Olivier Deleuze se retire
(25/05/2003)
© DE TESSIERES
BRUXELLES On savait qu'il avait envie de changer d'air. Certains lui prêtaient même la volonté de briguer en priorité un siège de parlementaire européen... Il n'en sera rien. Olivier Deleuze, une des - dernières - figures charismatiques d'Ecolo a annoncé hier à nos confrères du Soir son retrait de la vie politique... «Je quitte la politique pour prendre un poste dans une institution environnementale internationale, nous a-t-il confié hier soir, sans préciser le nom de l'institution. Mon départ n'a rien à voir avec les déboires d'Ecolo. J'ai juste saisi une opportunité. Cette dernière est cependant venue trop tard - en mars - pour que je renonce à me présenter aux élections».
Pas question, donc, de se désolidariser d'un parti en pleine déroute. «La situation actuelle m'inciterait plutôt à rester et ma décision aurait été bien plus facile à prendre en cas de victoire. Cela étant, il faut relativiser l'impact de mon départ. Ce ne sont pas mes 17.000 voix qui vont manquer parmi les 200.000 qu'a recueillies mon parti... Quant à ma personne, elle sera, sans problème, compensée par une relève de qualité.»
Et Deleuze de se montrer une dernière fois utile à son parti en expliquant sans détours les raisons de ses échecs. «Les raisons de notre défaite sont clairement à trouver dans les incidents de Francorchamps, de la monarchie ou des vols de nuits, explique Deleuze. En étant intransigeants sur des problèmes périphériques, nous étions décalés, trop sûrs d'avoir raison et, par conséquent, nous n'avions plus la capacité de voir comment notre message était perçu par la population, enfermé que nous étions dans nos convictions. Même sur nos bonnes décisions, comme la sortie du nucléaire qui reste une de nos grandes victoires, notre message n'était pas clair. J'ai parlé déchets, prolifération et accidents alors que les gens attendaient de savoir combien ça allait coûter et si on ne risquait pas des pénuries d'électricité».
Et Olivier Deleuze de préconiser un traitement de choc pour son parti. «Notre volonté de gouverner autrement s'est manifestée très positivement par la mise du débat sur la place publique. Mais, au delà, nous devons apprendre à faire de compromis sur des choses périphériques, tout en mettant en exergue les choses vraiment essentielles que sont le développement durable et l'environnement. Deux points dont Ecolo est le seul parti à s'occuper vraiment, ce que sait d'ailleurs parfaitement la population».
Des solutions qui seront aussi politiques. «Nous devons aussi absolument sortir de l'ombre du PS.Le pôle des gauches était une pièce qui a fait baisser la gauche en Wallonie et qui a failli tuer Ecolo. Je pense également qu'il faudrait restructurer Ecolo et en finir avec le triptyque que personne ne comprend. Il faut un vrai patron à Ecolo ! Et j'espère que la direction actuelle travaillera dans ce sens».
Un patron dont Deleuze se refuse à donner le nom. Mais après ce constat plutôt dur, il n'en conclut pas moins sur une note optimiste.
«Nous ne sommes pas morts et nous avons, avec nos parlementaires et notre expérience du pouvoir tous les moyens de revenir sur le devant de la scène. La relève est déjà là, ou va venir, je suis plutôt optimiste. Le bateau Ecolo n'a pas heurté un iceberg, il s'est trompé de route...»
Benoît Gilson
© La Dernière Heure 2003
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Olivier Deleuze s'était distingué en venant au Parlement en bicyclette
BRUXELLES Avec le départ d'Olivier Deleuze, Ecolo perd une de ses dernières figures charismatiques. Un des seuls candidats également à recueillir sur son nom un nombre significatif de voix: 17.000, soit plus que Huytebroeck, Defeyt, Bauduin et Ernst réunis! Deleuze, c'était aussi une personnalité prisée des jeunes et des purs d'Ecolo...
C'est aussi lui qui s'est battu pour des dossiers chers aux militants: la sortie du nucléaire et le protocole de Kyoto. C'est dire s'il manquera à son parti...
Ingénieur agronome, Olivier Deleuze est issu d'un milieu assez aisé, ce qui favorisera certainement un tempérament teinté d'anarchisme. Objecteur de conscience, il sera des fondateurs d'Ecolo, qu'il représente au Parlement pour la première fois en 1981. Très vite, l'homme, qui vient au Parlement en bicyclette, jouira d'une certaine popularité qui ne le quittera plus.
En 1986, il quittera son siège et son parti, refusant avec fracas le scénario d'une tripartite wallonne ente le PSC, le PRL et Ecolo. Il se recycle dans le privé, avant de devenir le patron de Greenpeace Belgique (de 1989 à 1995). Il y milite pour la sortie du nucléaire avant de redevenir chef de groupe Ecolo en 1995.
En 1999, il devient secrétaire d'Etat à l'énergie, thème très cher aux Ecolos. Qu'y fera-t-il? Du bon et du moins bon. Sa première action - le refus de livrer des armes au Népal - lui coûtera sa compétence d'attribution des licences d'exportations d'armes par le Premier ministre.
Il se distinguera également par le dossier de la sortie du nucléaire, dont il est sorti plus perdant que gagnant. «Personne n'aurait osé publiquement refuser d'en sortir, confie un proche du gouvernement. Le tout était de savoir si le gouvernement allait ou non se réserver une porte de sortie. Il l'a fait - on pourra retourner dans le nucléaire en cas de force majeure -, donc, Ecolo a perdu».
Sa grande victoire, d'ailleurs soulignée par ses partenaires de l'arc-en-ciel, fut de sauver le protocole de Kyoto, lors de la présidence belge de l'Union européenne.
On lui doit d'autres avancées dont l'établissement d'une carte du nucléaire en Belgique, élément essentiel à la mise en place d'une protection et d'une prévention efficace.
Une carrière politique qu'Olivier Deleuze conclura en sortant du gouvernement 15 jours avant les élections, sur la question des vols de nuit.
Un dernier coup de poker d'Ecolo dont on connaît aujourd'hui le résultat. Désormais, Deleuze, qui annonce rester militant Ecolo, se consacrera à sa famille et à sa carrière dans une institution environnementale internationale...
© La Dernière Heure 2003
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