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De Croo: “Le Brabant wallon doit être une des régions les plus riches d’Europe”

(21/03/2010)

Herman De Croo est notre invité BV de la semaine

BRUXELLES Ministre pour la première fois en 1977, Herman De Croo fait partie des hommes politiques qui auront marqué les XXe et XXIe siècles.

Bourreau de travail, parfait trilingue, il connaît la Belgique comme sa poche. Il est un des politiques les plus connus, au nord comme au sud, et à ce titre, un BV (flamand connu) parmi les BV.

C’est à ce titre que nous l’avons interrogé, dans le cadre de notre série Sous le regard de la Flandre.

Vous habitez près la frontière linguistique, vos premiers souvenirs wallons doivent remonter, à longtemps ?

“Il y a même très, très longtemps ! Il y a 50 ou 60 ans, mon père était bourgmestre de Michelbeke d’où 2.200 mineurs partaient en train, chaque matin, vers les mines wallonnes. Nous allions régulièrement les voir partir. Nous nous rendions aussi régulièrement dans les sanatoriums où ils étaient soignés.”

Vous avez effectué vos études en français, ce qui fait de vous un bilingue plus que parfait…

“C’était au collège Saint-Stanislas, à Mons, en 1942.

Qu’est-ce qui a surtout changé, depuis cette époque ?

“Le Hainaut est la province qui a connu les plus de mutations. Quand je l’ai connue, la Wallonie était riche et bien dans ses bottes. Cependant, avec la fermeture des charbonnages, elle a connu – et surtout le Hainaut – une crise effroyable. Certaines villes ont cependant été épargnées : Leuze, Tournai et, en dehors du Hainaut, le Brabant wallon qui, grâce entre autres à Louvain-la-Neuve, doit être devenu une des régions les plus riches d’Europe.”

Vous estimez que la Wallonie redémarre ?

“Tout à fait ! Voyez Charleroi, le Centre, Liège…”

Quel portrait feriez-vous du Wallon moyen ?

“Il n’y a pas un Wallon moyen. Tout dépend d’où il vit, des autorités dont il dépend… L’identité wallonne varie très fort. Prenez l’exemple de Mouscron : elle est passée de Flandre occidentale au Hainaut. Sur 3.500 habitants, 10 % sont français. Dans cette ville, on parle français, flamand, anglais…”

La Wallonie devient plus bilingue ?

“Exactement, alors que c’est tout le contraire en Flandre. Quand je suis devenu ministre, en 1977, il n’y avait aucune traduction, au sein du gouvernement. Aujourd’hui, cela existe, dans les deux sens. Autre remarque, en Wallonie, le bilinguisme est tant français-néerlandais que français-anglais.”

Quelles sont les villes que vous préférez, dans le sud du pays ?

“Sentimentalement, il y a d’abord Mons, puisque j’y ai fait mes études. Puis, Tournai, pour sa cathédrale à la fois gothique et romane. Ensuite Namur et Ath, que j’apprécie tout particulièrement. Si j’avoue moins bien connaître Liège, c’est pourtant une ville toute particulière : j’aime l’expression : Je viens de quitter la Wallonie pour entrer à Liège.”

Comment les hommes politiques sont-ils appréciés en Flandre ?

“On les aime beaucoup. Ainsi Louis Michel, Didier Reynders, Charles Michel, Rudy Demotte…”

Et Bruxelles ?

“J’y fais la navette depuis 1955, soit ma première année à l’ULB. J’y vivais 4 à 5 jours par semaine, habitant avenue de l’Université, puis à Dilbeek. Ce furent mes secondes résidences.”

Appréciez-vous les habitants de la capitale ?

“Il y a beaucoup moins de Bruxellois qu’on ne le croit, mais une énorme minorité de fortunés – +/- 100.000 – d’Anglais, d’Américains, de Français… Aujourd’hui, quand j’entre à Bruxelles par la chaussée de Gand, j’y croise des Belges récents, plus pauvres ou non-riches… Enfin, à Bruxelles, n’oublions pas qu’il y a 50 à 60.000 Flamands.”

Par ces chiffres, vous voulez dire qu’il y a de moins en moins de véritables Bruxellois ?

“Exactement ! Cela, même si la ville dépasse ce que l’on peut attendre d’une capitale d’un million d’habitants : on y dépense plus d’un milliard d’anciens francs, chaque jour. C’est en cela que Bruxelles est la vache à lait de la Belgique.”

Quelle impression cela vous fait-il d’être un navetteur depuis 1955 ?

“Un de mes chauffeurs m’a conduit à Bruxelles sans rien connaître de la ville. Il est un peu comme ceux qui viennent tous les jours en train. Je dirais qu’il existe une génétique de la navette : c’est la marque de fabrique des 400.000 navetteurs bruxellois !”

Aimez-vous Bruxelles ?

“Beaucoup, la crasse mise à part ! Alors qu’à Londres ou Paris, les centres sont superbes et les alentours crasseux, à Bruxelles c’est le contraire.”

À quoi est-ce dû ?

“Sans conteste au fait que la capitale est dirigée par 19 bourgmestres. Mais ce n’est pas le seul motif…”



Interview > André Gilain

© La Dernière Heure 2010

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