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| « Qualité du produit et respect du travail humain » |
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Chimay est une entreprise solide qui n'a pas hésité
à conquérir certains marchés à l'étranger.
Les
moines trappistes gèrent toujours, en coulisses
du moins, un produit très particulier
Mardi 12 avril, rendez-vous
fut pris sur le zoning industriel de Baileux au centre
d'embouteillage et de conditionnement du groupe Chimay.
Située dans la botte du Hainaut, la brasserie
occupe de grands bâtiments surveillés de
près par la fromagerie du même nom. Souvent
considérée comme la plus achevée
commercialement, ne refoulant pas des techniques modernes
de communication, la Chimay n'en reste pas moins une
trappiste. Le prix 2000 de la meilleure entreprise à
l'exportation n'a pas modifié le mode de production
de ce breuvage considéré à l'étranger
comme produit de… luxe. Nous avons fait le point
avec Philippe Henroz, Marketing & Communication
Manager au sein du groupe. Il nous parle du présent
et du futur des capsules rouges, bleues et blanches
made in Chimay.
Pouvez-vous nous rappeler le principe même
d'une bière trappiste?
"Dans un premier temps, elle doit être
brassée à l'intérieur de l'enceinte
d'une abbaye de l'ordre des Trappistes. Ensuite,
le processus de fabrication doit s'effectuer sous le
contrôle et la responsabilité des moines.
Enfin, une partie substantielle des bonus et de la marge
dégagés par l'activité économique
doit être reversée à des œuvres
sociales."
Qu'est-ce que cela implique au niveau de l'activité
économique?
"Les moines participent à nos conseils
d'administration et sont surtout attentifs à
la défense d'un label de qualité et aux
différents investissements réalisés.
Ils doivent ainsi nous donner leur accord pour l'achat d'un
nouveau camion ou de matériel publicitaire. Nous
ne pouvons pas nous permettre n'importe quoi. Par exemple,
en 1980, lorsque les bâtiments de la brasserie
furent modifiés (ndlr: remplacement des cuves
en cuivre par de l'inox notamment), il fallut respecter
l'ensemble de la structure et ne pas agrandir la partie
réservée à cet art. Cela influe bien entendu
sur notre stratégie de croissance. Autre cas de figure,
si les moines n'y exercent plus aucune activité
technique(la bière étant brassée
par des laïcs), la responsabilité finale
du produit leur incombe toujours. De plus, nous brassons
encore en suivant les recettes du père Théodore
et en utilisant les levures qu'il a lui-même développées!
Comme l'abbaye de Chimay se situe dans une
région plutôt pauvre, la brasserie fut
toujours source d'emplois. Aux yeux des membres
de la confrérie, c'est un argument essentiel.
Un récent rapport d'audit de notre société
conseillait d'abandonner notre propre système
de livraison (NDLR: cinq camions pour la Belgique et
le Nord de la France) pour sous-traiter cette branche d'activité. Les moines
ont donné un avis négatif sur cette proposition
car il y en allait de plusieurs emplois… Enfin,
une partie de nos revenus est redirigée vers diverses
abbayes filles de part le monde ou des œuvres sociales et des aides à l'entreprise
locale comme Cap 2010…"
Vous produisez 120.000 hectolitres par an. Ce qui
rend l'activité brassicole assez lucrative
"Une question revient souvent: Chimay a-t-il
besoin de cet argent? La répons est simple: il s'agit d'une volonté
commune de s'octroyer une marge
de croissance réfléchie afin de garantir
un certain taux d'emplois dans la région. Un peu
plus de 80 personnes sont occupées dans le secteur
bière, trente-cinq dans celui de la fromagerie,
quelques autres encore dans la ferme de l'abbaye et au sein de l'auberge du Poteaupré.
L'un dans l'autre, nous maintenons 150 familles dans
le giron de l'entreprise. Ce n'est pas négligeable
dans cette région du sud Hainaut. Bien entendu, il n'est pas
toujours évident de défendre une certaine
rentabilité et de suivre les règles du
jeu que nous acceptons. Sur un marché très
concurrentiel, il est parfois déroutant d'avoir
en face de soi un actionnaire qui se focalise principalement
sur l'évolution humaine de la société
plutôt que sur l'évolution de son action."
En se focalisant uniquement sur la partie bière
de votre activité, comment développe-t-on
un produit limité dans l'offre?
"Je répondrai par une chose et son contraire.
