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Corruption et mafia: cocktail mortel pour les drogués afghans

(16/02/2012)

Près d'un million d'afghans consommeraient de la drogue quotidiennement

KABOUL Le nombre de drogués augmente de façon alarmante en Afghanistan, mais la corruption au sein de l'Etat empêche la distribution de la méthadone qui pourrait les soigner, accuse le ministère de la Santé.

Quelque 940.000 personnes, sur une population de 30 millions d'habitants, consommaient de la drogue dans le pays en 2009, selon les derniers chiffres du Bureau des Nations unies contre les drogues et la criminalité (UNODC).
Entre 2005 et 2009, le nombre d'héroïnomanes à triplé, pour atteindre 150.000, et 230.000 personnes prenaient de l'opium, ajoute-t-elle.

Plus alarmiste, le ministère de la lutte antidrogue recensait de son côté en 2010 1,5 million de toxicomanes, dont 1 million d'usagers de drogues dures.
Devant l'échec des autres méthodes de sevrage --les cures de désintoxication, coûteuses et très peu disponibles, aboutissent dans le pays à plus de 80% de rechutes, selon la présidence afghane--, un programme pilote sur la méthadone, un substitutif, démarre en février 2010.

Quelque 200 volontaires doivent ainsi être traités avec ce produit, suivis par l'ONG Médecins du monde (MDM). Mais six mois plus tard, le projet est bloqué à 71 patients par le ministère de la Lutte antidrogue. Depuis lors, MDM doit se battre pour obtenir des autorisations d'importation de méthadone.

"Nous avons discuté de modalités techniques avec eux. Nous leur avons fait différentes propositions. Des recherches ont été menées. Il n'y a aucune raison motivant ce refus, à part les liens entre la mafia et le ministère de la Lutte antidrogue", s'insurge le docteur Sayed Habib, du ministère de la Santé.
A Kaboul, chaque jour, la drogue rapporte 3,5 millions de dollars, affirme M. Habib, en charge des affaires de drogue. "Mais si nous distribuons gratuitement de la méthadone, il n'y aura plus besoin d'héroïne. Le marché afghan s'écroulera", poursuit-il dans un entretien à l'AFP.

La mafia afghane, "prête à tout" pour éviter un tel scénario, n'hésite donc pas à corrompre l'autorité chargée de lutter contre la production et le trafic de drogue, suggère Sayed Habib, qui dit disposer d'un enregistrement audio prouvant sa thèse.

"Il n'y a pas la moindre preuve pour appuyer cette affirmation", répond Abdul Qayyum Samer, le porte-parole du ministère de la Lutte antidrogue, qui déplore qu'"aucune garantie de financement à plus large échelle" ne soit apportée par le ministère de la Santé et qu'"aucun contrôle du produit sur le marché noir" ne soit envisagé. "Mais une fois ces deux points éclaircis, il n'y aura plus de problème pour nous", affirme-t-il.

L'opium, dont 90% de la production mondiale est récoltée en Afghanistan, y est utilisée depuis très longtemps comme médicament. "D'abord quand on a des problèmes. Puis on en donne à ses enfants. Le corps s'habituant, on passe ensuite à l'héroïne", remarque le Dr Mohammad Raza, de l'UNODC.
"A cela s'ajoutent la guerre, la pauvreté et le chômage", qui entraînent l'émigration, explique le Dr Raza. Or "beaucoup de réfugiés rentrant surtout d'Iran, mais aussi du Pakistan, consomment de la drogue. Et il n'y a pas de facilité de santé pour eux ici, où la drogue est très facile à trouver et bon marché", note-t-il.

Pour inverser la tendance, l'UNODC souhaite "plus de traitements, plus variés", dont "la méthadone", qui "devrait être disponible".
Le ministère de la Santé veut aller encore plus loin : faciliter au maximum l'accès à ce substitutif pour "sauver les gens accrocs, en particulier ceux qui s'injectent de la drogue" et ainsi "stopper la transmission du virus VIH", un problème naissant en Afghanistan, selon Sayed Habib.

Quelque 636 séropositifs étaient déclarés dans le pays en 2010, un chiffre qui a doublé officiellement en 2011. "Mais on ne parle que des gens enregistrés. On s'attend en fait à avoir plus de 5.000 personnes", ajoute-t-il.

D'après MDM, la méthadone a permis a environ 60% des patients afghans de se sevrer, pour un coût de 2 dollars par jour. Dans 100% des cas, les toxicomanes de Kaboul ont grandement limité leur consommation, se félicite l'ONG.
"Ce qui est génial, assure Ernst Wisse, l'un des responsables du programme, c'est de les voir arriver dans des états pas possible au centre. Quelques jours après, ils jouent déjà au volley-ball !"

© La Dernière Heure 2012

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