Campagne choc du PS
(30/04/2008)
© BELGA
Le vrai cout des services sans vos impôts au coeur d'un 1er mai, axé sur la solidarité
Notre avis sur le site de la campagne
BRUXELLES Fermez les yeux deux minutes. Allez, juste deux. Et imaginez un monde sans impôts. Sans TVA. Sans taxes. Le bonheur absolu ? Pas forcément. En tout cas pas pour tout le monde. "Cet argent de nos impôts, il sert à permettre une solidarité entre tous les citoyens, qui, en pratique, profite à tout le monde en permettant de diminuer le cout d'une large série de services rendus à la population ", assène Elio Di Rupo dans l'entretien qu'il nous accorde.
En primeur, le président du PS nous dévoile une campagne audacieuse que lance son parti à l'occasion des festivités du 1er mai. Elle porte sur cette notion de solidarité.
Elle entreprend, exemples concrets à l'appui calculés par le centre d'études du parti, de dévoiler le prix que les citoyens paieraient pour une kyrielle de services si ceux-ci ne bénéficiaient pas d'un financement de l'État. Qui, pour ce faire, se sert de vos impôts.
Cette campagne, elle va s'étaler dans les semaines qui viennent à grands coups de folders, site Internet (www.onygagnetous.be) et autres badges et tee-shirts.
Une façon comme une autre de lancer une précampagne électorale, pour le PS ? "Non, non, pas du tout ", assure avec force le Montois. "Cette campagne, nous y pensions déjà depuis très longtemps, quand nous étions encore dans l'opposition. Une des causes des résultats du 10 juin, c'est qu'à force d'avoir été matraqués par les slogans de droite, des notions essentielles comme la solidarité ne sont plus bien perçues. Or, sans solidarité, la vie serait intenable pour 85 % des citoyens ! "
Vous voulez dire que cette notion de solidarité, le PS ne l'a plus assez portée ?
"Oui, c'est vrai, je le reconnais. On a été pris par 1.001 actions préélectorales. Tantôt par un scandale. Tantôt par des slogans de la droite... Pourtant, la solidarité et ses effets, cela reste un axe cardinal de nos actions. On doit donc en revenir aux explications de base et à de la pédagogie là-dessus, la plus simple possible, avec des exemples concrets. "
D'où cette idée de chiffrer le vrai cout des services sans financement de l'État ?
"Oui, on essaye de démontrer qu'avec de la solidarité, tout le monde y gagne dans quantité de secteurs : la mobilité, l'éducation, les soins de santé... La solidarité d'aujourd'hui permet une stabilité de la société, même s'il reste de gros problèmes à résoudre. On veut montrer ce que serait notre société sans cette notion. Et on prend aussi des exemples ailleurs, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. "
Par exemple ?
"Prenons la santé. On paie chez le médecin 5,50 euros. Aux États-Unis, après remboursement, une consultation chez un généraliste, c'est 53 euros ! C'est dix fois plus ! Un accouchement : on paie 366 euros. Aux États-Unis, la même personne paierait 5.000 euros ! Cela montre bien que si on payait le médecin sans intervention de l'État, la facture d'aujourd'hui serait multipliée par dix ! Seuls ceux qui ont des assurances privées - les plus nantis - pourraient encore s'en sortir... "
Propos recueillis par Christian Carpentier
© La Dernière Heure 2008
Au fond, cette campagne du PS sert-elle aussi à dire qu'on ne paie pas trop d'impôts chez nous, voire même qu'on pourrait encore en payer davantage ? "Ah non, sûrement pas, mais il faut cesser de mentir aux gens ", rétorque Elio Di Rupo. "On doit leur dire qu'il faut un impôt juste. Je demande d'ailleurs qu'on réduise la pression fiscale sur le travail et que d'autres revenus soient davantage contributifs. "
Lesquels, par exemple ?
"Oh, mais tous les types de revenus. Le monde financier, de façon raisonnable, devrait ainsi davantage contribuer, les flux spéculatifs encore plus. Pourquoi le travailleur devrait-il, seul, supporter l'essentiel de cette pression fiscale ? "
Cela fait des années que vous dites cela, sans que cela avance...
"Non non, cela avance. Il y a par exemple eu un financement alternatif en sécurité sociale. Mais on doit continuer, c'est vrai. Dans l'accord de gouvernement, il y a une prise de conscience qu'il faut favoriser les gens qui travaillent. Certaines entreprises doivent payer mieux, et il faut accroître les revenus nets, par les impôts directs comme par d'autres mécanismes... "
Quels autres mécanismes ?
"En réduisant la TVA notamment sur l'énergie, le gaz et l'électricité. Les compagnies, qui gagnent beaucoup d'argent là-dedans, disent que l'État gagne aussi. Oui, sauf que cet argent, ensuite, il est redistribué entre tous. Mais leurs bénéfices astronomiques, par contre...
Vous sentez-vous un peu seuls, au fédéral, pour défendre cette solidarité ?
"Oh... On est là pour ça... "
Vous ne répondez pas : vous sentez-vous seuls ?
"Notre campagne n'est pas agressive contre qui que ce soit. Seuls, c'est beaucoup dire... On assume le rôle qui est le nôtre... "
Quel est le thème sur lequel il faudrait accroître cette solidarité ?
"Les soins de santé - surtout les maladies chroniques - et la mobilité. On doit arriver un jour, à terme, à rendre les transports en commun gratuits. "
Dans votre folder, vous ne chiffrez pas le coût de l'école pour les parents après intervention de l'État...
"C'est vrai, parce que ce n'est pas zéro. Ce ne serait pas vrai de le dire. Il y a quantité de coûts. Je le vois bien avec mes deux petits neveux, qui ont dix et douze ans. Les cartables, les cahiers, les habits... Il ne leur faut pas n'importe quoi... Ils sont jugés par les leurs... Et pour beaucoup de familles, c'est un vrai problème. Il faut continuer à réduire cela, mais aussi d'accroître la qualité de l'enseignement ..."
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