La clef du procès Cools
(20/11/2003)
© EPA
LIÈGE «C'est relativement dur de se retrouver en face de celui qui a tiré sur vous», a dit Marie-Hélène Joiret lors d'une des interruptions d'audience du procès actuellement mené, devant la cour d'assises de Liège, aux commanditaires présumés de l'assassinat d'André Cools. Des audiences qui, ce mercredi, se tenaient à huis clos, un huis clos que les différents avocats impliqués dans ce procès estimaient sans doute aussi devoir étendre à leurs propres commentaires. Marie-Hélène Joiret était à côté d'André Cools, ce sinistre matin de juillet 1991, lorsqu'il est tombé sous les balles de deux tueurs tunisiens. Elle avait d'ailleurs aussi été touchée par une balle lorsque le tireur, Abdelmajid, 37 ans aujourd'hui, avait également ouvert le feu sur elle après avoir abattu son compagnon.
«Celui qui a tiré dit aujourd'hui qu'ils ont été manipulés. Il dit aussi éprouver des remords», a-t-elle encore dit en soulignant aussi que, ni lui ni son compagnon - Abeljalil, 30 ans - n'avaient la mémoire «trop défaillante».
En clair: ils reconnaissent donc les faits ainsi que certains de ceux qui sont actuellement dans le box liégeois des accusés, Di Mauro et Contrino, notamment. «Aujourd'hui, ils décrivent des lieux et des gens qu'ils ne pourraient pas avoir inventés», a-t-elle aussi souligné, avant de préciser: «A la limite, je ne peux même plus leur en vouloir; ils ont été simplement le bras armé d'une conspiration montée par d'autres...»
Confirmations
L'avocat de Mme Joiret, sans commenter l'ensemble des dépositions entendues, s'estimait quant à lui très satisfait des auditions des deux Tunisiens. Un témoignage qui va donc dans le sens de la partie civile et qu'il a estimé «très crédible».
Comme tels, ces témoignages semblent donc devoir confirmer l'essentiel des déclarations faites, lors d'une vidéoconférence organisée entre Liège et Tunis à la veille du procès des deux Tunisiens devant la cour d'assises de leur pays. Celle-ci les avait condamnés, le 2 juin 1998, à vingt ans de réclusion criminelle pour homicide et à cinq années supplémentaires pour tentative d'homicide.
C'est donc une des véritables clefs de ce procès pour les jurés qui ont pu trouver confirmation du modus operandi des deux tueurs, le 18 juillet 1991, mais aussi des rencontres qu'ils avaient pu avoir eues, à Liège, dans les jours précédant l'assassinat et dans les heures qui ont suivi. Et cela, même si les Tunisiens ont aussi répété qu'ils avaient été menacés et qu'ils croyaient avoir simplement abattu un parrain de la drogue!
Comme tel, ce témoignage peut donc apparaître comme primordial pour l'accusation qui a construit sa thèse sur une conspiration montée à l'instigation de personnes appartenant à l'ancien cabinet ministériel d'Alain Van der Biest...
