claviériste nous a quitté et nous avons cherché un autre guitariste. Billie Loyd et Alex Lee nous accompagnent. Sinon, nous devons utiliser des ordinateurs sur scène et c’est chiant. Il fallait revenir à un schéma live entre musiciens.”
Utiliser des ordinateurs est seulement chiant sur scène?
“Tout est là. Toucher un clavier, c’est pas très rock and roll. La différence entre Meds et Sleeping With Ghosts, ce sont les guitares. Sleeping with Ghost a été fait avec des computers et une technologie digitale. Nous avons fait le dernier album dans un studio qui n’avait pas changé depuis les années 70. Cela a triomphé de nos plans d’utiliser des programmes informatiques.”
Comment naît une chanson chez Placebo? Les paroles viennent se greffer sur une mélodie?
“Les paroles de Meds sont plus matures. Parce que le compositeur l’est. La musique l’est? Je ne sais vraiment pas. Elle est plus sombre en tout cas.”
Vous vous imposez un thème pour une chanson, un album?
“Non, les textes sont très liés à l’émotion dégagée par la musique.”
Sur Meds, vous n'avez pas retenter l'expérience d'une chanson en français. Ce qui aurait pu être la suite logique de Protège-moi?
“Il n'y pas de chanson en français, effectivement. Cela ne suffit pas de faire un grand disque, il faut le faire en français. J’ai aidé Nicola (Indochine) simplement parce que c’est mon ami. Quand je peux les aider, je le fais parce qu’ils voulaient faire un truc en anglais. Il n’y a pas de grand agenda pour ça, juste deux chanteurs de deux groupes différents qui font des trucs ensemble. Je lui demanderai quand j’aurai besoin d’aide. Ce n’est pas le cas.”
Le pire pour un groupe de rock, dit-on, c'est de se répéter? Et vous, vous n'avez pas peur de vieillir?
“Je ne sais quoi répondre. Nous avons vu les Stones à trois il y a trois ans à Londres. Ils étaient aussi proches de nous que
cette porte. Les Stones, mec. Nous n’avons jamais été si heureux. Les Stones ont commencé dans les années 60. Etre dans un
groupe, quelque part c’est toujours attraper le complexe de Peter Pan.”
Muse un live band?
“Oui, jouer live est très très important pour nous. Faire des albums, c'est chouette également car cela nous permet d'expérimenter des choses et de nous montrer créatif. Cela nous ouvre nos esprits musicalement vers des endroits où nous n'avions jamais été. Cela peut être très instructif d'enregistrer des disques. Et cela donne l'impression d'avoir appris quelque chose de nouveau. Jouer live est beaucoup plus spontané. C'est quelque chose que nous avons toujours aimé faire. Nous avons toujours essayé de nous amélioré, de faire des plus grands et meilleurs shows. Nous avons toujours pris ça sérieusement.”
Quand vous êtes en studio, vous pensez déjà au live, vous orientez vos chansons selon le plaisir que vous pourriez avoir sur scène?
“Nous l'avons fait dans le passé. En enregistrant certaines chansons d'une certaine façon pour qu'elles soient bien à jouer live. Mais pas sur Black Holes and Revelations. Nous n'y avons pas du tout pensé parce que nous avions beaucoup plus de temps, pas d'engagements pour d'éventuels concerts. Cela nous a vraiment donné la liberté d'expérimenter en studio avec des nouveaux instruments et différents sons sans se demander ce que cela allait donner sur scène. Cet album nous a vraiment donné l'occasion d'aller de l'avant et d'expérimenter de nouveaux espaces. Maintenant, nous devons apprendre à jouer ces chansons en live, c'est nouveau pour nous. C'est très dur. Plus dur, même.”
Pourquoi?
“Parce que nous allons avoir un claviériste. L'agencement, voix, claviers, guitaristes, le travail de groupe, les arrangements électroniques seront un plus grand défi à faire fonctionner pour jouer live. Tu dois te pousser, chacun personnellement pour apprendre à jouer des choses que nous ne savions pas faire il y a six mois. C'est chouette.”
Vous appréhendez la scène?
“Parfois. Nous sommes tous nerveux. Habituellement, cette nervosité disparaît après la première chanson. Quand tu réalises que la foule t'aime (rires). Yeah, c'est cool. Parfois, ça part en c... Chacun fait des erreurs. Tu te sens pas bien. C'est important de ne pas se laisser déborder, même si c'est humain. Tu dois être prudent avec la perception que tu as du concert. Voir la foule, c'est incroyable, elle te donne une énergie que tu ne peux trouver nulle part ailleurs.”
Vous vous souvenez des sentiments qui furent les vôtres la première fois que nous avez affronté une foule impressionnante?
“Incroyable. Mais je ne m'en souviens pas précisément car nous avons grandi de manière assez linéaire. Une des premières grandes foules que nous avons eu en face de nous c'était probablement en France. Nous avons fait quelques grandes dates là-bas avant d'être vraiment reconnu ailleurs. C'est incroyable de voir 50.000 personnes réagir à la musique que vous faites.”
Vous changez la set-list chaque soir?
“Oui, un peu. Parfois tu joues des chansons différemment, tu expérimentes. Mais on ne change pas la set-list chaque soir. Parfois, tu triuves que des chansons vont bien ensemble, qu'il ne faut pas changer l'ordre. Que telle ou telle ouverture est mieux qu'une autre. Nous devons être assez stricts car avec les écrans géants pour les grands shows, il y a plus de choses programmées et ses sentiers tracés.”
Vous ne perdez pas une part d'improvisation?
