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La France brûle: déjà une victime!

(08/11/2005)

Jean-Jacques Le Chenadec, 61 ans, n'a pas survécu au coup porté par un jeune

STAINS Un mort. Après onze nuits de violence, la France affiche son premier décès. Jean-Jacques Le Chenadec, un retraité de 60 ans, est mort. Il a succombé aux coups donnés par un jeune qui n'a pas supporté le regard porté sur lui!

«J'étais avec Jean-Jacques ce vendredi soir. On était descendu éteindre le feu aux poubelles», explique son ami Jean-Pierre Moreau. «Il y avait un ami sur le parking, il avait des problèmes avec sa batterie. On s'est approché, on a parlé.» Une bande de jeunes se trouvait non loin de là. «Ils ont jeté des cailloux, mais nous n'avons pas bougé.» Un adolescent s'est approché. «Il était recroquevillé sur lui, comme un petit vieux, et avait un capuchon sur la tête. Il a dit: de quoi vous parlez?» Les deux sexagénaires ont simplement répondu, pensant pouvoir entamer un dialogue: «De nos voitures». Mais la conversation s'est arrêtée là. «Il s'est retourné, et m'a flanqué un violent coup de poing dans l'oeil. Je me suis effondré à un bon mètre de là. Quand je suis revenu à moi, Jean-Jacques était à mes pieds, dans une mare de sang.» Secouriste, son ami lui a prodigué les premiers soins. Mais c'est dans le coma que Jean-Jacques a été transporté à l'hôpital. Hier matin, il y est décédé.

«Celui qui a fait ça n'est qu'un animal!», s'insurge Jean-Pierre. «C'est de la violence gratuite et en plus préméditée. Il est venu vers nous pour jouer les caïds.» Depuis l'agression, les jeunes ont disparu. «Ils n'osent plus sortir. Il faudrait faire appel à l'armée pour venir à bout de ces jeunes voyous. La force doit revenir à la loi et non pas aux crapules.»

Tout comme Jean-Pierre, Nicole, l'épouse de Jean-Jacques, est en colère. «Ma vie est brisée.» Des jeunes en colère lui ont pris l'homme qu'elle aimait depuis tant d'années. «Ce n'est pas en leur donnant même tout l'argent du monde qu'ils vont changer. Ils n'ont pas d'éducation, c'est la faute de leurs parents. Ils n'ont pas de respect, ni d'eux ni d'autrui. Ce sont des assassins.» Et Jean-Pierre de poursuivre: «Ils veulent du travail, être respectés, être utiles... Qu'ils demandent au maire des seaux de peinture pour repeindre les halls d'entrée. Qu'ils se rendent utiles dans des associations, qu'ils aident les personnes âgées...» Au lieu de s'en prendre à un homme à la retraite qui a travaillé toute sa vie et qui un soir en allant éteindre un feu a été lâchement assassiné. «Si ce jeune est un peu humain, qu'il se dénonce!» Utopie...

Emmanuelle Praet

© La Dernière Heure 2005

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Le couvre-feu «partout où c'est nécessaire»


Dominique de Villepin a prôné la fermeté, tout en proposant d'améliorer éducation et accès à l'emploi

PARIS La «fermeté», d'un côté, avec la mobilisation de près de 10.000 gendarmes et policiers et la possibilité de décréter le couvre-feu «partout où c'est nécessaire pour assurer le retour au calme» et la promesse, de l'autre, de prendre rapidement des mesures afin de sortir les jeunes des banlieues de leur ghetto social: le Premier ministre Dominique de Villepin a lundi soir balisé la réponse de la République aux émeutes qui embrasent désormais la France entière.

Sans véritable surprise, il s'est montré ferme face aux émeutiers: il n'est pas question pour le gouvernement de baisser la garde. Quelque 9.500 policiers et gendarmes sont désormais mobilisés pour faire face aux émeutiers avec l'apport, depuis hier soir, de quelque 1.500 réservistes supplémentaires.

Surtout, le Conseil des ministres devrait avaliser ce matin la possibilité pour les maires et préfets de pouvoir décréter le couvre-feu «partout où c'est nécessaire», conformément à une loi de 1955. Interrogé sur la possibilité de faire appel à l'armée, le Premier ministre a voulu calmer le jeu: «Nous n'en sommes pas encore là».

«La violence est inacceptable et inexcusable», a-t-il encore souligné, tout en prenant soin de ne pas jeter de l'huile sur le feu. Il a qualifié les émeutiers de «délinquants», tranchant avec le terme de «racaille» du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. «Soyons maîtres de nous-mêmes», a-t-il plaidé, condamnant à demi-mot les propos du premier flic de France, à qui il a toutefois renouvelé publiquement sa «confiance».

Face aux accusations de l'opposition sur la piètre gestion de la crise par le gouvernement, Dominique de Villepin a repoussé le débat. «L'heure n'est pas à la polémique», a-t-il tranché.

Le Premier ministre français a également formulé lors de son intervention sur TF 1 trois propositions qui, doit-il espérer, seront aptes à séduire ces jeunes qui se sentent aujourd'hui délaissés. La première proposition concerne l'éducation. Alors que la France compte 15.000 enfants déscolarisés et près de 150.000 jeunes quittant l'école sans qualification, Dominique de Villepin propose différentes pistes pour leur permettre de revenir vers un meilleur apprentissage. Il compte par ailleurs multiplier par trois le nombre de bourses au mérite destinées aux jeunes des banlieues ayant le plus de capacités. Le but: offrir à tous ces jeunes «espoir et perspective» en matière d'emploi alors que le taux de chômage des jeunes atteint parfois 40% dans certaines banlieues. Des banlieues où l'accent sera également mis sur l'amélioration du logement.

© La Dernière Heure 2005


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