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Les dessous de l’interview de Bart De Wever

(06/03/2013)

Francis Van de Woestyne, notre confrère de La Libre, raconte son interview avec celui qui, parfois, n'hésite pas à réécrire l'histoire pour faire passer ses vérités...


BRUXELLES 16 heures, au Parlement flamand.

Sa silhouette parfaite se faufile dans les couloirs. Il y tient à sa ligne. Il la soigne. Il la relooke. Avant, ses chemises débordaient, ses vestons se froissaient, ses pantalons tombaient. A présent, il enferme son corps, lesté de 62 kilos, dans des complets 3 pièces, un peu english, un peu nouveau riche. Il choisit ses costumes avec soin, souvent bleu turquoises, à fines rayures blanches. Gillet assorti, boutons garnis du même tissu. Et bretelles discrètes. Mais ce régime, il faut le tenir. Et à 16 heures, l'estomac, gavé de light, crie famine. Il a tout prévu: Vitalinea, sucre de substitution, Coca light et pomme verte. Car tant que le cap des 2 ans de régime n'a pas été franchi, toute rechute, paraît-il, est encore possible. Gagner Anvers, facile. Rester gracile, difficile.

Photo: Alexis Haulot

Face à un francophone, il veut toujours s'exprimer en français. "Un bon exercice", dit-il. Sa connaissance est parfaite. Comme en anglais, comme en allemand. Et quand il hésite sur un mot, il demande à être corrigé. Humilité?

Deux ans que nous ne l'avions pas interrogé. La carcasse n'est plus grasse. Mais le moteur carbure toujours aux mêmes valeurs. Aux mêmes obsessions: le nationalisme reste son paroxysme.

Très vite, le climat devient électrique. Les questions le dérangent. Répéter sans arrêt "ses" vérités le lasse. La contradiction lui déplaît. "Dur de la comprenure" ces journalistes francophones qui ne veulent pas comprendre. De toute façon, il n'y a qu'une chose à comprendre: la Flandre vote à droite et veut être gouvernée à droite. A l'entendre, la Belgique est un frein dont se servent les Wallons pour empêcher la mise en place d'une réelle autonomie, une vraie responsabilité claire et transparente. Pour lui, il ne sert à rien de vouloir garder ensemble deux "démocraties" si différentes (celle des Flamands, l'autre des francophones). Les destins ne doivent plus se croiser.

La Belgique… pas facile de lui faire dire ce qu'il ne veut pas dire, à savoir qu'à terme, la Belgique, selon ses tics, disparaîtra. Mais il le dit, finalement: à terme, le niveau fédéral sera vide. La Belgique? Trop petite en Europe, ou trop grande ici. Mais son scénario, ce n'est pas l'éclatement violent; sa conception, c'est l'évaporation. Alors, action. D'abord le confédéralisme. Au fait, c'est quoi? Il l'admet: la N-VA étudie le scénario. Curieux: tous les partis flamands appellent ce confédéralisme, mais personne ne peut le définir. Patience: dans quelques mois, il le définira.

Alors, l'avenir, il entend, lui, l'écrire. Plus question en 2014, d'aller perdre son temps dans un château face à des francophones qui disent non. Sa démocratie flamande, il faut qu'on l'entende.

Comment? Il faudra quand même bien négocier ou alors faire sans lui… Aïe, comment a-t-on oser évoquer cela? Sans lui? Injure suprême. On devrait être blême.

Dès lors, il hausse le ton, son regard bleu devient perçant. "Ce n'est pas à vous de dé-ci-der !" L'homme, d'ordinaire toujours très maîtrisé, élève la voix, durcit le ton, saisit alors sa pomme, la coupe en 36 morceaux, et dit, re-dit, re-redit que le prochain gouvernement fédéral aura, devra avoir la majorité en Flandre.

Sinon?

Interruption.

Appelé en séance pour des votes, l'homme revient, 15 minutes plus tard, apaisé. La tension retombe. La conversation peut glisser sur Anvers, là où l'Empereur a trouvé son heure.

Au final, chacun semble se trouver mal. Lui a perdu deux heures 30 de son précieux temps. Nous, nous attendons toujours des réponses, pas des slogans. Le problème est là. Il a sa logique, son schéma de pensée qui ne veut plus s'embarrasser du système belge. La prospérité de la Flandre serait menacée. Seule, une gestion à l'allemande peut la sauver. Sa conception est respectable. Il est parfaitement sincère quand il affirme vouloir défendre "sa" démocratie flamande. Mais parfois, il n'hésite pas à récrire l'histoire pour faire passer ses vérités. A l'entendre, BHV ne serait toujours pas scindé. Plus c'est gros, mieux cela passe en Flandre.

Une chose est sûre. Négocier avec lui ne sera pas une sinécure. Penser à l'éviter, c'est simplement un crime de lèse majesté.

Francis Van de Woestyne

© La Dernière Heure 2013

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