| Le parcours du combattant
LIÈGE Pour l'accusation, deux éléments étaient particulièrement concluants pour désigner comme commanditaires de l'assassinat d'André Cools les huit personnes actuellement poursuivies devant la cour d'assises de Liège: la vidéoconférence enregistrée à la veille du procès tunisien des deux tueurs et le témoignage des tueurs proprement dits. La première étant contestée par la défense, restait le second. Encore fallait-il que les deux Tunisiens débarquent effectivement à Liège, aucune convention du genre n'existant entre la Tunisie et notre pays. Ont donc été impliqués dans ce voyage, les ministères de la Justice des deux pays mais également les ministères des Affaires étrangères. Un véritable parcours du combattant juridico-diplomatique qui a débouché sur un deal passé entre les responsables judiciaires des deux pays: les deux tueurs pouvaient venir à Liège pour autant que l'on respecte la loi tunisienne en la matière. En clair: pas question de les entendre en public parce qu'une telle audition aurait pu correspondre, pour eux, à une nouvelle... condamnation. C'est donc sur cette base que les Tunisiens sont revenus, ce mercredi, sur les lieux de leurs sinistres exploits. Embarqués dans un avion officiel, mercredi aux petites heures de la matinée, ils sont d'abord arrivés à Melsbroeck. Ils ont ensuite été emmenés, en hélicoptère, jusqu'à une zone sécurisée proche du palais de justice de Liège où ils sont finalement arrivés sous forte escorte policière vers 10 h 20, ce mercredi. Restait à définir les conditions dans lesquelles ils pouvaient être entendus. L'avocate générale, Mme Lejeune, a expliqué les termes de la convention passée entre les deux pays et les différents avocats présents sont également intervenus. Les uns, pour regretter la non-publicité des débats; les autres, pour estimer que la chose la plus importante était que les Tunisiens apportent effectivement leur témoignage sur l'affaire. Finalement, c'est donc à huis clos que les deux Tunisiens ont répété leurs accusations avant de reprendre l'avion pour Tunis et y purger les 15 ans de prison qu'il leur reste à prester... |
Ed. F.
© La Dernière Heure 2003
A Tunis, les deux tueurs avaient écopé de 25 ans de prison, le tout en à peine huit heures de procès...
TUNIS C'est le 2 juin 1998, soit près de sept ans après l'assassinat d'André Cools, que le procès de ses deux tueurs s'est ouvert à Tunis.
Au contraire de ce qui se passe actuellement en Belgique, le procès n'a duré... qu'une seule journée, ce qui parfois peut laisser rêveur!
En fait, il n'y a eu que huit heures de débats suivies par quatre heures de délibération, le tout sans jury populaire.
A l'issue de ces douze heures, la page tunisienne était tournée, avec les condamnations d'Abdelmajid, le tireur, et d'Abdeljalil, le guetteur, l'un et l'autre condamnés à vingt ans de prison pour l'assassinat d'André Cools et à cinq ans pour la tentative d'assassinat sur Marie-Hélène Joiret et pour le port illégal d'armes. Selon la loi tunisienne, les deux peines se confondaient et étaient donc ramenées à vingt ans.
Dans la foulée, la cour avait accordé à la famille Cools, partie civile, le dinar symbolique qu'elle réclamait. La famille avait en effet toujours considéré que les deux tueurs n'étaient que de simples exécutants, les vrais responsables se trouvant ailleurs.
Argent facile
On retiendra de ce procès que le plus jeune des deux hommes avait fini par craquer.
En effet, à la fin du procès de Tunis, le président de la Cour criminelle avait extorqué des aveux à Abdeljalil. Le faisant approcher près de lui (après être resté debout pendant huit heures), le président lui a dit tout bas (et cela avait d'ailleurs échappé à la plupart des observateurs): «Dis-moi, tu savais bien que tu partais pour tuer quelqu'un? »
Et Abdeljalil de répondre dans la chaleur moite du prétoire tunisien: «Oui, mais je croyais pouvoir gagner facilement de l'argent!»
Il faut dire que le jeune homme vivait d'expédients; Abdelmajid travaillait, lui, au ministère de l'Agriculture tunisien.
Séquestrés
Les deux hommes ignoraient évidemment devoir tuer un ministre d'Etat.
On leur a ensuite expliqué que l'homme à abattre était un trafiquant de drogue.
Dans la foulée, ils ont regretté leur geste, expliquant qu'une fois en Belgique, ils avaient purement et simplement été séquestrés.
Ces aveux et ces regrets - sans compter probablement la présence de la presse belge - leur avaient valu une sorte de mansuétude de la justice tunisienne. Ils avaient en effet échappé à la peine de mort.
Une bénédiction puisque, sans cette mansuétude tunisienne, les deux hommes n'auraient pas été à Liège ce mercredi...
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