“Tu peux toujours faire ce que tu veux (rires). Mais c'est vrai, c'est plus planifié. Mais la dynamique est meilleure, on enchaîne des chansons qui vont bien ensemble.”
Vous vous souvenez de votre meilleur concert?
“Nous avons donné un concert à San Diego dans un très petit club, la première fois que nous avons joué là-bas. Ca devait être en 2004. C'était incroyable. Nous n'avions fait que des grands shows et nous nous retrouvions devant 400 personnes. Les gens ont chanté du début à la fin. C'était cool de jouer dans un si petit club. C'était rafraichissant. “
Le pire?
“La première que nous avons joué aux Etats-Unis. Avant San Diego. C'était il y a cinq ans ou quelque chose comme ça. Nous voulions vraiment y aller. Nous avons joué dans un petit club à Atlanta. Nous étions très excités. C'était sold-out, nous n'en revenions pas que nous ayons des fans aux Etats-Unis. Après six chansons, Matthew (Bellamy, le chanteur) s'est fendu la lèvre. Il se l'est explosé avec sa guitare. Il y avait du sang partout. Nous avons dû arrêter et conduire Matt à l'hôpital.”
Le meilleur groupe que vous n'ayez jamais vu sur scène?
“J'en ai vu plein. Peut-être Rage Against The Machine. Nous étions jeunes, peut-être avions-nous 17 ans. Nous avons été à un festival. Nine In Nails avec qui nous avons joué est fantastique aussi. Nous étions sûrs, tout à fait sûrs, en voyant des groupes lors des festivals, qu'un jour nous partagerions la scène avec eux.”

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Manu Chao?
“Parfaitement, c’était en 1989 lors d’une conférence de presse à Nancy dans le cadre d’un festival où la Mano Negra, qui venait de sortir Puta’s fever, jouait avant Joe Strummer. Grands fans des Clash, ils sont ensuite montés sur scène pour interpréter I Fought The Law, chanson qu’ils reprendront plus tard lors de leurs concerts personnels.”
Ce n’est pas là que vous avez tissé des liens personnels…
“Non, bien sûr. Mais il est amusant de voir que ça commence par un live. Car Manu Chao ou la Mano Negra, c’est d’abord de la scène. C’est une vraie tuerie. Il dégage une énergie incroyable. Il a ce fabuleux sens de la fête. La première fois que je l’ai vraiment rencontré c’était après un concert à l’AB. Il avait un pied dans le plâtre. Il se l’était cassé deux ou trois jours avant. Après le concert, et comme il en a l’habitude, il est passé dans la salle. Et je l’ai harponné. On a papoté. Ensuite, je l’ai beaucoup suivi, sur différentes tournées. Je l’ai vu aux Pays-Bas, en Allemagne, en France. En été 2002, il a décidé de faire une tournée solo dans les pays de l’est où il ne s’était jamais produit, même avec la Mano. Pendant quarante-huit heures, je l’ai accompagné à l’hôtel, dans les loges, chez des gens qu’il visitait. J’ai eu l’idée de publier un livre d’entretiens et ça l’a séduit. Je l’ai retrouvé en janvier 2003 chez lui à Barcelone pour terminer le bouquin. Il fallait voir où il vivait, les gens qu’il fréquentait, l’ambiance qui l’avait toujours nourri.”
Sa personnalité vous a marqué?
“Ce qui me marque avec Manu depuis quinze ans qu’on se connaît, c’est la confiance réciproque qui nous unit. Nous avons pas mal de points communs, d’affinités. Ce qui est beau chez lui, c’est qu’il est toujours disponible, toujours à la recherche du contact. Ce n’est pas ce genre d’artistes qui, à la fin d’un concert, va se terrer à l’hôtel, dans sa loge. Non, il se balade au milieu de ses fans. Il est généreux. Il ne refuse jamais d’être pris en photo, de signer un autographe. Pourtant, à la longue, ça doit être casse-bonbons.”
Il a une personnalité facile à percer?
“Il représente plein de choses pour beaucoup de gens. Peut-être comme Bob Marley à l’époque même si le trait est un peu forcé. Mais c’est quelqu’un de secret. Il cache beaucoup de choses. Il devrait sortir un album en septembre mais avec lui tout peut changer. Il est guidé par ses émotions, son feeling. Il a ainsi rencontré Amadou et Mariam et a proposé de leur donner un coup de main. A mon avis, ils n’auraient jamais eu autant de succès, ne rempliraient pas l’AB ou se produiraient à Couleur Café, eux qui attiraient 150 personnes au Bota, sans l’aide de Manu. Il est comme ça. Entier, généreux, agissant au feeling. C’est la même chose avec le groupe La Phaze qu’il a emmené au Brésil. Ou avec le dessinateur Manwoz qui ne devait illustrer que quelques poèmes avant que cela ne devienne Sibérie m’était contée.”
À part, sa prestation aux Halles de Schaerbeek en 2003, on ne l’avait plus vu en Belgique depuis 2001. N’en aurait-il pas eu marre de cette célébrité et de tout ce qu'elle peut induire de négatif?
“Il a toujours été politiquement engagé. Il a souvent joué dans les villes où se tenait le G8. Notamment à Gênes quand il y eut des morts. Il pose des questions mais il estime que c’est aux politiques d’y répondre. Lui, il met juste le doigt sur les dysfonctionnements qu’il constate. Artistiquement, il est au sommet. Pourra-t-il avoir davantage de succès? Le voudrait-il seulement? Il ne pense jamais en terme de carrière, d’image. Il vit sa passion comme il le sent.”