Facebook: les petits porteurs auront une part du gâteau chère et tardive
(05/02/2012)
© Christophe Bortels
De nombreux analystes estiment que la valorisation tournera autour de 100 milliards de dollars au moment de l'entrée en Bourse
NEW YORK Les petits porteurs séduits par les promesses du site internet Facebook pourront chercher leur part du gâteau sur le tard, le jour où la cotation de l'entreprise sera publique, alors que des investisseurs fortunés profitent déjà de transactions officieuses depuis trois ans.
Facebook, qui a enclenché sa procédure d'entrée en Bourse mercredi, dans la perspective d'une cotation publique dans quelques mois, aura attendu huit ans pour offrir ses parts aux petits porteurs.
Mais depuis 2008, tout un cercle d'investisseurs relativement fortunés inscrits sur des marchés privés comme SecondMarket et SharesPost, réservés à ceux qui ont au moins 200.000 dollars de revenus annuels depuis trois ans, et/ou un patrimoine d'un million de dollars (hors résidence principale), pouvaient déjà se servir.
"C'était une société qui se cotait sous le manteau, il y avait les +happy few+ qui avaient les comptes, et les autres qui essayaient d'y accéder, ou de parier dessus mais à l'aveugle", résume Virginie Lazès, directrice associée à la banque d'affaires Bryan Garnier.
"C'est ceux qui ont gardé leurs titres, et qui vont les vendre une fois que la cotation sera faite, qui auront fait la meilleure affaire", ajoute-t-elle. Durant cette période, certains investisseurs ayant pu mettre la main sur des titres cédés soit par des employés ou anciens employés du site, soit par des investisseurs des premiers jours, ont en effet déjà pu faire fortune: la valorisation de Facebook tournait à 10 milliards de dollars quand la société Digital Sky Technology y a investi au printemps 2009, alors que, de source informée, on évoquait vendredi une valorisation à 94 milliards de dollars dans les échanges les plus récents sur les marchés privés.
De nombreux analystes estiment que la valorisation tournera autour de 100 milliards de dollars au moment de l'entrée en Bourse. De quoi se demander s'il n'est pas déjà trop tard pour apporter sa mise. "Normalement, une introduction en Bourse marque le début d'une croissance supplémentaire à venir", déclare Trip Chowdhry, analyste chez Global Equities Research, alors que dans le cas de Facebook, la croissance reflue déjà.
"Nous prévoyons que le taux de croissance du nombre de nos utilisateurs et de notre chiffre d'affaires va décliner avec le temps", a prévenu l'entreprise dans son document boursier, précisant que "le chiffre d'affaires annuel a progressé de 154% entre 2009 et 2010 et 88% entre 2010 et 2011".
Evoquant une "Facebook fatigue", M. Chowdhry estime que "c'est un bon investissement à 35 ou 45 milliards de dollars, mais pas à 100 milliards, et déjà à 65, ce serait pousser". De fait, il s'agirait d'une multiplication par 27 du chiffre d'affaires réalisé en 2011 alors que Google, par exemple, a une capitalisation boursière représentant environ 5 fois son chiffre d'affaires.
Mais pour Mme Lazès, qui fait partie de ceux qui estiment que Facebook a déjà pu prouver son modèle d'entreprise tout en gardant "le potentiel éventuel de détrôner Google dans 2-3 ans", les petits porteurs qui se laisseront séduire par la notoriété de Facebook feront "un pari qui n'est pas absurde" sur la hausse du titre.
"C'est ce qui se disait quand Google est entré en Bourse", note aussi l'analyste Lou Kerner, de SecondShares.com. Google a offert ses premières actions au public à 85 dollars. Elles cotaient à plus de 596 dollars vendredi.
En attendant, le précédent Facebook aura prouvé l'utilité des marchés officieux pour permettre à de jeunes sociétés de grandir à l'abri des regards du public, "en attendant ou au lieu d'être cotées", sans se préoccuper de satisfaire les investisseurs individuels, remarque la direction de SecondMarket.
"Cela permet aux entreprises de ne pas emprunter la voie de l'entrée en Bourse et d'attendre d'être suffisamment mûres, afin que leur entrée en Bourse soit réussie", a déclaré son patron fondateur Barry Silbert au New York Times.
© La Dernière Heure 2012
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