Le bras de fer social
(14/11/2007)
Réforme du régime des retraites : gouvernement et fonctionnaires campent sur leurs positions
PARIS C'est parti : le coup d'envoi du mouvement de contestation contre les projets de réforme du gouvernement Fillon est donné ce mercredi, avec la paralysie annoncée du réseau ferroviaire et des transports en commun, principalement à Paris.
Avant cette journée qui s'annonce difficile pour les usagers français, le président Nicolas Sarkozy a tenu à poser un geste de solidarité à l'égard des patrons des entreprises concernées par les grèves de ce mercredi.
Il a ainsi reçu à l'Élysée, en présence du Premier ministre, les dirigeants de la SNCF, de la RATP, d'EDF et de GDF en fin d'après-midi, "pour faire le point de la situation".
L'essentiel de la circulation des trains devrait être touché par la grogne du personnel. À peine 90 TGV sur 700 devraient ainsi circuler. À Paris, les métros seront dans leur quasi-totalité à l'arrêt.
Et ce n'est peut-être qu'un début : le mouvement pourrait tenir pendant près d'une semaine, jusqu'à la manifestation prévue par les fonctionnaires opposés eux aussi aux projets de réforme du régime des retraites. "Ce qui s'annonce, c'est une journée de galère pour les usagers, et peut-être d'autres jours encore", a d'ailleurs reconnu le ministre du Travail, Xavier Bertrand.
Tous ces mouvements de grogne visent à faire reculer le gouvernement Fillon dans sa volonté d'allonger la durée de la carrière des fonctionnaires.
Le gouvernement prévoit ainsi d'allonger à 40 ans la durée de cotisation des 500.000 fonctionnaires concernés par cette réforme, au lieu de 37,5 ans actuellement en moyenne.
Face à ce vent de fronde, François Fillon est bien décidé à maintenir le cap, confiant de ne pas avoir à baisser pavillon comme son prédécesseur Alain Juppé qui, à l'automne 1995, avait été contraint à faire machine arrière face à des fonctionnaires tout aussi déterminés à défendre leurs acquis.
Le gouvernement ne renoncera pas à "réformer les régimes spéciaux de retraite", a prévenu le Premier ministre François Fillon lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
"La négociation est ouverte dans les entreprises" et "la porte du dialogue restera en permanence ouverte", mais le Premier ministre a appelé chacun à "prendre ses responsabilités". "Mon gouvernement prendra les siennes. Il ne transigera pas sur les principes", a-t-il fermement averti.
Cette grève constitue, en tout cas, la troisième mobilisation syndicale en douze ans contre une réforme des retraites (après 1995 et 2003).
Cela n'arrange pas les entreprises, dont certaines risquent de tourner au ralenti faute de combattants. La présidente du patronat Laurence Parisot a dans ce contexte social délicat déclaré espérer "un accord" rapide sur la réforme, jugeant la grève "souhaitable pour personne" et appelant à se méfier d'"un goût presque masochiste pour la confrontation" en France.
La confrontation est pourtant ce qui attend la France à partir de ce mercredi. Reste à voir qui sortira vainqueur de ce bras de fer social.
Régimes spéciaux: perturbations à la SNCF dès mardi soir, les dirigeants des entreprises concernées reçus par Sarkozy Par Gérard DUBUS
Moins d'un mois après une très forte mobilisation contre la réforme des régimes spéciaux, les agents des secteurs concernés, avec à leur tête les cheminots , entrent à nouveau dès mardi soir dans un conflit qu'ils voudraient plus dur et plus long, sur fond de bataille de communication.
Nicolas Sarkozy recevra à 18h30, en présence du Premier ministre François Fillon, les dirigeants de la SNCF, de la RATP, d'EDF et de GDF, "pour faire le point de la situation" avant le début de la grève contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, selon l'Elysée.
"Demain, (mercredi) ce qui s'annonce c'est une journée de galère pour les usagers, et peut-être d'autres jours encore", a prévenu mardi le ministre du Travail, Xavier Bertrand, très présent dans les médias.
La SNCF a prévu de "très fortes perturbations" sur son réseau national pour la journée de mercredi, et son directeur général délégué, Guillaume Pepy, a conseillé aux usagers de "limiter leurs déplacements" voire de "repousser leur week-end". Aucun train de nuit ne devrait circuler entre mardi et mercredi.
A la RATP, les prévisions sont identiques à celles du mouvement du 18 octobre, avec un "trafic quasi nul" sur toutes les lignes de métro, sauf deux.
