La polémique redouble sur l'avortement en Espagne
(29/07/2012)
© Reporters
Le gouvernement de droite a confirmé vendredi vouloir modifier la loi votée sous le pouvoir socialiste qui autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines.
MADRID Victoire du droit à la vie pour les anti-avortement, retour à l'ère franquiste pour les autres, le gouvernement Espagnol de droite a amplifié la polémique sur l'avortement, en envisageant d'interdire l'IVG dans les cas de malformation.
Une manifestation pro-avortement était prévue dimanche à Madrid, à l'initiative d'un collectif d'associations pour le droit des femmes.
Le gouvernement de droite a confirmé vendredi vouloir modifier à la rentrée la loi votée en 2010 sous le pouvoir socialiste (2004-2011) qui autorise toute femme à avorter jusqu'à 14 semaines.
Elle permet aussi une IVG jusqu'à 22 semaines dans les cas de "risque pour la vie et la santé" de la mère ou de "grave malformation du foetus" et sans limite de temps, sur avis d'un comité d'éthique, dans les cas les plus graves.
Mais les propos récents du ministre de la Justice Alberto Ruiz-Gallardon ont fait l'effet d'une bombe au sein des associations de défense des droits des femmes et pro-avortement.
"Je ne comprends pas que l'on prive un foetus de la vie en permettant l'avortement, pour le simple fait qu'il souffre de handicap ou de malformation", a déclaré M. Ruiz-Gallardon dans une interview dimanche dernier au quotidien de droite La Razon.
Vendredi, il a enfoncé le clou, se référant aux textes de l'ONU et à l'article 10 de la Convention des droits des personnes handicapées qui réaffirme la nécessité "d'adopter toutes mesures nécessaires pour garantir leurs droits aux personnes handicapées".
"C'est le comble du cynisme", rétorque Santiago Barambio, président de l'association des cliniques spécialisées dans l'IVG, Acai, et l'un des pères de la loi de 2010 sur l'avortement.
Au contraire, "les Nations unies dans toutes les conférences internationales, toutes les agences sanitaires de l'ONU, l'Organisation mondiale de la Santé, le Conseil de l'Europe, disent de ne pas restreindre l'avortement", affirme-t-il à l'AFP.
"Ce que Gallardon veut, c'est interdire, de fait, l'avortement, dans la droite ligne de l'Irlande, la Pologne ou Malte". "Ce n'est pas une surprise quand on sait que c'est Gallardon père qui avait contesté la précédente loi de 1985" autorisant l'avortement en cas de viol, malformation du foetus ou danger pour la santé de la mère, ajoute-t-il.
Selon M. Barambio, le ministre "occupe le terrain de l'extrême droite ultra-catholique qui est peut-être minoritaire mais très puissante économiquement, comme par exemple l'Opus Dei", organisation catholique implantée dans les hautes sphères politico-économiques de l'Espagne.
"La réforme renvoie la législation à une époque proche de la dictature franquiste et éloigne l'Espagne de la plus grande partie de l'Europe en matière de droits des femmes", écrit le collectif d'associations qui appelle à manifester dimanche.
"C'est une contre-réforme" qui implique "de revenir 35 ans en arrière", estime la secrétaire de la politique sociale du parti socialiste Trinidad Jiménez.
Faux, répond le Forum de la Famille, dénonçant "la dictature des pseudo-progressistes de salon qui s'agenouillent servilement devant le politiquement correct artificiellement défini par des lobbys idéologiques et économiques de bas étages".
Interdire l'avortement pour malformation est "au contraire un pas en avant pour la protection des droits à la vie", affirme pour sa part à l'AFP Gador Joya, porte-parole de "Droit à vivre".
"Mais ce n'est pas suffisant car il y a quasiment 97% d'autres cas d'avortements pour ce que nous pensons être de fausses excuses", affirme cette pédiatre qui demande au gouvernement de "passer des paroles aux actes".
Reste qu'interdire l'avortement aboutirait "à ce que les femmes qui ont de l'argent aillent à l'étranger et celles qui ont n'en ont pas recourent à l'avortement clandestin" avec des risques sanitaires très élevés pour la femme, affirme M. Barambio.
© La Dernière Heure 2012
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