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Les artistes congolais de Belgique discriminés depuis 50 ans

(29/05/2012)

Des dizaines d’entre eux ne perçoivent aucun droit d’auteur sur la musique congolaise produite chez nous

BRUXELLES Les artistes auteurs et compositeurs de musique et leurs producteurs d’origine congolaise établis en Belgique accusent la Sabam de ne pas honorer leurs droits d’auteur, à la différence des artistes belges, depuis des dizaines d’années, en ce qui concerne leur musique diffusée en Belgique mais aussi à l’étranger, y compris d’ailleurs au Congo. L’enjeu financier porte, selon eux, sur des millions d’euros.

Dans un courrier électronique daté du 6 avril dernier, la Sabam reconnaît la difficulté matérielle d’établir de façon suffisamment précise la diffusion dans l’horeca belge de la musique congolaise made in Belgium . La Sabam ne propose pour autant aucune solution. Pour les auteurs et les éditeurs de musique congolaise, cet état de fait perdure depuis 65 ans et la Sabam n’a fait depuis 1955 aucun effort pour y remédier.

L’Association des producteurs et auteurs-compositeurs d’origine congolaise, l’AACEC, confirme l’enjeu : “des millions d’euros” . Son président, Jacko Sayala, évalue à plusieurs dizaines le nombre d’artistes et éditeurs de musique lésés.

Sayala : “Depuis 1997, j’ai moi-même produit 28 disques (CD) et certainement plus de 200 morceaux déclarés à la Sabam pour lesquels je n’ai jamais rien reçu depuis quinze ans, pas un euro…”

Réponse de la Sabam : “Il nous est impossible de procéder de façon systématique à une répartition qui soit le reflet exact de la musique utilisée, a fortiori en cas d’absence totale de playlists.”

En clair : impossible pour la Sabam de calculer la fréquence de la musique diffusée dans l’horeca, les commerces ne communiquant pas les listes détaillées des morceaux diffusés. Et comme la Sabam ne propose aucune solution, les artistes congolais de Belgique craignent de n’être jamais rémunérés en droits d’auteur et droits voisins. L’attitude de la Sabam étonne l’AACEC puisqu’en France, par contre, la Sacem y parvient, assure M. Jacko Sayala.

Pour justifier qu’elle n’a jamais versé et risque de ne jamais verser, la Sabam ajoute qu’il faut tenir compte aussi “des frais de perception importants rencontrés avec les exploitants récalcitrants au droit d’auteur et ceux en situation de faillite”.

Dans Matonge, le quartier africain de la porte de Namur à Ixelles, 200 commerçants, boutiques, cafés exotiques, restaurants, salons de coiffure, etc., ne diffusent que de la musique congolaise. Jacko Sayala nous apporte les preuves signées de commerçants qui déclarent payer leur tribut à la Sabam… qui ne reverse rien aux auteurs de ces musiques, depuis des dizaines d’années.



Gilbert Dupont

© La Dernière Heure 2012

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