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Les Bruxellois sauvent la tête d'Yves Leterme

(10/05/2008)

La Cocof a offert un nouveau répit de 120 jours au gouvernement

BRUXELLES Oui, "le pays vit un moment difficile". Et oui, "c'est un moment pénible pour les relations entre les deux grandes Communautés ". Mais "l a majorité s'est montrée solide sur le programme du gouvernement ".

Incorrigible Yves Leterme (CD & V/NV-A). La pendule de la Chambre indique 2 h passées, en cette nuit de jeudi à vendredi. Les traits sont tirés, les estomacs flagadas. Sa majorité vient de voler en éclats sur la mise à l'ordre du jour de BHV. Mais le Premier ministre, reconnaissant la difficulté, positive l'adoption des lois socio-économiques. Comme si de rien n'était.

Plus rien, pourtant, ne sera désormais comme avant. Car les présidents des partis francophones l'assènent à l'unisson (lire par ailleurs) : sa grande réforme de l'État, la Flandre risque de l'attendre encore longtemps. Ils ne sont plus pressés, exigeant d'abord, désormais, une solution sur BHV.

Cette solution, le fédéral a désormais 120 jours pour la trouver. Comme scellé depuis huit jours, dès la mise à l'ordre du jour de la loi acquise, les sudistes ont déposé trois amendements, au coeur de la nuit.

Ils ont été envoyés immédiatement au Conseil d'État. Et surtout jugés trop fondamentaux pour poursuivre la discussion sur la proposition de loi entraînant la scission de l'arrondissement concerné. Bref, la séance a ensuite été levée.

Du temps, pour quoi faire ?

Une poignée d'heures de sommeil plus tard, ce vendredi donc, la Cocof (les élus francophones du Parlement bruxellois) a déclenché une nouvelle procédure en conflit d'intérêts. Le vote, cette fois, a été acquis à l'unanimité. Et si cela ne suffisait pas, le Parlement wallon pourrait encore en faire de même, par la suite. Si pas la Communauté germanophone dans la foulée...

Bref, du temps, Yves Leterme et les siens en ont désormais à profusion. Mais pour quoi faire ? "J'ai appris à être philosophe ", souffle ce ténor libéral. "Nous sommes prêts à l'aider à trouver la porte de sortie. Mais il faudra d'abord, désormais, que ses propositions aient au préalable été validées dans sa propre famille politique, la famille chrétienne. Donc aussi par la NV-A et le CDH..."

Tous les regards se tournent donc désormais à nouveau vers le Premier ministre. Nul ne sait, à ce stade, la méthode de travail qu'il compte proposer pour résoudre le problème. Et beaucoup doutent qu'il en ait d'ailleurs déjà le moindre petit bout de commencement d'idée. Ce qui ne laisse d'inquiéter...



Christian Carpentier

© La Dernière Heure 2008

"Offensant"

BRUXELLES Lorsqu'ils sont sortis de la Chambre, vers 2 h 15 du matin, rares étaient les députés - hormis ceux de la NV-A et du Vlaams Belang - qui étaient enchantés des derniers événements. Les présidents des partis francophones n'avaient pas non plus l'air ravis.

Le plus attendu et donc le plus entouré était Elio Di Rupo, le président du PS. Il a, avec force, expliqué que BHV ne pouvait plus être utilisé par ses "collègues néerlandophones" . "La majorité flamande a voulu faire un coup de force ? Tant pis. Mais ils doivent comprendre que pour nous, la discussion sur BHV avait été acceptée dans le cadre du premier paquet de réformes institutionnelles. Si l'un des éléments de cet accord pose problème, pour nous, tous les éléments posent problème... Il faut donc que l'Octopus - composé des huit présidents des principaux partis démocratiques - se réunisse au plus vite. Il faut régler BHV avant tout le reste..."

Joëlle Milquet, la présidente du CDH, la mine quelque peu dépitée, n'avait plus très envie de s'étendre sur le sujet. "Tout a déjà été dit , a-t-elle déclaré à un journaliste de radio qui lui tendait son micro. Je trouve cela offensant." Un peu plus tôt dans la soirée, le chef de groupe CDH, Christian Brotcorne, avait expliqué à la tribune de la Chambre que "le CDH ne comprend pas" . "Ce vote est une situation surréaliste. Un geste hostile. Inexpliqué. Inexplicable."

Jean-Marc Nollet, chef de groupe Écolo-Groen, a expliqué que "toutes les familles politiques vont souffrir suite au vote concernant BHV. Néanmoins, en compagnie de Meyrem Almaci - la coprésidente du groupe -, nous nous sommes abstenus. Et ce n'est pas un geste symbolique, c'est un geste fort. Le groupe Écolo-Groen ne voulait pas de ce vote unilatéral !"

Didier Reynders, président du MR et vice-Premier ministre, lui, expliquait ce vendredi matin sur Ciel Radio que "le CD & V et la NV-A pensent avoir remporté quelque chose la nuit dernière . Mais c'est une victoire à la Pyrrhus, je crois qu'ils ont tout perdu. Sur le terrain communautaire, il faut un minimum de confiance et celle-ci est rompue. Pour revenir dans une négociation communautaire, il ne suffira pas de m'inviter, il faudra me montrer qu'on est prêt à ouvrir le jeu. Il faudra permettre aux bourgmestres de la périphérie bruxelloise d'enfin pouvoir exercer la fonction et parler élargissement de la Région bruxelloise. Si le cartel CD & V/NV-A ne veut pas, il devra se rendre compte qu'il n'obtiendra pas la grande réforme de l'État qu'il réclame tant..."

www.lepolitiqueshow.be



Pascal Smet : "C'est à la demande du CD & V-NVA"

BRUXELLES Les trois formations néerlandophones du gouvernement bruxellois - le SP.A, le CD & V/NV-A et l'Open-VLD - ne sont pas montées au créneau, hier, suite au vote de la motion de conflit d'intérêts par les élus du Parlement francophone bruxellois, l'organe législatif de la Commission communautaire francophone. Celle par qui aurait pu venir la réaction la plus virulente n'a pas moufté. Brigitte Grouwels (CD & V/NV-A) a filé à l'étranger en début d'après-midi. Aucune trace de la crise dans sa lettre électronique quotidienne. D'ordinaire prompte à réagir à toute velléité francophone via sa newsletter, la secrétaire d'État bruxelloise préfère évoquer la situation des... mauvaises herbes le long des trottoirs et façades de Bruxelles en compagnie d'un mouton débauché à Gooik ! Guy Vanhengel, le ministre VLD du Budget, a quant à lui approuvé la position de la Cocof : "C'est une bonne chose que cela se fasse car cela va permettre au gouvernement fédéral de bénéficier de plus de temps pour les négociations et trouver une solution." Le discours du plus jeune, Pascal Smet, le ministre SP.A en charge de la Mobilité, est plus direct. "La Cocof est une institution autonome dans le contexte bruxellois. Elle fait donc ce qu'elle veut. Je pense qu'en situation normale, elle n'aurait jamais agi de la sorte. Mais, ici, c'est différent. D'après moi, ils ont fait ça à la demande du CD & V/NV-A."



© La Dernière Heure 2008

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