Nous avons une gamme réduite de trois bières
et elle est peut-être déjà trop étendue! Notre but n'est pas d'élargir le choix
et d'ouvrir les portes à la mode fruitée
actuelle pour tenter de plaire à
une clientèle plus jeune. Chimay produit des
bières qui ont du coffre avec un degré
d'alcool important et un goût en bouche très
particulier. Notre première bière de dégustation
reste la Chimay à capsule bleue qui représente
plus de 55% du volume des ventes. Ensuite, nous trouvons
la rouge et puis la Triple en dernière position. Il
faut savoir que notre dernière création
date de… 1966! Si nous devrions commercialiser
une quatrième bouteille, sans qu'il y ait pour
autant le moindre projet dans l'air, nous irions vers
une bière encore plus forte que 9°. Actuellement,
les bières trappistes se trouvent dans une position
favorable par rapport à la demande du marché.
Les consommateurs semblent plus enclin à profiter
d'une unique bière plus forte plutôt que
de deux qui font 5 ou 6°. Au niveau de l'offre,
nous proposons des colis cadeaux, des bouteilles magnum,
des 75 cl… Prenez Orval, une seule bière
est produite par cette abbaye et cela fonctionne très
bien même si les attentes sont autres en Gaume!
Comment se positionne Chimay par rapport aux cinq
autres trappistes belges?
"Je pense que Westmalle et Chimay sont finalement
assez proches. Notre succès auprès du
grand public trouve son explication dans l'excellente
recette du Père Théodore. Il a réussi
le miracle d'une bière de caractère où
l'alcool ne constitue pas un frein à la consommation.
Je pense que la levure spéciale, fort présente
dans nos trois types de bière, lui donne un côté
plus doux et unique. Tout comme l'eau utilisée
pour brasser qui est protégée par notre
ferme qui travaille à la protection de cet élément
capital. Chimay est-elle la plus accessible des trappistes?
Orval, par exemple, est une trappiste avec énormément
de qualités. Seulement, en règle générale,
les gens adorent ou détestent. Pour les Chimay,
c'est moins tranché. Plus consensuel sans doute...
La chance des producteurs de trappistes, c'est d'offrir
des bières bien finies et qui proposent des horizons
bien spécifiques aux consommateurs. C'est une grande richesse pour notre pays."
N'a-t-on pas reproché à Chimay une
trop grande visibilité médiatique?
"Pendant longtemps, on est parti du principe
qu'une trappiste ne se vendait pas. Aujourd'hui, plus personne ne pense comme
cela. Chimay a eu l'intelligence de prendre deux décisions
au niveau de la commercialisation de ses produits: développer
l'export et apprendre à communiquer. Entendons-nous
bien: nous sommes assez éloignés du marketing
classique. Au milieu des années nonantes, les
ventes diminuaient assez dangereusement. Il fallait
agir afin de protéger l'emploi sur nos sites
et pour repartir du bon pied. Les critiques ignorent
souvent l'importante structure qui entoure la brasserie.
Cette communication accrue nous aura donc aidé
en terme de croissance économique et d'emplois".
La Chimay a-t-elle du succès dans le nord
du pays?
"Elle y est connue mais pas assez bue! Nous
nous concentrons sur ce marché qui a encore du potentiel sur le plan du marché national.
Notre représentant en Flandre est fort sollicité
et nous planchons sur de nouvelles structures de distribution.
Pour le sud du pays, je pense qu'il n'y a plus grand
chose à prouver même si nous restons attentifs
à ce qui s'y passe".
Et ces fameuses exportations alors?
"Chimay exporte environ 35% de sa production. Précisons que nous sommes assez exigeants
en matière de réseau de distribution.
Le but n'est pas de débarquer et d'être
vu partout à la fois. Chimay représente
un produit haut de gamme hors de nos frontières.
La France reste le premier marché mais se trouve
au coude à coude avec les Etats-Unis.
Il est même probable qu'en fin d'exercice 2005, le
pays du président Bush dépasse notre voisin!
Nous y collaborons avec trois revendeurs: deux sur les
côtes atlantique et pacifique et un plus vers
le centre du pays. Encore une fois, nous sommes plus
attentifs à ce que la bière soit servie
dans de bonne condition (Ndlr: dans un verre adéquat,
avec de la mousse…). En Asie, le Japon reste un
grand client après une légère crise. En Chine, notre présence se limite aux
grandes villes. Il faut encore noter que la marché
scandinave s'est bien ouvert depuis 2000. Avant, la
situation y était plus monopolistique. Le Danemark,
à titre d'exemple, importe le plus de Chimay
par tête d'habitant".
Propos recueillis par Laurent Depré
www.chimay.be
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