Paras tués au Rwanda: procès en 2007
(04/09/2006)
BRUXELLES Le procureur fédéral a requis lundi devant la chambre des mises en accusation le renvoi en assises du major rwandais Bernard Ntuyahaga pour l'assassinat des dix paras belges, tués le 7 avril 1994 à Kigali au lendemain de l'attentat contre l'avion du président rwandais. La chambre des mises en accusation rendra son arrêt jeudi.
Un tel renvoi en assises est très probable vu que cette étape de la chambre des mises en accusation est la dernière avant le procès. On s'achemine dès lors vers un procès au cours du premier semestre 2007. En raison de la complexité du dossier, un tel procès devrait durer plusieurs semaines. Au cours de cette audience tenue exceptionnellement en présence du public et non à huis clos, le procureur fédéral Philippe Meire a également requis lundi que M. Ntuyahaga soit jugé pour d'autres homicides, commis dans le cadre du génocide rwandais.
D'une part, à Kigali, dans le quartier où vivait M. Ntuyahaga en avril 1994 et, d'autre part, à Butare, où il avait été envoyé par son gouvernement en juin 1994.
Pour la défense de M. Ntuyahaga, le dossier d'instruction "a été tripoté" et ne tient pas la route. Selon Me Luc De Temmerman, son client n'est pas un génocidaire mais plutôt "un perdant de la guerre au Rwanda", une guerre déclenchée par le FPR aujourd'hui au pouvoir.
"Mais il fallait trouver un coupable pour la mort des casques bleus: M. Ntuyahaga, un homme qui n'avait personne sous ses ordres", a-t-il ajouté. Les dix paras belges, commis à la garde de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana dans le cadre d'une mission de l'ONU, avaient été désarmés et emmenés en minibus par M. Ntuyahaga vers le camp Kigali où ils avaient été massacrés.
"M. Ntuyahaga a dit qu'il avait rencontré les paras belges par hasard à proximité de la résidence de la Première ministre et qu'ils lui ont demandé, par un vague signe de la main d'auto-stop, de les conduire au camp Kigali", a dit M. Meire. "C'est une version en contradiction avec les éléments du dossier", a-t-il ajouté en faisant référence aux échanges radios des paras belges avec leur hiérarchie et aux témoignages de casques bleus ghanéens.
"La version d'un service par hasard est dépourvue de crédibilité car le pays avait alors déjà basculé dans la guerre", a dit M. Meire. Pour le procureur fédéral, "M. Ntuyahaga avait pour mission de désarmer les casques bleus et de les conduire au camp Kigali". Il a souligné que des témoins ont raconté qu'une fois à ce camp, "M. Ntuyahaga aurait répandu la rumeur que les casques bleus belges étaient responsables de l'attentat contre l'avion présidentiel".
Une dizaine de témoins ont raconté que M. Ntuyahaga était par ailleurs impliqué dans les massacres dans le quartier de Kiovu où il habitait. "Certains disent que le QG des militaires se trouvait chez lui", a dit M. Meire.
Le procureur fédéral a ajouté que M. Ntuyahaga avait été envoyé par son gouvernement en juin à Butare car les massacres n'y avaient pas vraiment débuté. "On a ainsi envoyé les éléments qui avaient déjà fait leurs preuves", a dit M. Meire.
Les familles des paras se sont constituées partie civile. Leurs avocats défendront aussi les intérêts de l'Etat belge, alors que les familles ont critiqué l'Etat par le passé. "Certaines des critiques des familles existent toujours mais elles ont décidé de faire front car il est hors de question que les responsables, comme M. Ntuyahaga, puissent se prévaloir de leurs critiques", a dit Me Laurent Kennes.
Bernard Ntuyahaga, vêtu d'un costume sombre, n'a pas tenu à s'exprimer devant la chambre des mises en accusation. Le visage chaussé de lourdes lunettes, il est apparu assez affaibli.
La Belgique avait demandé dès 1995 son extradition à trois pays africains où il s'était enfui. Ce n'est qu'en 2004, après de fortes pressions de la Belgique, que la Tanzanie a refusé son extradition vers le Rwanda. M. Ntuyahaga s'est alors constitué prisonnier en Belgique où il est arrivé le 26 avril 2004. Il est détenu depuis lors.
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