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Racisme à l'embauche: un rapport explosif

(08/03/2005)

Une étude ULB-KUL pointe l'évolution de la discrimination à l'embauche à Bruxelles. Une situation alarmante

BRUXELLES Quasiment une personne d'origine étrangère sur deux est victime de discrimination au moins une fois durant sa recherche d'emploi en Région bruxelloise. Voici ce qui ressort de l'étude menée par la KUL et l'ULB à la demande de l'Office régional bruxellois de l'emploi (Orbem).

Cette étude, synthétisée dans un rapport de près de 90 pages, sera présentée au public le 16 mars lors d'un colloque organisé par l'Orbem sur la discrimination à l'embauche en Région bruxelloise.

Son principal attrait réside dans le fait qu'elle confirme tout haut ce que tout le monde dit tout bas, politiques en tête, faute de données clairement chiffrées depuis l'étude du Bureau international du travail (BIT) menée en 1997. En clair, la discrimination à l'embauche a augmenté en Région bruxelloise depuis maintenant huit ans et touche principalement les chercheurs d'emploi d'origine marocaine et turque. Et, dans une moindre mesure, ceux issus d'Afrique subsaharienne.

Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme constatait d'ailleurs déjà l'an passé «une augmentation annuelle de ces formes de discrimination» depuis 2000. Cette constatation se reflète dans l'enquête qualitative menée dans le cadre de l'étude. Sur l'ensemble des dossiers de candidatures suivis durant trois mois, l'étude a relevé dans 27% des cas «soit des motifs de croire à un traitement inégal, soit un traitement inégal réel en raison de l'origine ethnique».

Les bas salaires pour les Marocains et les Turcs

Pire, dans les cas où des postes à pourvoir ont été sollicités par des Belges de souche ou des Belges naturalisés, ce pourcentage passe à 45%, soit quasiment une candidature sur deux!

En outre, près de la moitié des demandeurs d'emploi observés pendant les trois mois de l'enquête ont subi au moins une fois un comportement discriminatoire.

Toujours selon l'étude, les différentes catégories de travailleurs et de chômeurs n'ont pas les «mêmes chances statistiques» d'accéder à l'emploi ni aux emplois les meilleurs. «La grande majorité des travailleurs d'origine marocaine ou turque est ainsi gratifiée d'un statut d'ouvrier et d'un emploi dans des secteurs à bas salaires», poursuit l'étude. Les ressortissants des pays d'Afrique subsaharienne semblent moins défavorisés, pour autant qu'ils décrochent un emploi. Viennent ensuite les travailleurs d'origine italienne et des pays d'Europe du Sud. Les Belges de souche et les étrangers ressortissants des pays limitrophes (France, Pays-Bas, Allemagne, Luxembourg...) bénéficient quant à eux de tous les avantages.

Ces constatations se retrouvent également dans les chiffres du chômage bruxellois. Celui-ci est ainsi plus important tant en nombre qu'en durée pour les jeunes hommes marocains et turcs - même pour les plus diplômés - que pour les autres catégories.

Mathieu Ladevèze et Karim Fadoul

L'abus des contrats précaires

La loi sur les contrats de travail est souvent violée

BRUXELLES t Dans leur enquête, la KUL et l'ULB pointent régulièrement les employeurs et sociétés d'intérim comme producteurs de discrimination. Ces discriminations se matérialisent sous plusieurs formes. L'une d'entre elles concerne les contrats précaires dont usent et abusent souvent les entreprises sous le prétexte immuable de l'insertion.

Celle-ci «s'opère essentiellement par des contrats à durée déterminée, souvent obtenus par les sociétés d'intérim ou l'Orbem», note l'étude. Les sociétés profitent de cette main-d'oeuvre bon marché, faisant miroiter un contrat à durée déterminée aux jeunes salariés afin qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes jusqu'à la fin de leurs contrats.

