Des files dès demain matin
(28/11/2007)
© JOCKMANS
Inscriptions dans les écoles... Pendant que les parents stressent, les écoles s'organisent
BRUXELLES/WAVRE Une vingtaine d'écoles où la demande est plus forte que l'offre devraient connaître de longues files vendredi matin, jour des inscriptions pour l'année 2008 en Communauté française. C'est du moins l'estimation du gouvernement.
Les parents, eux, n'en ont cure. Certains iront planter leur tente dès demain matin devant l'école de leur choix. C'est ainsi le cas au collège Saint-Pierre de Jette, fort apprécié par les Bruxellois émigrés dans les communes périphériques voisines.
"Nous serons plusieurs à faire la file demain matin devant le collège , témoigne Alice, deux fois mère de famille. Je tiens absolument à y mettre mon fils Nicolas." Alice n'a pas de plan B. Elle n'a pas payé quelqu'un pour qu'il aille tenter l'inscription dans une autre école . "Certains parents ont sorti leur portefeuille. Jusqu'à 500 euros, rien que pour se rassurer... "J'y serai. J'y resterai." Vaincra-t-elle ? Nul ne le sait.
Les collèges concernés - essentiellement en territoire bruxellois et dans l'est du Brabant wallon - font néanmoins tout pour rendre cette épreuve le moins pénible possible.
Le directeur du collège Notre-Dame de Basse-Wavre Bruno Ponchau n'ouvrira pourtant la grille qu'à 6 h 30 ce vendredi, pour donner un numéro d'ordre à chaque parent, pour les quelque 80 places qu'il a à proposer. "Je ne comprends pas pourquoi on a changé le décret , nous explique Bruno Ponchau. Le décret mission prévoyait déjà l'obligation d'inscrire un élève avec, comme seule clause d'excuse, le manque de place. Mais au nom d'une politique d'équité, on a sorti un décret inscription, anxiogène pour les parents, qui ne fera que provoquer une égalité devant le struggle for life."
Et de pointer un effet pervers : "Les parents vont inscrire leur enfant dans plusieurs établissements. On risque d'avoir des trous dans des classes. L'an passé déjà, j'avais soixante parents dans la liste d'attente, mais à la rentrée, 64 s'étaient désinscrits. J'avais donc encore quatre places de libres. Que va-t-il se passer demain ? D'autant qu'un autre décret va sortir qui limitera à 24 unités le nombre d'enfants dans le premier degré du secondaire. En clair, si j'inscris 241 enfants pour 240 places, je devrai faire une classe avec un élève. Et sans les crédits d'heures pour l'organiser !"
Le directeur de Notre-Dame de Basse-Wavre préconise ainsi de réaliser, comme l'a fait le Cerisis, un groupe de chercheurs de l'UCL, des inscriptions par bassin scolaire, tous réseaux confondus : "Avec les problèmes de mobilité dans le Brabant wallon, voilà qui permettrait de mieux orienter les élèves près de chez eux."
Mathieu Ladevèze et Jean-Philippe de Vogelaere
© La Dernière Heure 2007
BRUXELLES La ministre-présidente de la Communauté française Marie Arena (PS) s'attend à vivre une fin de semaine difficile. Elle a clairement conscience des difficultés que son décret inscription risque d'engendrer pour les parents d'élèves. Elle n'en démord néanmoins pas. "Nous voulons redonner à chaque parent la possibilité de mettre son enfant dans l'école de son choix. Ce décret ne crée pas un malaise. Il le révèle. Il révèle ce malaise vécu, mais non exprimé, lié à l'ancien système d'attribution des places dans les écoles." Il faut dire que l'ancien système est le plus inégalitaire de toute l'Europe. "Nous voulons corriger ce constat, nous voulons de la mixité dans les écoles", poursuit-elle, consciente "de ne pas avoir pris la mesure la plus populaire". Quant au fait que certains parents payent des personnes pour faire la file, Marie Arena pointe ici l'exception. "Il faut être attentif à ce genre de pratique. Mais c'est comme les gens qui roulent à 210 sur l'autoroute, il n'y en a pas tant que ça. Je ne peux par contre pas me rallier à ceux qui disent que les plus nantis vont encore passer devant." D'où l'idée d'organiser cette journée d'inscription le samedi, histoire de rendre la vie des parents plus facile ? "Pourquoi pas. Je n'y suis pas opposée. Mais cette demande n'a jamais été formulée par les écoles." Directeurs et enseignants n'étaient, paraît-il, pas plus chauds que cela de venir le week-end.
© La Dernière Heure 2007
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