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Le Pen minimise l’occupation allemande

(13/01/2005)

Le Pen dans un entretien minimise l'occupation allemande en France. Propos qui suscitent de vives réactions.

PARIS En France, "l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine": dans un entretien à l’hebdomadaire d’extrême droite "Rivarol" paru le 7 janvier et dont l’AP a obtenu copie mercredi, Jean-Marie Le Pen remet en cause les exactions commises par l’armée d’occupation allemande pendant la Seconde guerre mondiale, qu’il qualifie de "bavures inévitables".

"En France du moins, l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés", juge-t-il. Et d’ajouter: "Si les Allemands avaient multiplié les exécutions massives dans tous les coins comme l’affirme la vulgate, il n’y aurait pas eu besoin de camps de concentration pour les déportés politiques".

Pour étayer son argumentation, le président du Front national affirme que la Gestapo, police politique du IIIe Reich, aurait même joué un rôle protecteur en France. "Je me souviens que dans le Nord, un lieutenant allemand, fou de douleur que son train de permissionnaires ait déraillé dans un attentat, causant ainsi la mort de ses jeunes soldats, voulait fusiller tout le village; il avait d’ailleurs déjà tué plusieurs civils".
"Et c’est la Gestapo de Lille, avertie par la SNCF, qui arriva aussitôt à deux voitures pour arrêter le massacre. On pourrait multiplier les anecdotes de ce type", poursuit-il. Sur le massacre des 642 habitants du village limousin d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944 par la division SS "Das Reich", Jean-Marie Le Pen ajoute, sans plus de précision, qu’"il y aurait ainsi beaucoup à dire".

Alors que l’année 2005 marque le 60e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale, avec notamment l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier prochain, le N 1 frontiste considère qu’"il y a donc une insupportable chape de plomb qui pèse depuis des décennies sur tous ces sujets" et dénonce des "mensonges sur notre histoire".

Le leader d’extrême droite est coutumier des dérapages, qui visent à rassurer une frange de l’électorat frontiste nostalgique du nazisme. En septembre 1987, il avait qualifié les chambres à gaz de "point de détail" de l’histoire de la Seconde guerre mondiale, ce qui lui avait valu d’être condamné à 15.244 euros (100.000FF) d’amende le 11 janvier 1991. Des propos qu’il avait réitérés le 5 décembre 1997 à Munich.

Le 2 septembre 1988, il avait fait un jeu de mots douteux sur "Durafour crématoire"- du nom du ministre de la Fonction publique du gouvernement Rocard, Michel Durafour-, qui lui avait valu 1.524 euros (10.000FF) d’amende en 1993. Jean-Marie Le Pen avait encore suggéré d’ouvrir des "sidatoriums" pour les "sidaïques".

Le 11 octobre dernier, son bras droit Bruno Gollnisch, délégué général du FN, tout en assurant "ne pas remettre en cause les déportations", ni "les centaines de milliers, les millions de morts", avait aussi déclaré: "Je ne nie pas les chambres à gaz homicides. Mais je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu’il faut laisser les historiens en discuter. Et cette discussion devrait être libre".


Réactions

Les associations et la classe politique ont également été indignées par les propos de Jean-Marie Le Pen :

- Le ministre de la Justice Dominique Perben: "Indigné", le garde des Sceaux a demandé au parquet de Paris d’ouvrir "immédiatement" une enquête préliminaire. "Je suis frappé par l’offense que M. Le Pen porte ainsi aux victimes, à leurs familles, aux anciens combattants, aux déportés, à tous ceux qui ont souffert dans leur chair, ou dans leur famille, dans cette période noire de notre histoire", s’est-il insurgé devant la presse. "Il devra s’en expliquer devant la justice".

- Le Premier secrétaire du PS François Hollande: "Laisser penser que l’occupation allemande aurait été finalement acceptable et n’aurait pas eu de conséquences tragiques, c’est blesser tous les martyrs, c’est blesser toutes les consciences et c’est porter une atteinte terrible par rapport à ce qui a été la résistance dans notre pays", a-t-il dénoncé.
"Ce qui est en cause chaque fois que Jean-Marie Le Pen s’exprime, c’est la révision de l’histoire, c’est-à-dire du révisionnisme", a mis en garde le N 1 du PS. Il a donc demandé au gouvernement d’"étudie(r) toutes les voies de droit qui permettent de sanctionner ce type de déclarations".

- Le secrétaire général du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), Mouloud Aounit: Il a exprimé sa "nausée" face à cette "provocation" et annoncé son intention de porter plainte pour "contestation de crimes contre l’humanité" dans "les jours qui suivent". "C’est une offense et une insulte à la mémoire de tous ceux qui ont dû subir et vivre les forfaits monstrueux du nazisme", a fustigé M. Aounit dans un entretien à l’Associated Press. "Je crois que par cette provocation calculée et délibérée, il y a une volonté par ailleurs manifeste de réhabiliter ce que le nazisme représente pour Le Pen, c’est-à-dire une idéologie qu’il partage".

- Le président de la Ligue des droits de l’Homme, Michel Tubiana: La LDH envisage d’engager des poursuites contre Jean-Marie Le Pen après avoir procédé à "une étude juridique soigneuse". "Au-delà de la négation des faits qui tend à présenter la Gestapo comme une bande de joyeux drilles chargés de protéger les Français, on tombe bien dans le cadre d’une contestation de crimes contre l’humanité", a estimé M. Tubiana à l’AP, rappelant que "la Gestapo a été déclarée comme étant une organisation criminelle par la juridiction de Nuremberg".

- Le Conseil représentatif des institutions juives de France: Le CRIF, "particulièrement choqué" estime dans un communiqué que "ces déclarations salissent la mémoire de toutes les victimes du nazisme, déportés et résistants, et de l’ensemble de la population française qui fut soumise pendant plus de quatre années à la plus atroce des occupations et des humiliations".

- Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF: La dirigeante communiste estime que les propos tenus par M. Le Pen sont "particulièrement choquants et intolérables". Disant approuver la décision de M. Perben d’ouvrir une enquête préliminaire, elle note que "l’Etat se doit de réagir face à de telles allégations".
Pour elle, Jean-Marie Le Pen "tient un discours révisionniste qui prouve bien que ce parti n’a pas changé".

- Lucie Aubrac, ancienne résistante : L’ancienne résistante s’est déclarée "bouleversée par ce texte-là et bien en colère" contre Jean-Marie Le Pen. "J’ai l’impression de ne plus être vieille et de recommencer à protester publiquement contre ces mots qu’on a entendus en 1940, dans la bouche d’autres Français, qui avaient eu l’excuse de ne pas savoir ce qu’avait fait la Gestapo en France".
"C’est un propos inimaginable (...) On ne peut pas imaginer que la majorité d’un peuple le peuple français ou européen ait à ce point oublier la réalité pour s’en retrouver là", a-t-elle expliqué sur France-Info.

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