Autre abus caractéristique: la succession de ces contrats. Pour rappel, la loi stipule qu'un contrat d'intérim ne peut être renouvelé plus de deux fois. Certains jeunes sondés dans le cadre de l'étude assurent pourtant avoir eu jusqu'à quatre contrats d'intérim successifs dans plusieurs institutions de la Commission européenne.

Selon l'étude, «l'instabilité devient ici la règle et les contrats stables, l'exception».

Ces contrats précaires sont également parfois subsidiés (ACS, Rosetta, PEP, PTP...). Des incitants financiers que recherchent systématiquement certaines entreprises au point, d'ailleurs, que certains jeunes chercheurs d'emploi inscrivent sur leurs C.-V. le fait qu'ils donnent accès à diverses primes.

Autre interrogation soulevée dans le rapport: le rôle des organisations syndicales. Celles-ci ne sont jamais mentionnées par les jeunes. Une absence qui entraîne les auteurs de l'étude à se demander sur «ce que les organisations syndicales et l'inspection du travail connaissent de ces situations et quelles stratégies d'actions elles développent pour les combattre».


"J'ai opté pour la franchise"


Rachid a fait toutes ses classes chez Quick, une société qui lui a donné sa chance «comme à d'autres»

BRUXELLES Un homme pressé qui ne compte pas ses heures. Rachid Azaoum, 32 ans, est, comme on dit dans le jargon, partenaire franchisé chez Quick Restaurants. C'est-à-dire qu'il gère en tant qu'indépendant l'un des restaurants de la chaîne de fast-food, celui de la porte de Namur à Ixelles. Mais il ne s'agit pas là de sa première expérience chez Quick puisque Rachid y a fait toutes ses classes. «Et je n'ai jamais vécu de discrimination lors de mon évolution dans la société», indique l'actuel franchisé.

Tout a commencé en 1993 pour Rachid, d'origine marocaine. «J'étais étudiant en marketing et j'ai bossé au Quick à la caisse, en tant qu'équipier», se souvient celui qui a troqué depuis l'uniforme pour le costume-cravate. Le parcours évolue ensuite: assistant-manager, premier assistant-manager, responsable, dans des Quick différents à chaque fois. «En 1999, on m'a proposé une fonction au siège...» Rachid est alors en charge du contrôle des normes d'hygiène et de qualité dans les fast-foods de la maison. Toujours un poste à responsabilités, ensuite, lorsque Rachid devient coordinateur Opérations (promotion et lancement de nouveaux produits) avant de devenir responsable Qualité.

«Mais mon but avait toujours été de diriger ma propre affaire, rappelle-t-il. Lorsque la possibilité de reprendre le Quick porte de Namur est apparue, j'ai sauté sur l'occasion.» Et depuis quatre mois, Rachid gère une équipe d'une trentaine de personnes, dont 24 équipiers.

«Quand tu te bats et que tu es motivé, il y a moyen de réussir, lance Rachid. Quick n'a en tous les cas jamais fait preuve de discrimination ethnique à l'embauche. La société a évolué avec la population. Elle est à l'image de la société civile.» Les autres entreprises privées? «Elles devraient donner leur chance à des personnes issues de l'immigration afin que leur personnel puisse être à l'image de leurs clients.» Rachid Azaoum ne se leurre pas: «Dans le monde du travail, quand on est étranger, il faut toujours prouver plus. Même si, en ce qui me concerne, je dois avouer que j'ai surtout eu la chance d'avoir en face de moi des personnes qui ont su reconnaître mes compétences. A côté de cela, il faut se battre et se remettre en question en permanence.»

Par rapport aux témoignages qu'il entend à gauche et à droite, notre franchisé a du mal à définir les causes. «Les jeunes subissent de la discrimination, mais pourquoi? Les événements internationaux négatifs jouent. En tous les cas, il faut pouvoir casser les barrières qui s'installent entre l'employeur et le futur employé.»

© La Dernière Heure 2005

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