Le populisme, cette déferlante qui menace de s'étendre en Belgique
(26/04/2012)
Plusieurs pays européens sont touchés par le phénomène
BRUXELLES Des partis dits "à droite de la droite" tendent de plus en plus régulièrement à occuper une place bien en vue sur l'échiquier politique, tant au niveau local que national. Le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, ne s'est d'ailleurs pas trompé en dénonçant mercredi la montée des populismes sur le "Vieux Continent", peut-on lire sur lalibre.be.
Car le Front national de Marine Le Pen en France, le PVV de Geert Wilders aux Pays-Bas, le Parti du progrès de Siv Jensen en Norvège ou le Parti populaire de Pia Kjærsgaard au Danemark sont quelques-unes des formations politiques au succès croissant. Ces partis s'accordent sur des critères comme la valorisation nationaliste, le rejet de l'autre, la personnification du bouc émissaire, l'appel au peuple contre les élites, la dénégation des structures intermédiaires (comme les organisations syndicales et patronales) ou encore la revendication de la démocratie directe (via, notamment, le référendum et la consultation populaire).
L'origine de ces mouvements remonte à la crise économique de 1973 et au contexte de crainte qu'elle a engendré. "Ces partis populistes sont revigorés par les périodes anxiogènes. Les attentats de New York en 2001 ont marqué un tournant, tout comme l'appréciation pessimiste donnée aux révolutions arabes dernièrement", explique Pascal Delwit, politologue à l'ULB. D'après ce dernier, actuellement, "l'état des marchés, les délocalisations, la diminution du pouvoir d'achat, entre autres, favorisent évidemment ces partis".
Vers une émergence de la politique populiste en Belgique francophone ?
En Belgique francophone, depuis que le FN de Daniel Féret est aux abois, il ne subsiste qu'un parti se situant parmi ces formations de droite nationale : le Parti populaire (PP). Mischaël Modrikamen, son président, affirme d'ailleurs "se retrouver" dans certains points du programme du FN, parmi lesquels "la dénonciation du multiculturalisme, de l'immigration sans limite et d'une Europe antidémocratique, mais aussi la nécessité d'une Europe des peuples respectant les identités de chacun de ses membres ou le renforcement de la protection des plus faibles dans une société à la concurrence effrénée", énumère-t-il. Avant d'ajouter qu'il ne rejette pas le fait d'être taxé de "populiste".
Il n'empêche, "le PP ne peut pour autant être taxé de parti 'extrémiste'. Malgré les déclarations ambivalentes de Mischaël Modrikamen sur la proximité avec Marine Le Pen, on ne peut pas considérer le PP comme un parti d'extrême droite classique, notamment parce que n'émerge pas très précisément, au sein du PP, un propos d'essence nationaliste. Le PP est plutôt dans une forme de tradition liée au poujadisme", souligne Pascal Delwit. Par contre, le politologue reconnait beaucoup plus volontiers le rapprochement avec le Parti pour la Liberté de Geert Wilders. "On retrouve deux éléments qui les réunissent. Premièrement, le rejet ou, du moins, des propos très ambigus sur l'immigration et les citoyens de confession musulmane à travers une attitude laïque militante. Deuxièmement, via une posture très libérale sur le plan économique."
La Wallonie, terreau fertile ?
Le FN s'est beaucoup développé dans des milieux semi urbains ou ruraux comme le Nord-Pas-de-Calais. Le rapprochement géographique avec la Wallonie peut évidemment laisser supposer que le sud de la Belgique constitue un terreau favorable au développement du PP. Le parallèle ne semble néanmoins pas si évident aux yeux de Pascal Delwit.
"Ce parti, même s'il contient le mot 'populaire' dans son nom, n'a pas frappé les imaginations par sa capacité à toucher les milieux populaires. Au contraire, en 2010, il a fait mouche dans des milieux bien pensants qui, soit étaient fâchés, comme les petits porteurs d'actions Fortis, soit estimaient que la fiscalité est trop importante et que le MR n'assumait pas assez un message à droite. Contrairement au FN français, le PP n'a donc pas atteint cette couche marginale et populaire car le parti et son président n'ont pas le profil adapté. Que du contraire. Mischaël Modrikamen est un notable bien installé au barreau, qui incarne plus un vote du Brabant wallon, du sud-est de Bruxelles ou des communes à facilité qu'un vote des quartiers en déshérence de Courcelles ou Châtelet", observe Pascal Delwit.
De son côté, M. Modrikamen veut y croire. Lors des élections communales d'octobre prochain, il compte se concentrer sur des communes symboliques qui, selon ses propres propos, "démontrent tous les maux qui gangrènent ce pays, comme Anderlecht, Molenbeek ou Verviers".
Quel parti pourrait en pâtir ?
Actuellement, l'objectif du parti est de recueillir 5 à 15 % des suffrages dans les communes précitées. Si le PP parvenait à ses fins, il déforcerait forcément d'autres formations politiques. "Si on s'en tient à l'étude des élections de 2010, le MR est le parti qui a le plus pâti de la progression du PP", analyse Pascal Delwit. De quoi inquiéter les libéraux ? A Verviers, où, d'après Mischaël Modrikamen, "le taux de chômage et l'immigration incontrôlée sont de vrais problèmes", il semble que le MR attende de voir venir.
"Nous avons un discours tout à fait décomplexé sur l'immigration, l'emploi ou l'assistanat, explique Pierre-Yves Jeholet, président de la Fédération MR de l'arrondissement de Verviers. Nous débattons de ces thèmes sans tabou. Mais attendons d'abord de voir si le PP est capable de présenter un candidat crédible. Et puis, le populisme ne permet pas de régler les problèmes. Ce parti joue sur la peur des gens et propose des solutions démagogiques. Ce n'est pas ça la politique au sens noble du terme."
Quoi qu'il en soit, alors que les partis traditionnels commencent par percer au niveau local avant de se déployer à l'échelon régional, les partis à la droite de la droite connaissent une situation inverse. Se reposant sur l'image et le discours d'un leader populiste, ils rencontrent le succès dans un ancrage régional avant que cette vague ne s'étende (ou pas) au niveau local.
Jonas Legge
© La Dernière Heure 2012
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