M. Bertrand a accepté de recevoir mardi après-midi, une poignée d'heures avant le début du conflit de la SNCF prévu à 20 heures pour les prises de service des cheminots, une délégation CGT conduite par son secrétaire général, Bernard Thibault.Le patron du principal syndicat concerné doit demander une nouvelle fois l'organisation d'une table ronde tripartite entre le gouvernement, les syndicats et les entreprises concernées par la réforme (SNCF, RATP, EDF, GDF). Celle-ci prévoit d'allonger à 40 ans la durée de cotisation des 500.000 salariés concernés, au lieu de 37,5 ans actuellement en moyenne.
"Ces réformes, je les mènerai jusqu'au bout. Rien ne me détournera de mon objectif", a assuré mardi le président Nicolas Sarkozy dans une allocution devant le Parlement européen réuni à Strasbourg. "Ces réformes, les Français les ont approuvées. Je leur ai tout dit avant les élections (présidentielles de mai) pour pouvoir tout faire après", a-t-il ajouté.
Alors que cette grève constitue la troisième mobilisation syndicale d'importance en douze ans contre une réforme des retraites (après 1995 et 2003), la présidente du Medef (patronat) Laurence Parisot a espéré mardi "un accord" rapide sur la réforme, jugeant la grève "souhaitable pour personne" et appelant à se méfier d'"un goût presque masochiste pour la confrontation" en France.
Pour Sud Rail, 2ème syndicat de la SNCF, le gouvernement n'a "pas d'autres choix que de céder et de retirer son projet" de réforme, "vu la détermination des grévistes", selon son secrétaire fédéral Christian Mahieux, mardi. "Ce que nous demandons, c'est le retour à 37,5 ans pour l'ensemble des salariés de ce pays" a-t-il ajouté, en assurant souhaiter un conflit "le plus court possible" car les premiers pénalisés sont tout de même les grévistes (qui ne sont pas payés).
A l'opposé du spectre syndical, les conducteurs de la Fgaac, non grévistes, seront, eux, "à leur poste s'ils arrivent à franchir les piquets de grève et à supporter la pression des autres collègues", a déclaré le secrétaire général du syndicat, Bruno Duchemin. Le syndicat autonome Fgaac, qui représente 30% des conducteurs de la SNCF, s'est retiré du mouvement dès le 18 octobre, après avoir négocié directement avec le gouvernement. "Nous voulons changer le dialogue social dans l'entreprise", a souligné ce responsable.
"Par la négociation, nous obtiendrons plus que par la grève, et nous sommes en train d'en faire la démonstration", a conclu le patron du 2ème syndicat d'agents de conduite derrière la CGT (39%). Mercredi, les cheminots manifesteront dans toute la France. A Paris, le défilé partira de la gare Montparnasse en direction de la Gare de Lyon.
P. D.-D.
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"Ces réformes, je les mènerai jusqu'au bout." Le décor est planté : il n'est pas question pour Nicolas Sarkozy de revoir la réforme des régimes spéciaux de retraite, que ce soit sur le fond ou sur la forme. "Rien ne me détournera de mon objectif."
Le président de la République, il est vrai, n'a pas pris les Français par surprise. Ces projets de réformes, le candidat à l'élection présidentielle les avait évoqués au cours de la campagne.
L'hôte de l'Élysée sait aussi qu'il peut compter sur la compréhension des Français. D'une part, les fonctionnaires ont rarement les faveurs des personnes travaillant dans le public. D'autre part, le régime des pensions bien plus favorable réservé aux fonctionnaires n'est pas vraiment de nature à susciter la solidarité de l'ensemble des travailleurs : certains fonctionnaires peuvent en effet partir à la pension dès l'âge de 50 ans.
D'autant que les travailleurs-usagers des transports en commun vont galérer au cours des prochains jours. Les enquêtes d'opinion montrent, quoi qu'il en soit, que 69 % des Français sont derrière Nicolas Sarkozy.
Le président français joue en tout cas toute sa crédibilité politique sur ce dossier. Pour plusieurs raisons. Il est tout d'abord monté en première ligne. En règle générale, c'est le Premier ministre qui est chargé d'aller au charbon. Quand les choses tournent mal, c'est lui qui assume la défaite. C'est aussi le fusible tout désigné. Cette fois, tel n'est pas le cas : Nicolas martèle bien qu'il s'agit de sa politique, qu'il va d'ailleurs expliquer sur le terrain. Tout recul serait le sien. Surtout, son étoile a quelque peu pâli. Sa cote de popularité a chuté de 7 points à 54 % de satisfaits. Quelque 79 % des Français estiment aussi que l'action de Nicolas Sarkozy en faveur du pouvoir d'achat est un échec. C'est dire si un échec sur ce dossier pourrait alimenter la frustration des Français à l'égard de l'action politique globale de Nicolas Sarkozy. À quelques mois des municipales, cela ne serait pas pour déplaire à l'opposition.
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